Fête Dieu 2024

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Solennité de la Fête Dieu

Jeudi 30 mai 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

La liturgie de la Fête Dieu, de la Fête du Corpus Christi, nous invite à considérer les humbles espèces du pain et du vin. Nous regardons l’Hostie et le Calice avec un regard de foi, nous discernons le Corps et le Sang du Christ vivant, et pourtant, l’œil du corps ne voit rien.

La liturgie tout autour est fastueuse, et l’ostensoir fait la synthèse de ce déploiement d’éclat, mais au centre, nous ne voyons rien qu’un léger morceau de pain azyme. Au milieu de toutes ces choses qui rayonnent, il y a, sans fard, le mystère fondamental de notre foi. Et l’Église ne dissimule rien. Elle ne fait pas d’effets spéciaux. Le Christ est là, débordant de vie, mais sous l’apparence d’un pain sans apparence.

Mais alors, si l’on ne ressent rien, pourquoi Jésus a-t-il institué l’Eucharistie ? Quel est son effet ultime ?

Le but de l’Eucharistie est de nourrir nos âmes en les unissant à la vie glorieuse du Seigneur. Le rayonnement le plus réel de l’Eucharistie, ce n’est pas le soleil de l’ostensoir, mais l’âme qui rayonne d’une vie et d’une joie nouvelle. Quand nous regardons l’Hostie avec foi, elle est déjà pour nous une nourriture et nous commençons à rayonner. « Qui regarde vers lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage », dit le Psaume 33 (v. 6).

Déjà, « lorsque Moïse descendit de la montagne du Sinaï, ayant en mains les deux tables du Témoignage, il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis qu’il avait parlé avec le Seigneur » (Ex 34, 29). Et ce rayonnement plongeait les Hébreux dans une telle crainte que Moïse devait se voiler le visage.

Le Seigneur Dieu s’est incarné et depuis, nous pouvons tous le contempler sans intermédiaire. Saint Paul nous dit que cela nous donne une gloire bien supérieure à celle de Moïse : « Le ministère de la mort, celui de la Loi gravée en lettres sur des pierres, avait déjà une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient pas fixer le visage de Moïse à cause de la gloire, pourtant passagère, qui rayonnait de son visage. Combien plus grande alors sera la gloire du ministère de l’Esprit ! » ( 2 Co 3, 7-8).

La Vierge Marie est celle qui a contemplé le Seigneur avec le plus d’intensité, dans tous ses mystères, aussi dans celui de l’Eucharistie. Notre Dame rayonne donc. Elle est le premier ostensoir qui reflète si bien la lumière de son Fils que saint Jean la décrit comme revêtue du soleil (Ap 12, 1).

Et nous sommes ses enfants. Nous ne rayonnons pour l’instant que d’une lueur modeste, celle d’une chandelle qu’on ne met pas sous le boisseau, mais « sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » (Mt 5, 15-16). Notre regard de foi vers le Christ eucharistie nous donne une connaissance et une sagesse qui illumine notre vie quotidienne. L’Ecclésiaste nous dit combien cette sagesse donne aux choses et aux gens alentour leur vraie lumière : « Qui donc est comparable au sage ? Qui sait expliquer le sens des choses ? La sagesse d’un homme fait briller son visage ; la dureté du visage en est changée. » (Qo 8, 1). Et le prophète Daniel étend cette vérité jusqu’à l’éternité : « Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais. » (Dn 12, 3).

Oui, dès aujourd’hui et jusque dans le royaume des cieux, nous sommes invités à être les ostensoirs du Christ. Jésus l’a dit en saint Matthieu : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » (Mt 13, 43).

Dès lors, veillons à nous exposer à la lumière qui jaillit du visage du Seigneur dans l’eucharistie. Et redisons, pour nous et pour nos frères cette formule de bénédiction que le Seigneur a enseignée à Moïse : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26).

Notre Dame a contemplé le Seigneur son Fils à tous les âges de sa vie, sauf lors de sa transfiguration. Heureusement, aujourd’hui au ciel, elle le contemple dans toute la gloire de son humanité transfigurée par son union à sa divinité. Qu’en ce jour où nous adorons particulièrement Jésus hostie, notre Mère reflète sur nos âmes un rayon de cette lumière.

