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Solennité de l’Immaculée Conception
Lundi 8 décembre 2025
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
Depuis une semaine, nous sommes dans l’Avent, nous méditons l’advenue du Seigneur Jésus. Ces quatre semaines avant Noël commencent par une méditation du dernier avènement du Christ, qui viendra à la fin des temps. Que l’Église, la Jérusalem nouvelle, se réjouisse !
Mais les antiennes, en pointillés, évoquent déjà l’Incarnation du Seigneur dans le sein de l’humble Vierge de Nazareth. Nous sentons ce mystère tout proche. Notre âme se tourne de ce côté, et, respectueuse, elle attend avec Notre Dame, l’irruption silencieuse du Dieu éternel dans l’humilité du temps.
Un de ces pointillés, une de ces étincelles annonciatrices de la grande lumière, c’est la fête d’aujourd’hui. Dans la nuit des siècles d’attente apparaît une étoile : l’Immaculée Conception.
Depuis Adam et Ève, pas une âme n’avait été exemptée de la tâche originelle. Tous les hommes naissent sous sa domination. Le Catéchisme de l’Église catholique, avec les mots de saint Thomas, parle ainsi de la propagation du péché originel :
Tout le genre humain est en Adam « comme l’unique corps d’un homme unique1 ». Par cette « unité du genre humain » tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine : en cédant au tentateur, Adam et Eve commettent un péché personnel, mais ce péché affecte la nature humaine qu’ils vont transmettre dans un état déchu2. C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé « péché » de façon analogique : c’est un péché « contracté » et non pas « commis », un état et non pas un acte.
Quoique propre à chacun3, le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas totalement corrompue : elle est blessée dans ses propres forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée « concupiscence »)4.
Tout homme, toute femme vient au monde sous cette sombre domination, séparé de la communion surnaturelle avec Dieu. Mais soudain paraît l’Immaculée, qui dès le premier instant de sa conception est unie à Dieu.
Le récent document romain sur le culte de la Vierge Marie met dans une juste lumière bien des aspects de notre dévotion mariale. L’apparition soudaine d’une sainteté sans tache dans le monde n’est pas sans lien avec le Sauveur. Elle dépend, elle découle très réellement des mérites du Christ. Elle est même une manifestation singulière de la grâce qui vient du Christ. En effet, dit le document Mater populi fidelis :
Le dogme de l’Immaculée Conception met l’accent sur la primauté et l’unicité du Christ dans la Rédemption, parce que même la première rachetée est rachetée par le Christ et transformée par l’Esprit, avant toute possibilité d’une action propre.
Le Bienheureux Pie IX l’a déclaré :
La Bienheureuse Vierge Marie fut préservée de toute tache du péché originel dès le premier instant de sa conception, par la grâce et le privilège singuliers de Dieu tout-puissant, en considération des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain5.
Et le Concile Œcuménique Vatican II a honoré la sainteté de Notre Dame, « rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils6 ». Dès lors,
C’est à partir de cette condition particulière de “première rachetée” par le Christ, de “première transformée” par l’Esprit-Saint, que Marie peut coopérer plus intensément et plus profondément avec le Christ et avec l’Esprit, en devenant un prototype, un modèle et un exemple de ce que Dieu veut accomplir en chaque personne rachetée7.
Alors réjouissons-nous : la sainteté parfaite de Notre Dame est pour nous le signe d’une ferme espérance. Nous non plus, nous ne pouvons rien seuls. C’est le Christ qui agit le premier, et il agit bien. Nous sommes tous appelés à devenir immaculés comme notre Mère. Benoît XVI le disait souvent. Le 8 décembre 2005, il prononçait ces mots :
Dans la Mère du Christ et notre Mère s’est parfaitement réalisée la vocation de tout être humain. Tous les hommes, rappelle l’Apôtre Paul, sont appelés à être saints et immaculés en présence de Dieu dans l’amour (cf. Ep 1, 4). En regardant la Vierge, comment ne pas la laisser réveiller en nous, ses fils, l’aspiration à la beauté, à la bonté et à la pureté du cœur8 ?
Demandons-lui donc cette grâce avec ferveur.
Amen.
1Saint Thomas d’Aquin, mal. 4, 1.
2Cf. Cc. Trente : DS 1511-1512.
3Cf. Cc. Trente : DS 1513.
4Catéchisme de l’Église catholique, n. 404 et 405.
5Bienheureux Pie IX, Const. ap. Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854.
6Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 53.
7Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Mater populi fidelis, 7 octobre 2025, n. 14.
8Benoît XVI, Angélus du 8 Décembre 2005.