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Solennité de la Dédicace

Jubilé des cinquante ans de profession
du Frère D. G.
Dimanche 12 octobre 2025

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Et vous tout spécialement qui célébrez les cinquante ans de votre première profession monastique,

 

Nous fêtons la dédicace de notre église, c’est à dire l’anniversaire du jour où un évêque, successeur des apôtres, a consacré ce bâtiment pour qu’il devienne désormais la maison du Seigneur, le lieu de la rencontre de Dieu avec les hommes. Depuis ce jour, les Anges veillent particulièrement sur cet édifice, et nos prières y acquièrent un plus grand poids, épaulées qu’elles sont de la charité de toute l’Église. Rappelons-nous ce que le Seigneur a promis au roi Salomon au terme de la dédicace du Temple de Jérusalem :

J’ai entendu ta prière et j’ai choisi pour moi ce lieu comme maison de sacrifices. […] Maintenant mes yeux sont ouverts, et mes oreilles attentives à la prière faite en ce lieu. À présent, j’ai choisi et consacré cette Maison, afin que mon nom y soit à jamais ; mes yeux et mon cœur y seront pour toujours (2 Ch 7, 12 et 15-16).

Quand un homme prononce les vœux de religion, quand il fait profession, il y a un déploiement de cérémonies, mais l’œuvre la plus importante demeure cachée : c’est l’œuvre de Dieu qui consacre cette âme pour en faire une âme de prière. De même que l’église reçoit une consécration, de même, l’âme devient maison de Dieu. Dès lors toutes les actions de cette personne seront marquées de la vertu de religion. Il y a une grande parenté entre ces deux consécrations, toutes deux ordonnées à la prière du Dieu présent.

Il y a cinquante ans exactement, le 12 octobre 1975, lors de la profession simple de notre frère, Dom Jean Roy, abbé de Notre-Dame de Fontgombault, prononçait ainsi une homélie sur la prière. Il disait :

Le moine met sa joie à vivre dans la maison du Seigneur tous les jours de sa vie, disant avec le psalmiste : « Il est une chose qu’au Seigneur je demande, celle-là je la recherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour savourer la douceur du Seigneur. » (Ps 26, 4). C’est que le moine est l’homme de la prière.

Cinquante ans plus tard, le moine se réjouit d’avoir écoulé sa vie dans la maison du Seigneur, élevant vers Dieu la prière grâce à laquelle on se sauve certainement, et sans laquelle hélas, on se damne certainement. Le Père Abbé Jean rappelait aussi cet enseignement de saint Alphonse de Ligori.

Il y a en effet de pauvres personnes qui voient les églises, mais ne veulent pas y entrer pour prier. Saint Augustin, commentant le verset 14 du psaume 30e, médite ainsi sur le mystère des âmes qui ne veulent pas entrer :

« J’ai entendu le blâme de ceux qui m’environnaient » [dit le Psalmiste… Le blâme,] tel est […] le langage de ceux qui m’environnent, c’est-à-dire qui tournent autour de moi sans entrer. Pourquoi tourner ainsi et n’entrer point ? C’est qu’ils aiment le cycle du temps. Ils n’entrent pas dans la vérité parce qu’ils n’aiment pas l’éternité ; attachés qu’ils sont aux choses temporelles, et comme liés à la roue ; c’est d’eux que le Prophète a dit ailleurs : « Faites-leur des princes mobiles comme la roue. » (Ps 82, 14) ; et encore : « Les impies tournent comme dans un cercle. » (Ps 11, 9)1.

Ainsi, l’homme qui tourne à l’extérieur de l’église fait l’expérience du temps et de sa monotonie. Mais entre-t-il, et il rejoint l’éternité et l’émerveillement d’être en communion avec Dieu. Quand un homme entre au monastère, il entre en contact avec une vie si matériellement ordonnée qu’elle peut parfois sembler monotone. Mais on y découvre la joie de la véritable vie, celle des enfants de Dieu.

Le diable n’aime pas voir les âmes lui échapper et mener une vie si heureuse. Il s’acharne à les persuader de sortir. Saint Augustin le dit en continuant son commentaire du Psaume 30e :

Dans leurs complots contre moi, « ils délibéraient des moyens de me ravir mon âme ». Que signifie : « Ils délibéraient sur les moyens de me ravir mon âme » ? C’est-à-dire sur les moyens de m’amener à leur dépravation. Pour ceux qui maudissent l’Église, sans entrer dans son giron, c’est peu de n’y entrer point, ils veulent encore nous en faire sortir au moyen de leurs calomnies. Mais s’ils te font sortir de l’Église, ils se sont emparés de ton âme, ils ont surpris ton assentiment ; alors tu es autour de l’Église, et non plus en elle2.

Alors pour éviter de tomber dans le piège des sirènes qui chantent autour du navire, le moine, sagement, ferme ses oreilles aux bruits du monde pour écouter la Parole de Dieu qui résonne dans son cœur.

L’âme de Notre Dame est tout entière consacrée, dédicacée. Dans ce sanctuaire marial résonne un chant bien plus sublime que les piètres séductions du monde : le chant du Magnificat. Écoutons-le et joignons nos voix à cette louange qui ne cessera jamais de toute l’éternité.

Amen.

1Saint Augustin, Énarration 3 sur le Psaume 30, n. 11.

2Saint Augustin, Énarration 3 sur le Psaume 30, n. 11.