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Solennité de la Pentecôte
Dimanche 8 juin 2025
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
Au soir du Jeudi Saint le Seigneur Jésus prépare ses disciples à son départ vers le Père. Il nous apprend que ce que nous ressentons comme une séparation doit en fait nous réjouir. En rejoignant le Père, il ne nous abandonne pas. Il ne nous laisse pas orphelins.
Nous le savons, étant Dieu, il soutient toute chose dans l’être, et il est présent avec plus d’attention encore auprès des âmes, qui sont toutes appelées à vivre de la vie de Dieu. Il s’éloigne de nos regards, mais il demeure très présent à nos cœurs. Saint Augustin l’a reconnu, le jour où il a écrit ces mots si ardents et si lumineux :
O très haut, très bon, très puissant, tout-puissant, très miséricordieux et très juste, très caché et très présent (secretissime et praesentissime), très beau et très fort, stable et incompréhensible, immuable et remuant tout, jamais nouveau, jamais ancien, renouvelant tout et conduisant à leur insu les superbes au dépérissement, toujours en action, toujours en repos, amassant sans besoin, vous portez, remplissez et protégez ; vous créez, nourrissez et perfectionnez, cherchant lorsque rien ne vous manque1!
Oui, Jésus, demeure très caché à nos yeux mais il est surtout très présent. Ces superlatifs de saint Augustin nous étonnent. Comment être plus ou moins caché, plus ou moins présent ? Le saint Évêque nous invite a considérer la proximité du Seigneur avec les yeux de la foi. C’est une proximité active. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14, 23).
Oui, il a été bon qu’il monte, avec notre corps, présenter au Père les cicatrices glorieuses de sa Passion, afin d’y devenir, pour l’éternité, un intercesseur pour nous. Désormais, il nous assure un accès continuel auprès de Dieu.
Et puisque nous ne pouvons monter de nous-mêmes à ce sanctuaire si saint, dans l’intimité éternelle des trois Personnes divines, c’est elles qui viennent et font leur demeure dans nos âmes.
Nos âmes ont besoin d’être préparées à cette dignité de temple du Dieu Trine. Qui la préparera ? C’est l’Esprit Saint, lui-même, ouvrier de notre union à Dieu.
Le Saint-Esprit, dans la sainte Trinité, est aussi appelé la Personne « lien ». En Dieu, il est l’amour qui procède du Père et du Fils. Il est l’étreinte substantielle qui les unit. C’est donc à lui, dans le monde créé, qu’est attribué le travail de nous unir à Dieu. Il prépare nos âmes. Et Mère Cécile Bruyère enseignait le rôle de l’Esprit Saint :
L’âme qui ne peut rien faire d’efficace pour Dieu sans l’Esprit Saint. Il habite en nous, mais il faut qu’il y habite davantage, qu’il y soit plus au large, plus libre. Lisez donc dans le Livre de la Sagesse la description de tous les attributs de l’Esprit Saint. Êtes-vous faible ? Il est fort. Êtes-vous trop fort, dur et raide ? Il est souple. Êtes-vous inerte ? Il est le mouvement. Êtes-vous âpre et dur ? Il est humain. (Quelle expression !) Êtes-vous compliqué ? Il est simple. Il est le remède à toutes vos infirmités morales, il corrige toutes vos défectuosités ; il agrandit, ennoblit, divinise ce qui est bon ; il purifie ce qui aurait de l’alliage, jusqu’à la parfaite purification du cristal. Voilà le travail qui s’opère dans l’âme quand elle se livre au Saint-Esprit. Il la transforme, il la consomme. L’abnégation du Saint-Esprit est telle que beaucoup d’âmes pensent à peine à son dévouement, et pourtant, c’est lui seul qui nous conduit à Notre Seigneur. […] C’est lui qui rend l’union avec Dieu possible ; il comble les distances. Il a donné au Verbe une nature humaine, il nous rend divinæ consortes naturæ. […] Voilà comment le Saint-Esprit nous introduit dans la vie unitive, il opère l’union entre le Fils de Dieu et nous2.
Si l’Esprit Saint façonne ainsi nos âmes et les élève à la dignité de Temple du Dieu trois fois saint, s’il fait de l’assemblée des enfants de Dieu un seul corps, l’Église, épouse du Christ, il le fait en employant un outil très approprié, un outil qui est lui-même temple et épouse : la Vierge Marie. Demeurons donc, ces jours-ci et toute notre vie, sous le rayonnement, sous l’influence de celle qui est très réellement, depuis la Pentecôte à Jérusalem, la Mère de l’Église. La fille ressemble à sa mère. Et pour l’éternité, l’Église sera reconnaissante envers Notre Dame d’avoir été ainsi imprégnée de l’Esprit qui unit à Dieu.
Amen.
1Saint Augustin, Confessions, l. 1, c. 4, texte transposé au masculin par nos soins.
2Mère Cécile Bruyère, Conférences sur l’Ascension, 10 mai 1883.