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Solennité de la Nativité du Seigneur
Messe de minuit
Mercredi 25 décembre 2024
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
Pour un recensement, saint Joseph mène la Vierge Marie son épouse à Bethléem sa propre ville. Mais c’est dans une étable qu’il doit trouver pour elle un abri. Et là, dans le froid, la nuit et la solitude, Jésus vient au monde. Un Ange prévient alors les bergers qui veillent alentour que leur Sauveur est né. Les pasteurs se trouvent alors soudain enveloppés d’une multitude d’Anges et de la lumière de la gloire du Seigneur.
Jésus dira de lui même qu’il est « la lumière du monde » (Jn 8, 12). Cette lumière surgit au cœur de cette nuit, victorieuse des ténèbres. Elle est la vérité qui éclaire nos âmes, jusque là enserrées dans la noirceur du crime et de l’idolâtrie. Oui, ce charmant poupon, ce nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire, c’est le Sauveur, le Christ, le Seigneur qui vient restaurer en nous la lumière, l’esprit d’adoration.
Tout est mystérieux dans les jours où nous sommes [dit Dom Guéranger dans son Année Liturgique. Tout est mystérieux :]. Le Verbe de Dieu, dont la génération est « avant l’aurore », prend naissance dans le temps ; un enfant est un Dieu ; une vierge devient mère et reste vierge ; les choses divines sont mêlées avec les choses humaines […] : « Le Verbe s’est fait chair. » [… dira saint Jean, résumant d’un trait le] grand événement qui vient d’unir dans une seule personne divine la nature de l’homme et la nature de Dieu.
Mystère éblouissant pour l’intelligence, mais suave au cœur des fidèles, il est la consommation des desseins de Dieu dans le temps, l’objet de l’admiration et de l’étonnement des Anges et des Saints dans leur éternité, en même temps que le principe et le moyen de leur béatitude1.
Rappelons-nous aussi qu’il y a trois naissances pour le Seigneur : celle de l’éternité, celle de la Vierge Marie et celle dans les cœurs des fidèles, à commencer par les bergers. Et la liturgie de Noël célèbre magnifiquement les trois. Mais si les antiennes d’Introït et de Communion de cette nuit chantent l’immense tendresse du Père qui engendre éternellement son Fils, la messe de minuit célèbre surtout la naissance de Jésus selon la chair, de la Vierge bénie. Quand nous chanterons « Ante luciferum — Je vous ai engendré avant que ne se lève l’étoile du matin », nous entendrons certes le Père, avant toute création, mais aussi la Vierge, au cœur de cette douce nuit, avant que le monde ne se réveille. Alors, avec le premier Abbé de Solesmes contemplons la scène :
La Vierge-Mère adore cet enfant divin qui lui sourit ; elle ose le presser contre son cœur ; elle l’enveloppe des langes qu’elle lui a préparés ; elle le couche dans la crèche. Le fidèle Joseph adore avec elle ; les saints Anges, selon la prophétie de David, rendent leurs profonds hommages à leur Créateur, dans ce moment de son entrée sur cette terre. Le ciel est ouvert au-dessus de l’étable, et les premiers vœux du Dieu nouveau-né montent vers le Père des siècles ; ses premiers cris, ses doux vagissements arrivent à l’oreille du Dieu offensé, et préparent déjà le salut du monde.
Oui, le Sauveur est là, dans le silence, et nous sommes désormais assurés de notre salut. Il est là pour nous relever et nous mettre en marche vers son Père. En lui, nous devenons « peregrinantes in spem — pèlerins d’espérance ». Oui, c’est avec grande justesse que le verset de l’Introït a cité le Psaume 2e : « Pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples ? » Dès le premier instant, la vie du Christ nous sauve efficacement du tapage du mauvais. Jésus est né et désormais, elle ne peut plus rien, la foule de tous les pécheurs de tous les âges. Si nous entendons encore le vacarme des armes, des lois iniques contre la vie, des horreurs perpétrées sans frein contre des innocents, ce tumulte n’est qu’un vain murmure devant cet enfant silencieux qui est le Verbe Sauveur qui saura sécher toute larme.
Et ce ne sont pas les hommes de la cité, qui dorment ou festoient après avoir refusé la sainte Famille, qui sont réveillés par l’Ange, mais les pasteurs simples qui veillent sur le repos de leurs brebis, qui « vivent dehors et passent la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux » (Lc 2, 8).
Ressemblons donc à ces bergers : demeurons disponibles à la venue de l’Ange. Alors nous mériterons de voir celui que le Père a envoyé « dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » (Jn 3, 17). Alors, nous recevrons des mains de la Vierge Marie la Paix de Dieu pour les hommes de bonne volonté, chantée par la grande milice angélique qui soudain apparaît !
Joyeux Noël !
Amen.
1Dom Guéranger, Année Liturgique, Mystique du temps de Noël.