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21e dimanche après la Pentecôte

Rénovation des vœux
Dimanche 2 novembre 2025

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Voici un roi qui veut mettre ses comptes au clair. On lui mène un immense débiteur, tout à fait insolvable. Devant la menace des plus dégradantes sanctions, ce débiteur implore un délai. Touché de compassion, le bon maître laisse mieux qu’un délai, mieux que du répit : il remet purement et simplement la dette gigantesque qui étreignait son sujet.

Mais voici ce serviteur ne parvient pas à adopter la même ligne de conduite à l’égard d’un de ses compagnons et se montre intraitable.

Aujourd’hui, chacun des moines de l’abbaye va renouveler ses vœux. Nous sommes en effet au terme d’une bonne retraite, au cours de laquelle le Seigneur nous a rappelé la grâce de notre vocation. Car nous avons été appelés, chacun par son nom, l’un après l’autre, et Dieu a constitué de nous tous une famille. Ce n’est que dans l’amour du Christ Jésus, sous la protection de la Vierge Marie, que nous demeurons unis. Notre mission, comme la première mission de tous les disciples du Christ, c’est de témoigner de la vie nouvelle du Christ, d’abord dans la prière mais aussi dans une façon de vivre évangélique. Cette vie de prière rend témoignage au Seigneur ressuscité. La joie surnaturelle donne bonne odeur à nos journées recueillies et laborieuses.

Tout cela, le Seigneur nous l’a redit, sous l’entraînante parole du Père prédicateur.

Maintenant que nous avons pris nouvelle conscience des grandes perspectives de notre consécration, nous voulons redire et réactualiser l’acte même qui nous a consacrés.

La rénovation des vœux, c’est un approfondissement de la grâce de profession. Nous pouvons comparer cela à la pratique chrétienne de faire mémoire des grands événements de la vie du Christ, de nos vies, et en particulier des sacrements.

Tout chrétien est invité à revivre, la nuit de Pâques, la grâce de son baptême. Et si nous revivons attentivement cette grâce, Dieu en grave plus précisément, plus finement les contours dans nos âmes, nous devenons ses enfants avec plus de ressemblance. Le sceau imprimé dans nos âmes retrouve sa netteté originelle. Il gagne même en conformité avec l’original. Et si nous n’avons pas été dans les meilleures dispositions quand nous avons reçu le Baptême, nous n’avons pas reçu dans sa totalité le trésor de grâce qui accompagnait ce sacrement. Mais lorsque nous nous mettons dans les dispositions requises, lorsque nous repassons en nous le don de Dieu, nous pouvons recevoir, même bien des années plus tard, un perfectionnement de la grâce qui a été donnée. Et cela vaut aussi pour la Confirmation ou l’Ordre. Saint Paul invitait déjà son disciple Timothée à faire cet exercice, à propos de son ordination épiscopale : « Je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains1. » (2 Tm, 1, 6).

Rénover nos vœux, d’une certaine manière, c’est ainsi pouvoir recommencer comme au premier jour, et mieux qu’au premier jour. Avec les années, nous avons accumulé une dette immense, mais cette dette est aussi une opportunité pour nous de faire connaissance avec la bonté de notre Dieu. Alors jetons l’amplitude de notre dette dans l’abîme du Cœur de notre Dieu. Et en écho, offrons à nos frères la même mansuétude.

Avec plus de conscience, renouvelons, rendons nouvelle, rendons actuelle notre consécration. Nous voulons aujourd’hui prononcer plus véritablement qu’au jour même de notre profession la formule qui nous a fait à jamais la propriété de Dieu. Et pour ce faire, nous avons besoin de la prière les uns pour les autres. Nous avons besoin de la prière de l’Église, et en particulier des fidèles ici réunis. Et l’Église du ciel aussi vient à notre aide. Elle aussi est attentive aux étapes de notre pèlerinage.

Demandons donc aux saints que nous avons fêtés hier d’intercéder pour que notre donation d’aujourd’hui soit parfaite. Que les saints pauvres nous obtiennent un parfait esprit de pauvreté et un amour pour les pauvres. Que les saints vierges nous enseignent toujours plus la beauté d’un cœur offert sans partage au Seigneur. Que les saints obéissants témoignent au regard de notre foi de la grande liberté et de la grande joie qui naît de la suite du Christ obéissant.

La Vierge Marie a beaucoup d’intérêt à nous voir progresser. Elle prie pour chacun de nous, nommément, devant son Fils, devant la Trinité. Elle nous donne une âme de fils, une âme de prière, une âme joyeuse et dévouée. Qu’elle soit le roc qui assure stabilité à notre consécration.

Amen.

1Cf. ce que disait Mère Cécile Bruyère, le 21 mai 1896 (Conférences sur l’Ascension) : « Les sacrements portant caractère peuvent se renouveler dans l’âme en intensité et se renouveler même si puissamment qu’ils soient mieux burinés qu’au moment où ils ont été reçus en raison des dispositions meilleures de l’âme. Toutes nous n’avons apporté aucun obstacle au sacrement de baptême, par la raison bien simple que nous ne le pouvions pas. Pour le sacrement de confirmation, je veux croire aussi que nous l’avons bien reçu. Quoi qu’il en soit, ce qui importe dans une fête de la Pentecôte, c’est de se préparer à restaurer en soi ce que le Seigneur a mis et avoir l’ambition de demander à l’Esprit Saint de développer ces germes et de les étendre. Voyez, par le sacrement de baptême nous avons été faits enfants de Dieu, le péché originel a été effacé, nous avons reçu infuses les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, mais il n’est pas sans intérêt pour nous que nous avancions dans cette attitude de l’enfant de Dieu, dans une allure plus filiale, en ayant quelque chose de plus confiant, de plus abandonné et en nous appuyant davantage sur notre Père céleste. Ce sera un si grand bien si l’Esprit Saint constitue cela en nous, s’il efface les cicatrices et les traces du péché originel. Sans parler de ce qui fait obstacle à Dieu d’une façon déterminée, nous avons de petites lésions, des obscurités, des tendances que le baptême n’a pas encore enlevées ; peut-être les avons-nous aggravées par nos fautes actuelles, c’est donc un grand bien que l’Esprit Saint nous aide à rendre la place plus nette afin que la foi, l’espérance et la charité se développent en nous.

Si nous prenons le sacrement de confirmation, nous savons bien ce qu’il a opéré en nous ; je dis qu’il peut apporter une plus grande effusion de grâce après dix ans si nous renouvelons nos dispositions, qu’au moment même où il a été reçu ; il n’y a rien là de contraire à la doctrine, les sacrements qui ne peuvent se réitérer se renouvellent en nous dans la proportion de nos bonnes dispositions. »