Amen.

Pentecôte 2024

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Solennité de la Pentecôte

Dimanche 19 mai 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

« Si quelqu’un m’aime, vient de dire le Seigneur, si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous nous ferons une demeure chez lui. »

Nous voulons cette intimité, mais aussi nous sommes conscients de la faiblesse de notre intelligence et de notre volonté. Comment pourrons nous garder la parole du Seigneur Jésus et avoir assez d’amour pour en vivre profondément ?

Heureusement, Jésus connaît notre infirmité. C’est pourquoi il ajoute : « Le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » Qui est cet Esprit Saint ? Il est la troisième personne de la Trinité, avec le Père et le Fils, il est le Dieu unique. Son nom nous étonne. « Esprit » et « Saint » sont des termes communs qui pourraient aussi bien être utilisés pour désigner le Père et le Fils. Mais le Catéchisme du Concile de Trente nous éclaire :

Tous les noms que nous donnons à Dieu, nous sommes forcés de les emprunter aux choses créées. Et comme […] nous ne connaissons pas, dans les créatures, d’autre communication de nature et d’essence que celle qui se fait par voie de génération, il nous est impossible d’exprimer par un nom propre cette communication que Dieu fait de Lui-même et de son Être tout entier par voie d’amour. C’est pourquoi la troisième Personne de la Sainte Trinité porte la dénomination commune d’Esprit-Saint ; dénomination d’ailleurs qui Lui convient parfaitement, parce que, d’une part, c’est elle, la troisième Personne, qui répand dans nos âmes la vie spirituelle (la vie de l’Esprit) et parce que, d’autre part, sans le souffle et l’inspiration de cet esprit très Saint, nous ne pouvons rien faire qui mérite la Vie Éternelle1.

Oui, l’Esprit Saint gonfle nos cœurs, il les dilate et les porte à s’élever vers la vie éternelle. Il est la source et la perfection de notre sainteté. Et notre sanctification individuelle va de pair avec la sanctification de tous les membres de l’Église, puisqu’on ne se sauve qu’en famille. Le Concile Vatican ii développe cette dimension ecclésiale, dans la Constitution Lumen gentium :

Une fois achevée l’œuvre que le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la terre, le jour de Pentecôte, l’Esprit Saint fut envoyé qui devait sanctifier l’Église en permanence et procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l’unique Esprit, l’accès auprès du Père. C’est lui, l’Esprit de vie, la source d’eau jaillissante pour la vie éternelle, par qui le Père donne la vie aux hommes que le péché avait tués, en attendant de ressusciter dans le Christ leur corps mortel. L’Esprit habite dans l’Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple, en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption. Cette Église qu’il introduit dans la vérité tout entière, et à laquelle il assure l’unité de la communauté et du ministère, il la bâtit et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques, il l’orne de ses fruits. Par la vertu de l’Évangile, il fait la jeunesse de l’Église et la renouvelle sans cesse, l’acheminant à l’union parfaite avec son Époux. L’Esprit et l’Épouse, en effet, disent au Seigneur Jésus : « Viens ». Ainsi l’Église universelle apparaît comme un « peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint »2.

Oui, dès son origine l’Église est catholique, c’est à dire tournée vers l’universel. Dès la Pentecôte, elle est une, sainte, catholique, et apostolique. Dans la présentation de l’Église naissante que saint Luc nous donne dans les Actes des apôtres, le Pape Benoît xvi a pu discerner les quatre notes de l’Église :

Si nous réfléchissons un instant à cette description, disait-il, nous pouvons nous rendre compte qu’y apparaissent déjà indéniablement trois des caractéristiques fondamentales de l’Église, retenues par la tradition : l’Église est apostolique [groupée autour des douze] ; elle est sainte, car elle est tournée vers le Seigneur dans la prière ; et elle est une [, elle dont les membres n’avaient qu’un seul cœur]. Le premier signe, dans lequel se manifeste l’Esprit Saint [au jour de Pentecôte], en ajoute une quatrième : la présence de l’Esprit se révèle dans le don des langues. Il renverse ainsi le phénomène de Babel ; la communauté nouvelle, le nouveau peuple de Dieu s’exprime dans toutes les langues et, dès le premier instant de son existence, la communauté est présentée comme « catholique »3.

