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Cène du Seigneur

Jeudi Saint 17 avril 2024

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Le Jeudi Saint est le jour où la sainte Église célèbre avec allégresse la sainte Eucharistie. Jésus l’a instituée lors de la dernière Cène. Et il nous a dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Il est avec nous dans la sainte Église, il est avec nous dans le Sacrement de l’autel.

L’Eucharistie, c’est le mystère pascal de Jésus, son sacrifice de la Croix et sa Résurrection, qui perdure à travers les siècles. Car cela ne s’est pas seulement passé le vendredi saint et le jour de Pâques. La Messe nous rend chaque jour présents à ce mystère pascal.

Le rôle des prêtres est de perpétuer l’œuvre du Christ : « Faites ceci en mémoire de moi ».

La Messe rend vraiment présente la Croix du Seigneur. Et c’est pour cela que le signe de la croix est répété plusieurs fois dans la célébration de la messe. L’assemblée entière se signe au début d’un grand signe de croix. Elle reçoit aussi de la même façon l’absolution après le Confiteor et la bénédiction finale. Elle se signe d’une croix au front, aux lèvres et au cœur au début de l’Évangile. Et le prêtre, à l’autel, trace plusieurs fois la croix sur le pain et le vin, sur le Corps et le Sang du Seigneur.

Pendant un peu plus d’une heure, nous nous tenons ainsi debout, avec la Vierge Marie, au pied de la Croix de son Fils. Ce que nous vivons à la messe est appelé à se prolonger dans nos journées. Oui, nos journées sont marquées du signe de la Croix. Non seulement parce que nous y rencontrons maintes occasions de patienter et de souffrir dans la charité, mais encore parce que le signe même de la Croix est appelé à sanctifier tous les instants, les instants de joie comme ceux de peine. Par ce geste, les fidèles rejoignent les gestes du prêtre à l’autel. Ils exercent ainsi leur sacerdoce baptismal. Tous, nous entrons ainsi dans le grand dessein de Dieu, nous adhérons au Christ.

Par la Croix, le monde est redevenu pleinement aimable aux yeux de Dieu. Depuis la mort du Christ au calvaire, anticipée par la célébration de la sainte Cène, Dieu bénit le monde. Paradoxalement, la Croix est devenu signe de bénédiction.

Il est un auteur que nous ne nous lasserons jamais de citer et qui pourra nourrir toute notre vie de prière, c’est le pape Benoît xvi. Il se souvient du signe de croix que traçaient ses parents sur sa sœur, son frère et lui. Il sait où s’enracine la bénédiction paternelle et maternelle :

Dieu avait promis à Abraham : « Je te bénirai » (Gn 12, 2). En Jésus-Christ, fils d’Abraham, cette promesse est entièrement accomplie : il est bénédiction pour toute la Création comme pour tous les hommes. La croix devait donc tout naturellement devenir le geste de bénédiction des chrétiens. Nous nous signons pour nous placer sous la bénédiction de Jésus-Christ ; nous signons de la croix les hommes sur lesquels nous appelons la bénédiction de Dieu, les objets que nous plaçons sous la garde de Jésus. Par la croix nous pouvons devenir, les uns pour les autres, des sources de bénédiction.

Je n’oublierai jamais avec quel recueillement, quelle dévotion, mon père et ma mère, quand nous devions être séparés d’eux pendant longtemps, nous signaient de la croix avec de l’eau bénite, sur le front, la bouche et la poitrine. Cette bénédiction était pour nous le signe sensible de la prière de nos parents, qui nous accompagnait, nous guidait, portée, nous le sentions, par la bénédiction du Rédempteur. Cette bénédiction nous enjoignait aussi de ne pas nous éloigner de ce que signifiait la croix.

Bénir est un geste sacerdotal. Nous sentions dans ce signe de croix le sacerdoce des parents, sa dignité et sa force particulières. Cette bénédiction est l’expression du sacerdoce commun de tous les baptisés. Elle devrait retrouver sa place dans la vie quotidienne et l’imprégner de cette force qui vient de l’amour du Seigneur1.

Retrouvons la dévotion au signe de Croix. Dans la tentation, uni aux noms de Jésus, Marie et Joseph, il est une arme toute puissante. Signons-nous au front, sur la bouche et sur le cœur quand nous savons que nous allons aborder un moment difficile où nous aurons besoin d’être particulièrement dociles aux dons de l’Esprit, pour guider notre intelligence, notre parole et nos affections.

Ce signe de Croix, par lequel nous commençons et achevons nos journées pourrait scander toute nouvelle activité pour la sanctifier et l’unir au sacrifice du calvaire qui est le sacrifice de toutes les messes qui se célèbrent quotidiennement dans le monde.

Que la Notre-Dame de la prière, femme eucharistique, nous enseigne l’art de prier et de tracer le signe de Croix.

Amen

 

1Cardinal Joseph Ratzinger, L’Esprit de la Liturgie, Ad Solem, 2000, p. 146.