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6e dimanche de Carême
Dimanche des rameaux
Dimanche 13 avril 2025
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
Reprenons les premiers mots du chant saisissant de la Passion selon saint Matthieu.
À Gethsémani, Jésus, toujours attentionné, invite ses disciples à demeurer assis sur place tandis qu’il irait un peu plus loin prier avec Pierre, Jacques et Jean. Il demande à ses trois confidents de rester avec lui : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. »
Au Cénacle, Jésus vient de goûter les joies les plus profondes de la vie humaine, celles d’un repas rituel mais familier partagé avec ceux qu’il aime. Il y a institué l’Eucharistie, sacrement de l’amour ; il a fait de ses disciples les prêtres qui participent à son sacerdoce et œuvreront désormais à répandre la vie surnaturelle dans le monde. Mais il sent aussi la marée de haine qui monte autour d’eux. Voici l’heure de l’angoisse et de la tristesse.
Car ce n’est pas du bout des lèvres que Jésus goûte la tristesse. Il va jusqu’au fond de nos souffrances, et même plus loin que toutes. Il ressent cette haine universelle, cet abandon, ce sentiment d’inutilité, et même de nocivité qui lui fait soudain avouer : « Mon âme est triste à en mourir. » L’expression est vertigineuse, Jésus ne la dit pas par hyperbole. Une force l’empêche de mourir de tristesse, mais il sent déjà jaillir sur ses lèvres le cri de la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? »
Alors le Seigneur Jésus, sans fausse honte, demande l’appui de ses disciples, le soutien de ses amis. « Demeurez ici et veillez avec moi. » Jésus nous demande à tous de demeurer avec lui. Il est homme et il a besoin de réconfort. Nos temps d’oraisons, nos prières sont autant de moments passés en compagnie du Seigneur.
Et cependant, saint Matthieu nous dit qu’il s’éloigne encore un peu. Saint Luc précisera même : « Et il fut attiré loin d’eux à la distance d’un jet de pierre environ1 ». Jésus est à nouveau emmené par l’Esprit dans un désert où l’attend l’essentiel de sa mission, attiré dans une solitude qu’il redoute, où les disciples ne peuvent pas le suivre, malgré tout le bon vouloir de Pierre et l’amour de Jean. Nous ne pouvons pas suivre Jésus jusqu’au fond de son chemin. Il n’y a que lui, le Verbe Incarné, qui puisse endurer les pires angoisses à la recherche des pires brebis qu’il aime aussi. Il s’est réservé les solitudes les plus reculées. Nous autres, il nous invite du moins à veiller humblement avec lui à notre place de solitude.
Nos yeux sont pesants et Jésus nous réveille doucement : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? » Il en est une qui ne dort pas, c’est Notre Dame, la Vierge Marie toujours attentive, même de loin, à la mission de son Fils. Elle nous représente tous très avantageusement.
Amen
1Traduction de la Synopse du P. Lagrange.