Le don de l’Esprit Saint, que nous fêtons aujourd’hui, nous pousse ainsi à œuvrer, d’abord par la prière, à la diffusion de la sainteté dans le monde entier.

Que la Vierge Marie, qui s’est laissée pétrir par l’Esprit pour donner au monde le Messie, soit notre exemple dans la docilité à ce même Esprit de sainteté,

Amen, Alléluia !

1Catéchisme du Concile de Trente, Desclée, 1923, p. 106.

2Concile Vatican ii, Lumen gentium, 4.

3Joseph Ratzinger – Benoît xvi, Ils regarderont Celui qu’ils ont transpercé, p. 83

Ascension 2024

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Solennité de l’Ascension du Seigneur

Jeudi 9 mai 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Jésus apparaît aux disciples. Il leur reproche de n’avoir pas cru à sa Résurrection. Il les envoie prêcher son Évangile et chasser les démons en son nom. Il leur enjoint de baptiser tout homme, dans la foi en son nom qui sauve. Et finalement, aux yeux de ses disciples captivés par le dernier évènement de sa vie terrestre, le Seigneur Jésus est élevé de terre, et il monte au ciel où il s’assied à la droite de Dieu.

Vraiment, Jésus est au centre de l’attention de ce passage de l’Évangile. L’Église, à sa naissance comme aujourd’hui, garde le regard focalisé sur Jésus. Et lui, sans fausse humilité, tient cette place centrale qui lui revient de par sa nature divine et de par sa parfaite nature humaine : il est au début, au centre et à la fin. Mais ce n’est pas pour se mettre en avant, c’est pour notre bien qu’il assume ce rôle central.

Le Christ s’est uni de nombreux disciples. Par sa Pâque et dans l’Eucharistie, ils ont été assimilés à lui et ont pris part à sa filiation divine. Il est la source de notre vie de fils de Dieu, et c’est en lui que cette vie trouve son accomplissement. Il est vraiment l’Alpha et l’Oméga de notre vie, de la vie de l’Église entière. Il est venu du trône divin, et maintenant qu’il nous a unis à lui, il remonte auprès du Père, nous tenant tout contre lui. Le Concile nous fait contempler ce rôle central du Seigneur Jésus. Voici quelques phrases de la Constitution Gaudium et spes, qui éclairent notre méditation du mystère de l’Ascension :

Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est lui-même fait chair, afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et récapitule toutes choses en lui. Le Seigneur est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations. C’est lui que le Père a ressuscité d’entre les morts, a exalté et a fait siéger à sa droite, le constituant juge des vivants et des morts. Vivifiés et rassemblés en son Esprit, nous marchons vers la consommation de l’histoire humaine qui correspond pleinement à son dessein d’amour : « ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre » (Ep 1, 10)1.

Oui, nous reconnaissons Jésus comme le centre de notre histoire, la joie de tous les cœurs, et la plénitude de nos aspirations. Il a dit : « Moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jn 12, 32). Et nous avons l’espérance très assurée de rejoindre dans sa gloire celui que le Père « a exalté et a fait siéger à sa droite ».

Le Canon Romain, cette grande prière eucharistique qui est au cœur de la Messe, prière au cours de laquelle le prêtre consacre le Corps et le Sang du Christ, rappelle le Mystère pascal du Seigneur dans une triple expression : la bienheureuse Passion, la Résurrection et la glorieuse ascension. Pourquoi l’Ascension est-elle dite glorieuse ? Est-elle glorieuse pour Jésus lui-même ? Sans doute. Mais elle est aussi glorieuse pour nous et surtout glorieuse pour la Trinité entière. En effet, la Constitution conciliaire sur la liturgie, Sacrosanctum concilium, marque à quel point l’Ascension donne son complet achèvement au culte que nous sommes appelés à rendre à Dieu.

