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Vigile pascale
Nuit de Pâques, samedi 4 – dimanche 5 avril 2026
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
L’Ange de l’Évangile renverse la pierre. Un grand tremblement de terre se produit. Le domaine de la mort est secoué, sa prison est éventrée. Le Christ se relève d’entre les morts et nous emporte avec lui hors des prises du mal.
Tout à l’heure, dans l’exhortation liturgique qui précédait le renouvellement des promesses de notre baptême, nous avons entendu ces paroles :
L’Apôtre nous enseigne que nous sommes ensevelis avec le Christ par le baptême dans la mort, [et] comme le Christ est ressuscité des morts, de même, il nous faut avancer dans la nouveauté de la vie, conscients que notre vieil homme a été crucifié avec le Christ afin que nous ne soyons plus esclaves du péché.
Certes nous savons d’expérience que le combat spirituel se poursuit tant que nous sommes ici-bas, mais nous avons aussi l’assurance nous vivons dès à présent dans le Christ. En effet, saint Paul a écrit aux Romains :
Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Car, si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne. Nous le savons : l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché (Rm 6, 3-6).
Le baptême brise les lourdes portes de notre prison, et fait sortir nos âmes à la lumière et à la vie du Christ en Dieu. Cette nuit, nous sommes en particulière communion avec les baptisés de l’Église entière. Le nombre croissant de néophytes dans nos pays de vieilles chrétientés nous engage à la gratitude. Il nous invite aussi à prier pour leur progrès et leur affermissement futur. Et surtout cet évènement joyeux est un motif sérieux de considérer à nouveau cette grâce du baptême que nous avons chacun reçue. D’autant plus qu’un certain nombre d’entre nous l’a reçue enfant.
Le Baptême est un don totalement gratuit de Dieu, une nouvelle naissance très réelle. Benoît XVI a souligné le changement profond que le Baptême crée dans nos âmes :
Le Baptême signifie précisément ceci, qu’il ne s’agit pas d’un événement du passé, mais qu’un saut qualitatif de l’histoire universelle [la résurrection du Christ] vient à moi, me saisissant pour m’attirer. Le Baptême est quelque chose de bien différent qu’un acte de socialisation ecclésiale, qu’un rite un peu démodé et compliqué pour accueillir les personnes dans l’Église. Il est encore bien plus que le simple fait d’être lavé, qu’une sorte de purification et d’embellissement de l’âme. Il est vraiment mort et résurrection, renaissance, transformation en une vie nouvelle1.
Cette vie nouvelle est une vie d’enfants du Père, animée par l’amour, par le Saint-Esprit. C’est le Christ qui vit en nous. Saint Paul encore, l’a exprimé : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).
Mon propre moi m’est enlevé et il s’incorpore à un sujet nouveau, plus grand. Alors mon moi existe de nouveau, mais précisément transformé, renouvelé, ouvert par l’incorporation dans l’autre, dans lequel il acquiert son nouvel espace d’existence.
Si nous célébrons la résurrection de Jésus, c’est parce qu’elle nous concerne tous. Sa résurrection nous concerne. Nous sommes chacun dès à présent vainqueurs de la mort. Et la mort corporelle par laquelle nous passerons tous n’aura pas le dernier mot :
Telle est la joie de la Veillée pascale. La résurrection n’est pas passée, la résurrection nous a rejoints et saisis. Nous nous accrochons à elle, c’est-à-dire au Christ ressuscité, et nous savons que Lui nous tient solidement, même quand nos mains faiblissent. Nous nous accrochons à sa main, et ainsi nous nous tenons la main les uns des autres, nous devenons un unique sujet, et pas seulement une seule chose.
Notre Baptême nous plonge dans l’identité du Christ et en lui dans sa mort et sa résurrection. C’est un chemin de salut que nous parcourons tous ensemble, Église corps mystique du Christ. Et tous ensemble, nous sommes envoyés au monde pour témoigner de cette vie nouvelle qui conquiert silencieusement le monde. Oui, nous vivons avec le Seigneur ressuscité. Benoît XVI savait que la parole de l’Ange aux femmes est aussi adressée à nous :
« Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. » Ainsi parle le messager de Dieu, vêtu de lumière, aux femmes qui cherchent le corps de Jésus dans le tombeau. En cette nuit sainte, l’évangéliste nous dit, à nous aussi, la même chose : Jésus n’est pas un personnage du passé. Il vit et, vivant, il marche devant nous ; il nous appelle à le suivre, Lui, le vivant, et à trouver ainsi, nous aussi, le chemin de la vie.
Avec les nouveaux baptisés, exultons de joie dans le Seigneur ressuscité, et adressons nos remerciements filiaux à la Vierge Marie, qui est la Mère de toute l’Église et de chacun de nous. Réjouissons-nous avec elle de la résurrection victorieuse de son Fils.
Amen. Alleluia.
1Cette citation et les suivantes sont reçues de Benoît XVI, Homélie pour la Vigile pascale, 15 avril 2006.