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Solennité de saint Pierre et saint Paul
Dimanche 29 juin 2025
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
« Ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, c’est mon Père. » Quelle différence entre les images pieuses et la réalité ! Les images dessinent les traits significatifs des saints sous un aspect bien lissé. Leur vie est en réalité plus cabossée : l’épreuve est venue, à plusieurs reprises, les travailler, les façonner. Saint Pierre et saint Paul ont expérimenté ce chemin raboteux.
Dans le verset d’Introït, nous l’avons chanté : « Seigneur, vous m’avez fait passer par l’épreuve, vous m’avez connu, vous avez connu mon humiliation et mon relèvement. » Les deux colonnes de l’Église ont été fortement humiliées et relevées par le Seigneur. Et, à diverses reprises, la main du Seigneur leur a rappelé que, malgré leur dignité apostolique, ils demeuraient frères des hommes. Cela affranchissait leur parole de tout idéalisme : ils ont enseigné la voie joyeuse mais étroite du chemin avec le Christ. L’Église prend exemple sur ces deux saints « qui ont conduit ses premiers pas dans la foi — per quos religionis sumpsit exordium ». Ils ont confessé devant le monde entier, ce que leur faible chair et leur sang fougueux ne pouvaient affirmer : Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Il y a treize ans, voici comment Benoît xvi présentait l’humble condition des apôtres et de leurs successeurs :
La reconnaissance de l’identité de Jésus prononcée par Simon au nom des Douze ne provient pas « de la chair et du sang », c’est-à-dire de ses capacités humaines, mais d’une révélation particulière de Dieu le Père. Par contre, tout de suite après, quand Jésus annonce sa passion, mort et résurrection, Simon Pierre réagit vraiment à partir de « la chair et du sang » : il « se mit à lui faire de vifs reproches : […] cela ne t’arrivera pas. ». Et Jésus réplique à son tour : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route. » Le disciple qui, par don de Dieu, peut devenir un roc solide, se manifeste aussi pour ce qu’il est, dans sa faiblesse humaine : une pierre sur la route, une pierre contre laquelle on peut buter – en grec skandalon. Apparaît ici évidente la tension qui existe entre le don qui provient du Seigneur et les capacités humaines ; et dans cette scène entre Jésus et Simon Pierre, nous voyons en quelque sorte anticipé le drame de l’histoire de la papauté même, caractérisée justement par la coexistence de ces deux éléments : d’une part, grâce à la lumière et à la force qui viennent d’en-haut, la papauté constitue le fondement de l’Église pèlerine dans le temps ; d’autre part, au long des siècles, émerge aussi la faiblesse des hommes, que seule l’ouverture à l’action de Dieu peut transformer1.
Les Actes des apôtres nous rapportent aujourd’hui l’une des épreuves qu’a dû endurer saint Pierre par la suite. Il est mis en prison sous la garde de quatre escouades de quatre soldats aguerris. La pierre de fondement est enfoncée dans le sol, sur le roc qui est le Christ. Elle est enfouie plus bas que l’humus, profondément humiliée. Et elle porte tout l’édifice. Personne ne la voit vraiment, mais pendant les siècles et les millénaires, elle porte, comprimée mais solide, toute l’Église.
Mais contre toute attente, un Ange vient le dégager de la geôle païenne. Les âmes faibles, sous les traits de la servante Rhodè et des autres chrétiens, en perdent le sens. Rhodè « reconnut la voix de Pierre et, dans sa joie, au lieu d’ouvrir la porte, elle rentra en courant annoncer que Pierre était là, devant le portail. On lui dit : “Tu délires !” Mais elle soutenait qu’il en était bien ainsi. Et eux disaient : “C’est son ange.” » Nous avons toujours de la peine à voir plus loin que la chair et le sang.
Jésus sait qu’en son disciple, la grâce n’a pas supprimé la nature humaine. En Simon, fils de Jean, il y a chair et sang. Cette chair, si merveilleuse quand elle sort des mains du Créateur, est si fragile qu’il suffit d’une chute ou d’un parasite pour la défigurer. Et le sang si ambivalent, est tout ensemble signe de noblesse et de colère.
Tout cela subsiste en Pierre, mais le disciple, par l’expérience répétée de son indigence et par la grâce de Dieu, est descendu dans la profondeur, il s’est soudé au roc. Comme le coquillage qu’on appelle bernicle, il adhère si puissamment à son maître qu’il devient participant de sa nature. Il devient Pierre, participant du rocher. Et l’on peut construire l’Église.
Il y a une chose que l’on apprécie, dans les profondeurs souterraines, c’est la fraîcheur. Nous savons que la Vierge Marie est cette fraîcheur qui nous attire à l’abri, nous soude à son Fils et nous rend la paix.
Amen.
1Benoît xvi, homélie, 29 juin 2012.