L’Ascension, dit le Concile, accomplit « la rédemption des hommes et la parfaite glorification de Dieu2 ». D’où la joie profonde qui envahit le cœur des Apôtres à ce moment. Elle est paradoxale, dans cette situation d’adieux, cette joie de la jeune Église ; mais elle est théologiquement très juste. Car l’homme est fait pour rendre à Dieu un culte parfait, et voilà que ce culte est rendu. Le prêtre parfait entre dans le Saint des saints. L’Église exulte ! Et nous nous souvenons du pectoral que devait porter le grand prêtre de l’ancienne Alliance. Dieu avait dit à Moïse : « Quand Aaron entrera dans le sanctuaire, il portera sur son cœur, avec le pectoral du jugement, les noms des fils d’Israël, en mémorial devant le Seigneur, perpétuellement » (Ex 28, 29). Aujourd’hui aussi, Jésus nous porte écrits sur son Cœur. Aujourd’hui, le grand Prêtre de la nouvelle et éternelle Alliance se présente devant le Père, Victime sans tache brûlée par le feu, par l’amour de l’Esprit Saint, et le nom de chacun de nous a été inscrit dans son Sacré Cœur, quand la lance du soldat l’a percé.

C’est encore l’Esprit Saint qui nous donne la pleine connaissance des mystères du Christ. Il a été infusé dans l’âme des disciples au jour de la Pentecôte. Ils étaient réunis autour de la Vierge Marie. Dans les dix jours qui nous préparent à recevoir à nouveau cet Esprit, demeurons dans une fervente unité fraternelle, autour de la Vierge Marie. Par elle, nous recevrons l’intelligence et l’amour surnaturels qui nous conduiront à la perfection du culte en esprit et en vérité.

Amen, Alléluia.

1Concile Vatican ii, Constitution Gaudium et spes, no 45, § 2.

2Concile Vatican ii, Constitution Sacrosanctum concilium, no 5.

Dimanche de Pâques 2024

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Solennité de Pâques

Dimanche 31 mars 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

« Agnus redemit oves — L’Agneau a racheté les brebis. », avons-nous chanté il y a quelques instants dans la séquence. Oui, les brebis pécheresses ont été réconciliées avec le Père par le Christ innocent comme un agneau — Christus innocens Patri reconciliavit peccatores. Saint Jean Baptiste avait désigné l’Agneau de Dieu (cf. Jn 1, 29), et l’Apocalypse nous présente la victoire du Ressuscité qui trône, agneau debout et comme égorgé (cf. Ap 5, 6). Il est doux et innocent comme un agneau, victime innocente et parfaite pour restaurer la communion des hommes avec Dieu. Il est égorgé, mais il est aussi debout, ressuscité, debout avec force. Par sa force, le Christ est aussi comparé à un lion : « Il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David. », dit encore l’Apocalypse (Ap 5, 5).

Le patriarche Jacob avait en effet prophétisé à son fils Juda :

Juda, à toi, tes frères rendront hommage, ta main fera plier la nuque de tes ennemis […]. Juda est un jeune lion. Tu remontes du carnage, mon fils. Il […] s’est couché comme un lion ; ce fauve, qui le fera lever ? Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement, à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront (Gn 49, 8-10).

Oui, le Seigneur Jésus est un lion comme son aïeul : il s’est porté intrépidement au combat et l’a remporté. C’est ce qu’avait prédit le prophète Isaïe :

Quand rugit vers sa proie le lion, le jeune lion, et que la foule des bergers est appelée contre lui, il n’a pas peur de leurs cris, ne répond pas à leur tapage. Ainsi le Seigneur de l’univers descendra pour combattre sur la montagne de Sion, sur sa colline. Comme les oiseaux qui étendent leurs ailes, ainsi le Seigneur de l’univers protégera Jérusalem : il protégera et libérera, il épargnera et délivrera (Is 31, 4-5).

