Présentation du Seigneur 2024

+

Fête de la Présentation du Seigneur

Vendredi 2 Février 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

« Mes yeux ont vu le salut que vous prépariez à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à votre peuple Israël. »

Siméon prend l’Enfant Jésus et avec ces mots, il bénit Dieu. Depuis le Temple de Jérusalem, ce vieillard, au nom des Justes d’Israël, reçoit dans ses bras le messie des promesses et le présente au monde entier. Voici le salut que Dieu préparait à la face des peuples, la lumière qui se révèle aux nations et qui donne gloire au peuple de Dieu, Israël.

L’enfant si frêle encore qui, un instant plus tôt sommeillait au creux des bras de sa Mère, se laisse prendre et presque brandir, comme un flambeau.

On n’allume pas une lampe pour la dissimuler sous un récipient. Elle est placée au contraire là où elle brillera avec le plus d’utilité. Dans l’obscurité, les hommes ont besoin de lumière, ils ont besoin de lumières de diverses sortes. Chaque lumière a son rôle.

Une lumière décorative, est disposée pour créer une atmosphère de fête. À un phare, on demande en revanche d’indiquer un cap, de signaler une destination. À une veilleuse revient la mission de vaincre les ténèbres. Toute faible qu’elle soit, elle manifeste à elle seule que la mort n’a pas le dernier mot, elle ôte l’oppression de la peur.

Les étoiles ont ces trois rôles : elles tiennent de l’ornementation, de l’orientation et de la victoire sur l’obscurité, elles qui décorent le firmament, qui indiquent le Nord et qui scintillent dès que le jour baisse pour rester avec nous jusqu’au point d’un jour nouveau. Mais il manque aux étoiles le rôle principal d’une lampe : d’éclairer efficacement ceux qui se déplacent, qui travaillent ou qui lisent.

Les prophètes et les justes de l’Ancien Testament ont été ces étoiles, ces décorations de l’humanité, ces phares et ces veilleuses. Joyaux du peuple de Dieu, le Patriarche Joseph ou la Reine Esther réjouissent le regard de ceux qui les contemplent. Guides éclairés, Moïse et Isaïe ont indiqué au peuple quelle route suivre et vers quelle direction hâter le pas. Veilleuses invincibles Melchisedech et David ont assuré un culte discret au Dieu Très-Haut, dans l’attente d’un sacerdoce nouveau et définitif.

Mais ces étoiles ne suffisaient pas. Il manquait une lampe resplendissante, un soleil pour la vie des hommes.

Et la voici, cette lumière établie pour éclairer non seulement le Peuple élu, mais les Nations de la Terre entière. Dieu a d’abord préparé le lampadaire, qui est le Temple de Jérusalem et chacun de nos cœurs. Et ce temple, et nos cœurs, il a commencé à les purifier par une longue attente.

Marie et Joseph viennent à Jérusalem pour le rituel de purification. Cette pureté rituelle annonçait une pureté plus profonde que le Seigneur et saint Paul nous apprendront plus tard. Jésus soulignera que les pratiques matérielles demandées par la loi de Moïse étaient au service de la pureté de l’âme, qui est une béatitude : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). Et Jésus, Parole de Dieu, opère lui-même cette purification : « Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite » (Jn 15, 3). Il est venu comme un feu, dit l’épître, un feu capable de fondre les métaux pour les purifier, mais aussi pour les souder à lui. Il est venu comme l’herbe des foulons, cette lessive qui ôte toute tâche et rend aux habits leur blancheur éclatante.

Cette pureté seule finalement, compte aux yeux de Dieu. Le Père cherche des temples bien purs habités par des adorateurs en esprit et en vérité. Un adorateur, nous enseigne Madame l’Abbesse, ce n’est pas quelqu’un qui vient parfois adorer, mais c’est quelqu’un qui adore, toujours, continuellement, dans le temple de son cœur. Quelqu’un qui est illuminé par la présence de Dieu. Siméon, Anne, Joseph et Marie sont de ces adorateurs dont l’âme est continuellement accueillante à la lumière de Dieu.

Dieu avait donc d’abord préparé nos cœurs, et puis il est venu lui-même pour éclairer tout homme qui vient en ce monde : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. […] Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. » (Jn 1, 4-5, 9).

Nous avons reçu la miséricorde de Dieu au cœur de notre Temple, nous avons reçu la lumière de sa révélation, qui libère nos âmes des ténèbres de l’ignorance.

Le Soleil divin a paru dans notre nature, il est à la fois décoration, orientation et victoire sur les ténèbres, il est surtout le soutien et l’essence-même de notre vie surnaturelle. Marie, la première illuminée, nous enseigne à demeurer sous ce rayonnement sanctifiant, cette lumière déifique qui dès à présent et pour l’éternité remplit nos vies.

