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Solennité du trépas de
Notre Bienheureux Père saint Benoît
Samedi 21 mars 2026
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
Saint Pierre demande au Seigneur : « Nous avons tout quitté pour vous suivre, quelle sera donc notre part ? ». Et Jésus répond : « Vous qui m’avez suivi, vous qui avez quitté maison, frères et sœurs, père et mère, femme, enfants et biens matériels, vous siégerez sur douze trônes ».
Aujourd’hui, nous fêtons notre Père dans la vie monastique, saint Benoît, qui nous enseigne à tout quitter pour suivre Jésus. Il nous indique, comme dixième instrument des bonnes œuvres, de « se renoncer soi-même pour suivre le Christ ». Saint Pierre Damien nous a dit ce matin qu’il est peu de chose de renoncer à tout, si ce n’est pour suivre le Christ.
L’accoutumance nous fait un peu oublier la réalité de ces renoncements et de cette sequela Christi. Y méditer quelques instants ce matin nous aidera à célébrer cette messe dans un état d’esprit monastique d’oblation, et à conserver la justesse dans notre vie quotidienne. Voyons ce que saint Benoît nous dit à ce sujet. Comme le disait souvent le Pape François, c’est toujours au saint fondateur qu’il faut remonter. Saint Benoît a reçu de Dieu une grâce particulière pour faire briller dès l’origine l’ensemble des vertus monastiques. Mère Cécile Bruyère invitait à méditer ce jaillissement de l’origine :
Dans les grands ordres, il y a, comme dans l’Église, une première effusion splendide qui ressemble aux temps apostoliques. Ce n’est pas l’épanouissement dans les personnes et dans les choses, mais c’est l’effusion doctrinale et comme la source pure à laquelle il faut toujours puiser. Les Patriarches sont des « réceptacles bien purs » pour toute leur race. On ne peut mieux faire qu’eux ; la perfection de leurs enfants est une perfection imitante et non innovante1.
Rappelons donc quelques circonstances de sa Vie et quelques passages de sa Règle qui nous parlent de ce détachement complet, et de cette marche à la suite du Christ. Au prologue du récit de sa Vie, saint Grégoire nous dit que :
Laissant […] l’étude des lettres, [Benoît] abandonna la maison et les biens paternels, et, désireux de plaire à Dieu seul, il se mit à la recherche de la forme d’une vie sainte. Il s’éloigna donc, sciemment ignorant et sagement illettré2.
Il abandonne tout, il renonce à un avenir brillant pour suivre le Christ et plaire à Dieu. Et ce désir rayonne et fait des émules :
De tous côtés cette contrée s’embrasait de l’amour de Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu ; beaucoup abandonnaient la vie du siècle et courbaient la fierté de leur cœur sous le joug léger du Rédempteur3.
Les moines se mettent à l’école de saint Benoît qui leur indiquait comment renoncer aux richesses les plus intimes :
Quant à la volonté propre, disait-il, l’Écriture nous interdit de la suivre : « Détourne-toi, nous dit-elle, de tes volontés ». Et c’est ainsi que nous demandons à Dieu, dans l’Oraison dominicale que « sa volonté à Lui s’accomplisse en nous »4.
Saint Benoît ne veut pas suivre la volonté propre et les vanités ; surtout, il ne veut pas suivre le père du mensonge, le diable. Parmi ses fils, deux en particuliers ont quelques temps suivi le diable. Le premier ne parvenait pas à demeurer à l’oraison, et laissait son esprit suivre un « petit éthiopien » qui l’emmenait dans les contrées de la distraction. Et le second, résolu à quitter le monastère, se rendit soudain compte que c’était un dragon prêt à le dévorer qu’il suivait. Au fond, ils étaient à la remorque de leur égoïsme, qui est « le vestige unique et universel de notre déchéance5 ». C’est pourquoi, selon Dom Delatte :
Le Seigneur demande à ceux qui veulent revenir vers lui de renoncer aux choses extérieures, aux choses personnelles, de sortir de tout le créé et, selon la formule expressive de l’Évangile telle que la lisait saint Benoît, de se refuser soi-même à soi-même6.
Si le moine renonce à lui-même, c’est-à-dire au vieil homme, c’est pour donner toute sa place à l’amour du Christ. Saint Benoît, appelé par saint Grégoire le « serviteur du Christ Jésus7 » voulait vivre de cet amour. « Tous ceux, en effet, qui suivent le Seigneur avec amour sont avec Dieu par l’amour8 »
Un Dimanche des Rameaux, Benoît XVI médita sur la sequela Christi, la marche à la suite du Christ. Il y voyait une véritable joie. Pour les disciples immédiats du Seigneur, la vie changeait radicalement. Ceci est également vrai pour nous :
Il s’agit d’une mutation intérieure de l’existence. Cela exige que je me donne librement à un Autre — pour la vérité, pour l’amour, pour Dieu qui, en Jésus Christ, me précède et m’indique le chemin. Il s’agit de la décision fondamentale de ne plus considérer l’utilité et le gain, la carrière et le succès comme les buts ultimes de ma propre vie, mais de reconnaître en revanche comme critères authentiques la vérité et l’amour. Il s’agit du choix entre vivre uniquement pour moi-même ou me donner — pour la chose la plus grande. Et il faut bien considérer que la vérité et l’amour ne sont pas des valeurs abstraites ; en Jésus Christ, elles sont devenues personne. En Le suivant, j’entre au service de la vérité et de l’amour. En me perdant, je me retrouve9.
Que la Vierge Marie et saint Benoît nous entraînent ardemment à suivre Jésus qui est notre lumière et notre amour.
Amen.
1Mère Cécile Bruyère, In spiritu et veritate, p. 178.
2Saint Grégoire le Grand, Vie de saint Benoît, prologue.
3Saint Grégoire le Grand, Vie de saint Benoît, c. 8.
4Saint Benoît, Règle, c. 7 de l’humilité.
5Dom Delatte, Commentaire, p. 77.
6Dom Delatte, Commentaire, p. 77.
7Saint Grégoire le Grand, Vie de saint Benoît, c. 15.
8Saint Grégoire le Grand, Vie de saint Benoît, c. 16.
9Benoît XVI, Homélie pour le dimanche des rameaux, le 1er avril 2007.