Le Seigneur est ainsi venu nous arracher à l’esclavage du péché et de la mort. Le prophète Osée quant à lui montre combien c’est un combat qui lui tient à cœur :

Moi, je serai comme un lion pour Éphraïm, comme un lionceau pour la maison de Juda. Oui, moi, je déchire et je m’en vais, j’emporte, et personne qui délivre. Je m’en irai, je retournerai en ma demeure, jusqu’à ce qu’ils s’avouent coupables et recherchent ma face, et que dans leur détresse ils me cherchent (Os 5, 14-15).

Mais Jésus est un lion qui est rempli de miséricorde, et le même prophète Osée dit un peu plus loin :

Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. Ils marcheront à la suite du Seigneur ; comme un lion il rugira, oui, il rugira, lui, et, tout tremblants, ses fils viendront (Os 11, 9-10).

Dès lors, nous appartenons au Christ, lion fort et miséricordieux et véritable agneau, ressuscité. Nous devons vivre en ressuscités. La lettre aux Corinthiens que nous venons d’entendre nous engage à vivre désormais « avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité. » (5, 8). La vieillerie n’a plus de place chez nous. Le Seigneur lui-même a oublié nos infidélités. Il les a effacées dans son sang. De même que dans un rite de la première Alliance, on effaçait dans l’eau amère les imprécations inscrites sur une feuille (cf. Nb 5, 23), de même, dit saint Paul, Jésus « a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix » (Col 2, 14).

Il a racheté toutes nos fautes, et bien plus, il nous a amassé un trésor immense. Si nous nous affligions encore, dans un esprit de défiance, si nous étions encore inquiets de notre salut, nous ferions affront à la souffrance qu’il a endurée. Ayons une vie de ressuscités, un visage de ressuscités, car le Seigneur ressuscité est en nous.

Il est aussi dans nos frères et nous le rencontrons partout, ressuscité. De même qu’après Pâques, il aime se présenter sous des traits d’emprunt, ceux d’un jardinier ou d’un simple voyageur sur la route d’Emmaüs, de même, nous sommes assurés de le rencontrer dans toutes les rencontres de notre vie. Il est dans nos frères, petits et grands, il est dans nos supérieurs, il est dans la Règle.

Et la vie nouvelle qui vient de commencer est marquée par l’éternité. La chronologie humaine est transcendée. Le jour de Pâque dure huit jours, tant que nous chantons « Haec dies — Ce jour que fit le Seigneur » ; il dure cinquante jours, tant que nous disons l’Alléluia, sans interruption, comme l’indique saint Benoît.

Et cet Alléluia, nous le recevons de la liturgie céleste, liturgie éternelle à laquelle celle de la terre participe. Car jamais n’apparaît dans l’Évangile cette acclamation pourtant chère au Psalmiste. Elle surgit sur la fin de l’Apocalypse, où elle revient sans cesse, éternellement, sur les lèvres de la foule des sauvés : « Alors j’entendis comme la voix d’une foule immense, comme la voix des grandes eaux, ou celle de violents coups de tonnerre. Elle proclamait : “Alléluia ! Il règne, le Seigneur notre Dieu, le Souverain de l’univers”. » (Ap 19, 6).

« Alléluia ! », cela signifie : « Louons Dieu ! » Louons l’Agneau, le Lion qui nous a sauvé, à la gloire du Père. Et veillons à chanter juste, joyeusement dans le ton que nous donne Notre Dame !

Amen. Alléluia !

Vigile Pascale 2024

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Vigile pascale

Nuit de Pâques, Samedi 30 – Dimanche 31 mars 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Après la liturgie du feu pascal, lumière vivante qui a fait échec aux ténèbres de la mort, après le chant de l’Exultet, nous avons entendu quatre lectures bibliques. Ces lectures de la vigile pascale portent le nom traditionnel de prophéties. Elles s’appellent prophéties parce qu’elles annoncent la grande victoire de Dieu sur le péché et sur la mort, elles annoncent la restauration de l’alliance entre Dieu et les hommes. Oui, selon les écritures, il fallait que le Christ traversât ainsi son mystère pascal, rétablissant l’alliance par l’obéissance dans la souffrance et par le renversement de l’empire de la mort.