Amen.

Épiphanie 2024

+

Solennité de l’Épiphanie du Seigneur

Samedi 6 Janvier 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

Les mages venus d’orient sont en quête. Ils veulent voir celui qu’ils appellent « le roi des Juifs » et qui sans doute est bien plus à leurs yeux qu’un souverain comme un autre : ils n’ont pas fourni tout ce chemin simplement pour aller rendre hommage à un roi qui leur est bien étranger. Non, ils sont venus se prosterner, ils sont venus adorer celui pour qui la nature elle-même s’est parée d’une nouvelle étoile. Les mages ont conscience d’aller au devant d’une manifestation divine. Ils savent que, s’ils atteignent leur but, ils assisteront à une épiphanie, à une manifestation du Dieu qui régit ce cosmos qu’ils admirent depuis longtemps.

Les mages sont donc à la recherche d’une manifestation déterminante de Dieu.

Et pour nous, qu’en est-il ? De tout temps, l’homme court au merveilleux. L’épouse de Lot avait voulu voir le châtiment de Dieu infligé à Sodome ; les contemporains de Jésus se rassemblaient pour voir Lazare ressuscité. Si bien que l’Ecclésiaste peut dire : « L’œil n’a jamais fini de voir, ni l’oreille d’entendre » (Qo 1, 8).

Aujourd’hui, l’homme ne fait pas exception à la règle. Il cherche toujours le merveilleux. L’industrie de la distraction le sait, elle qui joue dessus. Et c’est ainsi que les écrans offrent une myriade de petites vidéos qui rivalisent de merveilles dans l’art de séduire. L’homme recherche ce qui est enthousiasmant, ce qui est magnifique ; mais au fond, sans se l’avouer, il est à la quête de la magnificence de Dieu.

Hélas, ces expériences artificielles sont toujours finalement une déception. Car Dieu se manifeste ailleurs, il se manifeste pour les bergers dans une crèche ; pour les mages il manifeste sa royauté divine dans les bras de Marie ; au festin symbolique des noces de Cana, il manifeste sa puissance et « sa gloire » (Jn 2, 11) et, dans l’humble baptême au Jourdain, la voix même du Père céleste manifeste sa filiation divine et l’apparition de l’Esprit manifeste sa messianité.

Jésus était venu discrètement dans le monde. Sa famille rapprochée seule avait découvert un peu de son mystère. Quelques bergers avaient été conviés à l’adorer dans l’étable. Mais il n’y avait pas eu de manifestation publique qui porte au loin ses échos. Aujourd’hui, l’Église fête ces trois épisodes où le mystère du Christ passe officiellement de la sphère privée au regard du grand public.

Les mages, le Jourdain et Cana sont les trois épisodes que l’Église rassemble donc autour de la grande manifestation de Dieu parmi les hommes qu’est la fête même de la Nativité.

Et nous savons que l’Évangile n’appartient pas au passé. Très réellement, nous le vivons au fil de nos journées. Nous pouvons quotidiennement reconnaître Jésus dans les bras de sa Mère et l’y adorer, nous pouvons le voir faire des miracles comme à Cana, nous pouvons le contempler dans l’humilité d’une descente dans le Jourdain pour nous conférer une réelle purification.

Oui, en effet, Jésus se manifeste à nos yeux sur l’autel. Nous l’adorons et nous lui offrons ce que nous avons de meilleur : nos œuvres et surtout nos âmes. Il se manifeste dans les miracles quotidiens de conversion quand il change l’eau froide de nos cœurs en un vin de pardon et de charité. Il se manifeste dans l’humilité que nous découvrons dans nos frères, tout près de nous. Quand un homme ou une femme, imitant Jésus, refuse d’adopter une attitude orgueilleuse, quand il s’abaisse pour recevoir volontiers l’eau de la purification, il nous offre en même temps une excellente leçon qui nous purifie.

Sachons reconnaître la présence de Jésus, la présence de Dieu qui sauve, au cœur de chacune de nos journées. Il n’y en a pas une où nous ne le rencontrions pas.

Mais pour pour que la grâce circule dans les deux sens, nous devons veiller à être nous-mêmes pour autrui de petites épiphanies du Seigneur. Demeurons donc entre les mains de Notre Dame, pour être là où Dieu a besoin de nous. Il a besoin que nous y soyons, au bon moment, pour témoigner de sa présence devant les hommes qui cherchent Dieu. Quand nous recevons une parole froide comme de l’eau, sachons l’interpréter avec bienveillance pour y réagir selon l’Évangile et servir en retour une bonne mesure de vin chaleureux. Et quand une humiliation se présente, descendons-y, et remontons revêtus du Christ et de l’Esprit. Alors, par l’intercession de Marie, une voix se fera entendre du ciel dans les cœurs : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ».

Amen.