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Solennité de l’Assomption
de la Bienheureuse Vierge Marie
Profession simple de deux jeunes moines
Vendredi 15 août 2025
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils, et vous tout spécialement qui allez prononcer vos vœux simples, premier engagement dans la vie monastique,
Les murs de notre église résonnent encore, avec les derniers accents du chant de l’Évangile, des premiers mots du Magnificat. Nous entendons aujourd’hui ces mots, car ce chant est actuel. C’est pour chacun de nous que le Seigneur fait des merveilles, parce que nous sommes les générations qui naissent de la Vierge Marie. La miséricorde de Dieu s’étend sur nous d’âge en âge. Le resplendissement de cette descendance, c’est la douce crainte de Dieu, le fait de savoir que Dieu est notre Père, attentif au progrès de notre vie. Participant dès aujourd’hui à la sainteté de Marie, nous participerons aussi à l’épanouissement de son Assomption où étincelle l’humilité de la servante de Dieu.
Ainsi, ce matin, notre regard est attiré vers les choses d’en haut : notre Mère monte avec son corps et son âme vers Dieu, vers son Fils, pour y régner glorieusement. Regarder vers la vie éternelle qui nous attend, cela donne la clé de la cérémonie que nous allons vivre dans quelques instant, l’engagement de deux jeunes gens dans la vie monastique, leur consécration à Dieu, pour sa gloire, pour l’amour du Christ, pour le bien de toute son Église. Le regard vers l’éternité donne sens et valeur à toute vie terrestre. Benoît xvi l’avait écrit, avant d’être élevé au ministère pétrinien :
L’homme a besoin de l’éternité, toute autre espérance le laisserait insatisfait. Il n’est pas vrai que l’éternité lui vole le temps, le rend vide et insignifiant ; au contraire, seule l’éternité peut lui donner le temps1.
La vie monastique manifeste cette imprégnation du temps par l’éternité. Le moine, en vouant sa vie à la fréquentation de Dieu, ne fait que commencer dès à présent l’œuvre qui sera notre bonheur dans l’éternité. Benoît xvi encore, mais cette fois-ci quand il était pape, rappelait aux moines que
La directive fondamentale de saint Benoît [… est de] « ne rien placer avant l’Office divin. » […] Les moines […] prient avant tout non pas pour telle ou telle autre chose, mais simplement parce que Dieu mérite d’être adoré. « Confitemini Domino, quoniam bonus ! — Rendez grâce au Seigneur car il est bon, car éternel est son amour ! » Une telle prière sans objectif spécifique, qui se veut un pur service divin est donc appelée à juste titre officium. C’est le « service » par excellence, le « service sacré » des moines. Il est offert au Dieu trinitaire qui, par dessus toute chose, est digne « de recevoir l’honneur, la gloire et la puissance » (Ap 4, 11), parce qu’il a créé le monde de manière merveilleuse et de manière plus merveilleuse encore il l’a renouvelé2.
Dans cette prière entrent toutes les intentions que le monde confie au moine ; et vous, chers parents, vous pouvez être certains que vos fils garderont un contact très réel et très efficace avec votre vie et ses évènements. Le Seigneur vous remercie pour le don que vous lui faites aujourd’hui. Notre Dame aussi a laissé son Fils aller prendre soin des affaires de son Père. Elle en a été magnifiquement récompensée.
Quand la salutation de Marie a atteint les oreilles d’Élisabeth, saint Jean-Baptiste a tressailli. De même, le jeune homme qui discerne l’appel de Dieu tressaille et s’y engage avec foi et espérance, bienheureux avec Notre Dame de croire « à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Lc 1, 45). Et, vous, chers fidèles laïcs, écoutez dans votre cœur l’appel de Dieu. Il est là et il vous appelle tous à la sainteté, chacun selon sa vocation. Écoutez-le, il offre à tous le chemin de la vie.
Cet accomplissement des paroles du Seigneur nécessite notre contribution. Une vie monastique est marquée par l’effort. Le combat spirituel est quotidien pour étendre dans nos cœurs l’empire de la charité. Nous sommes faibles, mais dans l’Épître nous avons entendu cette louange à Marie qui triomphe : « Béni soit le Seigneur Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Car le Seigneur t’a dirigée pour frapper à la tête le chef de nos ennemis. » (Jdt 13, 18). Elle est victorieuse. Et, mené sous la direction et la protection de la Mère de Dieu, notre combat aussi gagné d’avance.
Par la profession monastique, notre vie devient une offrande à Dieu, qui se mêle aux dons portés sur l’autel. Dans la Secrète, la prière sur les offrandes, nous prononcerons en effet ces mots :
Que l’offrande de notre consécration monte jusqu’à vous, Seigneur, et que nos cœurs, enflammés du feu de la charité, aspirent sans cesse vers vous, par l’intercession de la toute bienheureuse Vierge Marie, emportée au Ciel.
Nos cœurs suivent notre consécration. L’amour tend à l’union. Et Dieu ne fait jamais les choses à moitié. S’il a mis dans nos cœurs cette aspiration, cet incendie de charité, il ira jusqu’à son accomplissement. Il donnera la grâce de l’achèvement, réjouissons-nous. Et reprenons à notre compte aujourd’hui cette prière que nos anciens ont composée pour une profession lors d’une solennité de l’Assomption :
Ces fils joyeux que votre Mère vous amène, Seigneur, faites-les demeurer, simples et paisibles près de votre trône, avec elle.
Amen.
1Benoît xvi, Touché par l’invisible, p. 259.
2Benoît xvi, Discours à l’abbaye d’Heiligenkreuz, 9 sept 2007.