Mais la première de ces lectures n’a fait que retracer les six jours de la création. C’est étonnant. Comment peut-on dire qu’il s’agisse vraiment d’une prophétie ?

Essayons de creuser cette question : comment le récit de la création prophétise-t-il le mystère de Pâques que nous célébrons avec joie cette nuit ?

C’est toujours à l’instant de la fondation d’une chose qu’est déterminée sa direction. Au moment de la conception d’un enfant, par exemple, tout en lui est déjà orienté vers son développement personnel unique. L’unique cellule qui le compose ne se développera pas en poisson ou en agneau, non, elle a déjà dignité de personne humaine, dont la vie innocente doit absolument être protégée. De même, dès l’origine, la création porte en elle le message, le programme de sa vocation. Elle est constituée avec une admirable harmonie pour servir d’écrin et de terreau à l’alliance entre Dieu et la créature humaine. Dès l’origine, la création nous parle d’alliance. Comment peut-on dire cela ?

Allons demander à saint Jean, un des témoins les plus immédiats de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus. Il commence son Évangile par la phrase : « Au commencement était le Verbe », le Logos, la Raison, la Parole. Et le texte de la Genèse nous montre cette parole à l’œuvre dans la création. Chaque phase de création est introduite par les mots : « Dieu dit ». C’est une parole efficace : Dieu dit et la chose est faite. C’est une parole qui est à l’origine de tout être créé.

Nous autres, nous avons l’habitude de voir les artisans œuvrer sans parler, leur chef-d’œuvre sortant peu à peu de leurs mains, sous leur regard appliqué.

Mais Dieu parle. Il se dit et il s’adresse à quelqu’un. Il s’adresse à lui-même, et il s’adresse à la créature elle-même. Il fait alliance dès l’origine. Le récit de la création nous parle d’alliance. Le résultat de la création, que nous admirons chaque jour dans sa beauté, nous parle de l’amour du Créateur. Benoît xvi l’a dit :

La création et l’histoire laissent transparaître l’essentiel. Ainsi, elles nous prennent par la main et nous conduisent vers le Christ, elles nous montrent la vraie lumière. […] L’alliance, la communion entre Dieu et l’homme, est prévue au plus profond de la création1.

Dieu n’a pas fait irruption dans le monde et dans l’histoire des hommes à partir seulement d’Abraham ou de Moïse, quand Dieu s’est constitué un peuple choisi. Il n’y a pas eu auparavant tout une immense période où le cosmos et Dieu étaient comme étrangers l’un à l’autre. Dans le Credo, l’Église confesse au contraire dès les premiers mots sa foi dans le Créateur (et donc dans la bonté de la création à soigner). Si Dieu est Créateur du Ciel et de la terre, c’est que la création est en relation avec lui.

À la fin de la création, Dieu voit que tout ce qu’il avait fait était très bon et, le septième jour, il se repose. Dans ce détail aussi le texte est prophétique. Le repos sabbatique est le temps de la nécessaire gratuité, de la relation avec Dieu, de la joie prise en commun. Il est devenu sacré dans la religion juive. Et il est important que l’on entende parler de cette institution du repos sabbatique en cette nuit qui nous mène du grand Sabbat au Dimanche de Pâque. Car si l’Église a transféré ce repos au premier jour de la semaine, cela signifie qu’il y a eu, en ce jour, un événement inouï plus grand encore que la création : la rencontre avec le Créateur qui reprend en main sa création et la rend victorieuse de la mort qui la blessait depuis le péché des origines. Le Pape Benoît xvi nous donnait ce développement :

La structure de la semaine […] n’est plus dirigée vers le septième jour, pour y participer au repos de Dieu. Elle commence par le premier jour comme jour de la rencontre avec le Ressuscité. Cette rencontre se renouvelle sans cesse dans la célébration de l’Eucharistie, où le Seigneur vient de nouveau au milieu des siens et se donne à eux, se laisse, pour ainsi dire, toucher par eux, se met à table avec eux. […] Cette rencontre, en effet, avait en soi quelque chose de bouleversant. Le monde était changé. Celui qui était mort vivait d’une vie qui n’était plus menacée d’aucune mort. Une nouvelle forme de vie, une nouvelle dimension de la création, avait été inaugurée. Le premier jour, selon le récit de la Genèse, est le jour où commence la création. À présent il était devenu d’une façon nouvelle le jour de la création, il était devenu le jour de la nouvelle création2.

