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Solennité de l’Ascension du Seigneur

Jeudi 29 mai 2025

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Dans le passage qui ouvre les Actes, saint Luc nous a dit que « pendant quarante jours, [le Seigneur Jésus] est apparu [aux apôtres] et leur a parlé du royaume de Dieu », c’est à dire de l’Église qui ici-bas doit se répandre sur toute la surface de la terre, et qui dans le ciel prend part à la louange des Anges, dès à présent et pour l’éternité.

Le Ressuscité a donc poursuivi cet enseignement jusqu’au quarantième jour « où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. »

Ces instructions ont surtout été un appel à la docilité à l’égard de l’Esprit Saint promis. Cet Esprit achèvera en eux l’œuvre de sanctification. Ils entreront alors chacun, et définitivement, dans la vie unitive. Leur âme sera à jamais un sanctuaire pour la sainte Trinité.

Pas plus que le Christ ressuscité, le Saint-Esprit ne vient rétablir la suprématie matérielle d’Israël. Il est promis aux disciples de Jésus-Christ comme une force pour être ses témoins. Car il faut de la force pour être témoin de Jésus. À leur époque comme aujourd’hui, cela dépasse nos forces. C’est trop dur pour notre faiblesse. Il nous faut absolument l’aide de Dieu. Jésus ne nous promet pas une vie douillette, mais une marche commune vers le haut, dans une joie rayonnante qui attire les hommes qui ne connaissent pas encore Jésus.

Pour ce faire, le regard des disciples est aujourd’hui tourné vers le Seigneur, le regard de l’Église est capté par la bonté de son Époux qui monte vers le Père. Mais ce don d’intimité avec Dieu est simultanément tourné vers le bien de tous les hommes. L’Esprit, en achevant la filiation divine, rend les enfants de Dieu semblables à leur Père, c’est à dire remplis du désir que tous les hommes soient sauvés. Le regard contemplatif n’est pas intimiste. Nous demeurons cœur à cœur auprès du Seigneur, nous demeurons dans son amour, mais il nous envoie en même temps parcourir spirituellement les chemins du monde, il spire dans nos âmes le puissant désir de présenter aux hommes la vérité du Christ, la lumière de son salut. Et dans notre prière silencieuse, nous parcourons ainsi, avec les missionnaires, les longues pistes de l’évangélisation. La vocation du moine est d’être le cœur battant qui propulse le Sang rédempteur dans l’Église entière, et de témoigner silencieusement du primat de Dieu. Pendant ces dix jours avant la Pentecôte, demeurons ainsi avec ferveur dans le Cénacle, auprès de Marie, la Mère de Jésus, source de tout mouvement missionnaire.

Notre vie chrétienne est une vie d’espérance. Les disciples sont invités par les Anges à espérer le retour de Jésus : « Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Cette espérance est la bénédiction que le Seigneur nous laisse. Elle nous remplit de joie, malgré sa disparition. Notre vie s’avance vers un Dieu qui demeure caché, dissimulé par les nuées. Nous avons pourtant l’assurance d’une rencontre définitive avec Dieu après la mort. L’instant de la mort est sacré, et l’homme n’a pas le droit de poser sa main dessus. Le diable veut effacer de la mémoire humaine toute la révélation divine et en particulier le don des dix commandements : « Tu honoreras ton Père et ta Mère… Tu ne tueras pas. » Il veut nous faire oublier notre vocation d’enfants de Dieu. Il veut nous faire croire que la vie s’achève au dernier souffle de notre corps et que le néant vaudrait mieux que la souffrance. Seul le regard de foi, qui soutient l’espérance, rend sa dignité à l’être humain, fût-il profondément invalide.

Alors développons notre foi. Exerçons-nous toujours à suivre des yeux notre Seigneur quand il pénètre, avec notre nature humaine, à la droite même du Père. Nous revivons régulièrement ce que les disciples ont vécu au jour de l’Ascension. Quand le prêtre ou le diacre dépose le Saint Sacrement dans le tabernacle, certains le suivent des yeux attentivement. Nous regardons tant que nous pouvons à l’intérieur du tabernacle, ce lieu mystérieux où Dieu demeure pour nous. Un instant, la petite porte est ouverte. De même, au jour de l’Ascension, le voile se lève. Dans l’Ancienne Alliance, les voiles avaient grande importance pour dissimuler le sacré, le domaine de Dieu, qui n’était pas encore accessible. Un grand voile interdisait en particulier l’accès et le regard dans le saint des Saints du Temple. Là, seulement une fois l’an, le grand prêtre pouvait entrer, au jour du Grand Pardon, le Yom Kippour. Depuis le Vendredi Saint, ce voile est déchiré du haut en bas ; et depuis son Ascension, le Seigneur, notre grand prêtre, y est entré.

Quelques années plus tard, la Vierge Marie l’a suivi ; avec elle toute l’Église entre, d’âge en âge, dans une longue procession d’arrivée de pèlerinage. Marchons avec l’Église, c’est un synode, à la suite de Marie et de son Fils, jusqu’au cœur de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit.

Amen.