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Solennité de la Nativité du Seigneur
Messe du jour

Mercredi 25 décembre 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Il y a 150 ans, Dom Guéranger célébrait pour la dernière fois ici-bas les splendeurs de la Nativité. Il nous a appris à savourer les célébrations liturgiques, à découvrir à quel point la prière officielle de l’Église, peaufinée par les siècles, est parfaite louange de Dieu et actualisation des mystères de notre foi1.

Alors ce matin, goûtons, appliquons-nous à savourer ensemble quelques aspects de la liturgie du jour de Noël. Car dans ces textes, nous reconnaissons Dieu qui parle à son Église et à chacun de nos cœurs ; et en retour, à travers ces mêmes textes s’exprime aussi la prière de l’Église, dans le Christ et dans sa jeune Mère, la Vierge Marie. En s’appropriant ces formules, chacun de nous parle vraiment au cœur de Dieu.

Dom Guéranger, dans l’Année Liturgique explique que :

Le mystère que l’Église honore, en cette troisième Messe [de Noël], est la Naissance éternelle du Fils de Dieu au sein de son Père. Elle a célébré, à minuit, le Dieu-Homme naissant du sein de la Vierge dans l’étable ; à l’aurore, le divin Enfant prenant naissance dans le cœur des bergers ; en ce moment, il lui reste à contempler une naissance bien plus merveilleuse que les deux autres, une naissance dont la lumière éblouit les regards des Anges, et qui est elle-même l’éternel témoignage de la sublime fécondité de notre Dieu.

L’Introït, en effet, contraint nos regards à chercher plus loin que l’apparence. À nos yeux paraît un nouveau-né, dans le plus grand dénuement, et pourtant ce chant d’entrée célèbre la joie de la naissance d’un souverain. Car cet enfant qui est né, Puer, est le Fils, Filius, il est l’héritier du trône qui nous est donné.

L’incipit de la Lettre aux Hébreux nous a détaillé tout à l’heure la grandeur de celui qui est venu au monde : Dieu nous a envoyé « son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante. » (He 1, 2-3).

Et saint Jean vient de nous le redire : « Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. » (Jn 1, 2-3).

Alors Dieu peut s’adresser ainsi à son Fils : « Ton trône à toi, Dieu, est pour les siècles des siècles, le sceptre de la droiture est ton sceptre royal  » (He 2, 8).

Oui, l’Enfant qui nous est né est revêtu de la dignité royale. Il est Dieu, venu parmi les hommes, esclaves de la mort, pour restaurer la dignité royale du genre humain sur toute la création. C’est exactement d’ailleurs ce qu’a demandé la Collecte. Dans l’oraison d’aujourd’hui, l’Église implore que le Fils Unique de Dieu qui vient de naître comme homme délivre le genre humain de la servitude du péché, et le rendre royalement libre.

Alors, nous avons été poussés à chanter :

Gloire à Dieu ! paix aux hommes ! Les Anges, nos frères, ont entonné [cette nuit] ce cantique ; ils sont là autour de l’autel, comme autour de la crèche, et ils chantent notre bonheur. Ils adorent cette justice qui n’a pas donné de rédempteur à leurs frères tombés, et qui nous envoie pour libérateur le propre Fils de Dieu2.

Par ces mots, Dom Guéranger nous dévoile l’admirable magnanimité des Anges. Ils constatent que Dieu propose le salut aux hommes, mais que le plan divin ne l’a pas fait pour leurs frères angéliques tombés, et pour autant, ils ne sont pas jaloux. Ils ont bénéficié de la grâce prévenante, et ils se réjouissent désormais avec nous de notre bonheur.

Ce roi de lumière est venu dans les ténèbres de notre vie, et les ténèbres ne l’ont pas reçu, dit saint Jean. Aujourd’hui du moins, dans notre petitesse, nous le recevons. Car le Seigneur a trouvé la stratégie pour être accueilli dans notre vie et l’illuminer : il se présente en nouveau-né, aspect qui force tout homme à la tendresse et à la délicatesse. Et ce n’est pas un déguisement. Si le Verbe s’est fait chair sous l’aspect du nourrisson, c’est que le nourrisson nous révèle quelque chose de la personne du Verbe. Au moins deux choses. Il nous dit que le Verbe est un engendré, un éternel nouveau-né du Père. Il nous dit aussi l’éternelle innocence du Verbe. Ainsi, quand nous contemplons le Verbe dans l’Enfant-Jésus, ce n’est pas sous un déguisement à écarter. Nous n’avons pas de chimie mentale à effectuer pour atteindre Dieu. C’est lui qui se laisse voir ici, immédiatement. Et chacune des étapes de sa vie nous dira quelque chose du Verbe divin.

Et rappelons-nous enfin que le Sauveur en Croix avait la même innocence que ce Poupon dans les bras de Notre Dame.

Que Marie éclaire nos âmes en cette journée bénie et qu’elle y allume le feu de l’amour divin.

Joyeux et saint Noël !

Amen.

1Cf. Cardinal Joseph Ratzinger, L’esprit de la liturgie, trad. Catala, ad Solem, 2001, Avant-propos, p. 9-10.

2Dom Guéranger, Année liturgique, Messe de Minuit.