Enfin, la première prophétie nous rappelle que Dieu est Créateur et qu’il possède donc toute la création dans sa main. Il est tout puissant et nous pouvons avoir confiance en lui. Il est maître de la vie, qu’il peut nous donner pour l’éternité. C’est le premier trait par lequel le récit de la création rejoint la victoire de la vie que nous célébrons cette nuit.

La Vierge Marie aussi a été témoin d’un premier instant, le premier instant de l’Incarnation, qui ouvre l’ère de la Rédemption, quand elle a dit « Oui » à l’Ange. Elle a été témoin du premier instant de la Passion, quand son Fils a célébré sa Pâque avec ses disciples. Elle a été témoin du premier instant du sacrifice de Jésus, et du premier instant de sa vie ressuscitée. En ce premier instant, toute la vie de l’Église est résumée, toute l’Alliance nouvelle et éternelle est déjà établie. Que Notre Dame nous donne part à la joie et à l’exultation qui l’habitent depuis. Avec elle, chantons sans cesse le Magnificat, en ces premières heures du temps pascal.

Amen, Alléluia.

1Benoît xvi, vigile pascale 2011, texte qui inspire toute la présente homélie.

2Benoît xvi, vigile pascale 2011.

Jeudi Saint 2024

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Cène du Seigneur

Jeudi Saint 28 mars 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Dans la lecture de sa première Épître aux Corinthiens, saint Paul nous a donné à contempler le Seigneur qui institue l’Eucharistie en la réalisant sous les yeux des apôtres. Et Jésus leur a ordonné de perpétuer ce geste. « Faites cela en mémoire de moi », dit-il par deux fois : après avoir changé le pain en son Corps et après avoir changé le vin en son Sang. Ainsi, il a aussi institué le sacerdoce de la Nouvelle Alliance, le sacerdoce chrétien.

Les prêtres sont dès lors le prolongement du Christ. Il a offert sur la Croix l’unique sacrifice rédempteur, et les prêtres renouvellent sur l’autel ce sacrifice et nous mettent au contact de la Croix qui nous sauve. Quelle bonté, quelle délicatesse du Seigneur ! Quelle haute et belle mission pour le prêtre !

Mais aujourd’hui, quelques personnes estiment de bon ton de critiquer et d’humilier les prêtres. On prend occasion de comportements vraiment indignes de certains d’entre eux pour envelopper l’ensemble dans une accusation générale. Le prêtre serait a priori un orgueilleux et un profiteur. Nous savons combien cette incrimination est douloureuse et blessante pour le plus grand nombre des prêtres qui vivent dans une abnégation complète et joyeuse, au service des âmes. Alors ce soir, revenons à la vérité et méditons quelques instants sur le don merveilleux que Dieu a fait à l’humanité en lui donnant les prêtres catholiques.

Ces hommes ont donné leur vie pour laisser place au Seigneur. Le sacrement de l’ordre a fait du prêtre un autre Christ. Par le prêtre, Jésus se rend visiblement présent dans notre vie de tous les jours.

Au fond, c’est donc normal qu’un prêtre soit en butte au mépris, aux moqueries, aux railleries, au persiflage, et parfois à la persécution sanglante. Lui qui renouvelle à l’autel le sacrifice du Christ, il renouvelle aussi dans sa vie la montée au Calvaire du Seigneur. Jésus a reçu des gifles, il a été sali de crachats, il est mort : c’est le programme pour tout prêtre, aujourd’hui comme à toutes les époques.

