+

Solennité de Pâques

Dimanche 20 avril 2025

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Quelques femmes, disciples du Seigneur, se dirigent de grand matin vers le sépulcre afin d’oindre d’aromates son corps. La pierre est grande. Les deux Marie et Salomé savent qu’elles ne pourront la rouler seules. Cependant, elles avancent.

Ces saintes femmes ignorent encore la joie que leur réserve ce matin de printemps. Elles avancent résolument vers le triste devoir de charité. L’obstacle de la pierre ne les arrête pas. Elles ont l’espérance de l’aide de Dieu.

D’autres disciples marchent aussi, vers Emmaüs. Mais eux ont perdu toute espérance. Ils ont surtout perdu leur espoir politique : « Nous, nous espérions que c’était [Jésus de Nazareth] qui allait délivrer Israël. » (Lc 24, 21)

Oui, les disciples du Seigneur, au surlendemain de sa mort, nous enseignent à ne pas nous tromper d’espérance. La séquence de Pâques met ce cri sur les lèvres de sainte Marie-Madeleine : « Surrexit Christus Spes mea ! — Le Christ, mon Espérance, est ressuscité ! »

Au sépulcre, en effet, elle a non seulement trouvé la pierre roulée, mais encore un Ange pour la rassurer et lui rendre la joie : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité ! » ; et plus encore, nous dira saint Jean, elle a rencontré Jésus lui-même. Alors, avec saint Jean-Paul ii, nous pouvons nous adresser à elle en ces termes :

Marie de Magdala, agenouillée sous la Croix, [tu avais] embrassé les pieds du Christ agonisant. Poussée par l’amour, tu es accourue du tombeau et tu l’as trouvé vide ; tu as été la première à voir le Ressuscité et à parler avec lui. Toi, la pécheresse convertie, le Christ t’a en un sens comparée [et rendue semblable] aux Apôtres, en mettant sur tes lèvres le message de la Résurrection. Réjouis-toi, Marie de Magdala ! Réjouissez-vous, Pierre et Jean ! Réjouissez-vous, tous les Apôtres ! Réjouis-toi, Église, parce que le tombeau est vide. Le Christ est ressuscité ! Là où ils l’avaient déposé, il ne reste que les linges, il ne reste que le linceul dans lequel, le Vendredi saint, on l’avait enveloppé. Proclamez avec nous et avec toute l’humanité : Surrexit Christus spes mea — surrexit Christus spes nostra1!

Marie de Magdala est vraiment pour nous première de cordée dans l’ascension de l’espérance. Benoît xvi, en 2012, nous enseignait le secret de cette espérance. Il ne s’agit pas tant de la découverte d’une vérité ni de l’étonnement devant un événement, que de la rencontre avec une personne :

C’est une rencontre qui change la vie : la rencontre avec un Homme unique, qui nous fait expérimenter toute la bonté et la vérité de Dieu, qui nous libère du mal, non pas d’une manière superficielle, momentanée, mais il nous en libère radicalement, nous guérit de tout et nous restitue notre dignité2.

Et Benoît xvi appliquait cette vérité à sainte Marie Madeleine :

Voici pourquoi Madeleine appelle Jésus « mon espérance » : car c’est Lui qui l’a fait renaître, lui a donné un nouvel avenir, une existence bonne, libérée du mal. « Le Christ, mon espérance » signifie que tout mon désir de bien trouve en Lui une possibilité réelle : avec Lui, je peux espérer que ma vie sera bonne, et qu’elle sera pleine, éternelle, car c’est Dieu-même qui s’est fait proche jusqu’à entrer dans notre humanité.

Et l’évènement pascal qu’a traversé pour nous Jésus nous assure qu’il y a pour nous aussi un chemin à travers l’épreuve :

Avec la mort de Jésus, l’espérance de ceux qui avaient mis leur confiance en Lui semblait perdue. Mais cette foi ne s’est jamais évanouie totalement : surtout dans le cœur de la Vierge Marie. […] Jésus est passé par cet enlacement mortel, pour nous ouvrir le passage vers le Royaume de la vie. Il y eut un moment où Jésus apparaissait vaincu : les ténèbres avaient couvert la terre, le silence de Dieu était total et l’espérance, une parole qui semblait désormais vaine.

Et voici qu’à l’aube du jour après le sabbat, on a trouvé le sépulcre vide. Jésus se montre [et] la foi renaît plus vive et plus forte que jamais, désormais invincible, car fondée sur une expérience décisive : « La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne »

[…] Jésus, est quelqu’un en qui nous pouvons avoir absolument confiance, et non pas seulement dans son message, mais vraiment en Lui, parce que le Ressuscité n’appartient pas au passé, mais Il est présent aujourd’hui, vivant. Le Christ est espérance.

Vierge Marie, Mère du Ressuscité, daignez enraciner à jamais notre bienheureuse espérance dans la rencontre vivante avec votre Fils ressuscité.

Amen, Alléluia !

1Saint Jean Paul ii, Message Urbi et Orbi, 30 mars 1997, n. 4.

2Ici et par la suite : Benoît xvi, Message Urbi et Orbi, dimanche 8 avril 2012.