Mais nous, catholiques, savons-nous reconnaître dans nos prêtres, tout infirmes qu’ils soient, le Seigneur qui continue de porter sa Croix ? qui continue de se livrer pour que le saint Peuple de Dieu ait la vie en abondance ?

Par la célébration de la Messe, et l’administration des sacrements, le prêtre sert de canal pour la grâce qui nous vient du Calvaire. Il est l’instrument de l’unique sacerdoce du Christ. Le Catéchisme enseigne que :

Le sacrifice rédempteur du Christ est unique, accompli une fois pour toutes. Et pourtant, il est rendu présent dans le sacrifice eucharistique de l’Église. Il en est de même de l’unique sacerdoce du Christ : il est rendu présent par le sacerdoce ministériel [des prêtres] sans que soit diminuée l’unicité du sacerdoce du Christ :  » Aussi le Christ est-Il le seul vrai prêtre, les autres n’étant que ses ministres « 1.

Leur rôle est de répercuter, à chaque instant de l’histoire, l’immense acte du Christ sur la Croix. C’est pourquoi le Code de Droit Canon demande :

Que les prêtres célèbrent fréquemment, ayant toujours présent à l’esprit le fait que l’œuvre de la Rédemption se réalise continuellement dans le mystère du Sacrifice eucharistique ; bien plus, leur est vivement recommandée la célébration quotidienne qui est vraiment, même s’il ne peut y avoir la présence de fidèles, action du Christ et de l’Église, dans la réalisation de laquelle les prêtres accomplissent leur principale fonction2.

Les prêtres, outre la Messe et les sacrements, offrent sans cesse à Dieu, au nom de toute l’Église, la prière liturgique, en la chantant en chœur, ou en la lisant dans leur bréviaire, et ils s’adonnent à l’oraison personnelle pour le salut de tous.

Tenons-nous donc loin d’une idéologie égalitariste, reconnaissons la complémentarité des missions dans l’Église, et donc leurs différences. Si ce soir nous nous réjouissons du sacerdoce, ce n’est pas au détriment de ceux qui n’en sont pas revêtus. Le sacerdoce ministériel est justement à leur service, c’est un ministère, ministerium, un service. Les hommes et les femmes baptisés sont quant à revêtus de la dignité d’un sacerdoce royal. Ils sont appelés à offrir à Dieu la louange qu’il attend de la création. La Constitution dogmatique conciliaire sur l’Église, Lumen Gentium, enseigne :

Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective3.

La dimension pétrinienne de l’Église est au service de la dimension mariale. Il y a donc un service mutuel entre les deux sacerdoces, et il fera notre émerveillement au Ciel.

Remercions Dieu et demandons-lui de donner sa grâce en abondance pour faire naître de nombreuses vocations. Il y a quelques jours, le Saint Père a donné son message pour la journée de prière pour les vocations.

[Je vous exhorte, dit-il, à] la prière pour invoquer du Père le don de saintes vocations pour l’édification de son Royaume : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ». Et la prière – nous le savons – est faite plus d’écoute que de paroles adressées à Dieu. Le Seigneur parle à notre cœur et veut le trouver ouvert, sincère et généreux. Sa Parole s’est faite chair en Jésus-Christ, qui nous révèle et qui nous communique toute la volonté du Père4.

Dans les familles, que l’on favorise donc les vocations en apprenant aux enfants, dès l’enfance, à être attentifs à l’appel du Seigneur. Il faut garder son cœur pur et disponible, il faut que les parents disent à leurs enfants combien est belle une vie donnée au Seigneur et au service des frères et sœurs dans l’Église.

Ce soir, dans la célébration de la sainte Cène, à laquelle la discrète Vierge Marie a participé très activement par sa prière, remercions notre Dieu, d’un cœur vibrant, pour le don qu’il nous a fait du sacerdoce ministériel. Prêtres, frères et laïcs, remercions-le avec grande gratitude.

Amen.

1CEC 1545, citant saint Thomas d’Aquin, Hebr. 7, 4.

2CIC 904.

3Concile Vatican ii, Lumen gentium, n. 10.

4Pape François, 19 mars 2024, pour la journée du 21 avril 2024.