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Solennité de la Pentecôte

Dimanche 24 mai 2026

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

 

Le don de l’Esprit Saint s’accompagne d’une paix qui vient du Seigneur Jésus. Quand il a promis : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit », Jésus a immédiatement poursuivi par : « Je vous laisse la paix ». Le don de l’Esprit nous apporte la paix qui vient du Seigneur.

Et pourtant, le récit de la Pentecôte semble présenter la venue de l’Esprit comme un évènement violent. Les disciples sont réunis depuis dix jours en prière autour de la Vierge Marie, et « soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. »

Que signifie ce contraste ? On promet la paix et voici une tempête qui bouleverse la petite communauté ?

Le vent, dans la Bible, se manifeste sous deux visages : violent ou bienfaisant. Parfois, il abat les murs, les cèdres et les navires : « Certains vents, dit le Siracide, ont été créés pour punir et, dans leur fureur, ils multiplient leurs ravages. Au temps de la destruction, ils déversent leur violence et assouvissent la fureur de Celui qui les a faits. » (Si 39, 28). Le vent peut dessécher un pays et le transformer en désert. Il chasse l’humidité et refoule les eaux. C’est ce vent envoyé par Dieu qui a ouvert la voie aux Hébreux lors de leur sortie d’Egypte : « Moïse étendit le bras sur la mer. Le Seigneur chassa la mer toute la nuit par un fort vent d’est ; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. » (Ex 14, 21).

Parfois, il procure l’agrément par la douceur de la brise du soir où l’on aime à se promener. Et Dieu l’emploie aussi pour apporter l’eau et la vie. On lit, au premier livre des Rois que « le ciel s’obscurcit de nuages poussés par le vent, et il tomba une grosse pluie » (1 R 18, 45).

Le vent violent de la Pentecôte vient perturber une situation de fausse tranquillité pour établir l’ère de la paix. Il respecte doucement les âmes, mais il chasse avec force les obstacles que nous avions dressés en nous contre l’amour de Dieu. Il détruit les murs de nos étanchéités, il abat les cèdres de nos orgueils et brise les navires de nos convoitises. Par son souffle, il refoule le fleuve de nos péchés. Tout cela pour verser l’eau pure qui rendra féconde notre terre renouvelée.

Dans ses Morales sur Job, saint Grégoire le Grand méditait déjà sur le souffle de l’Esprit-Saint, parfois très doux et parfois véhément :

« J’entendis comme la voix d’une brise légère » [lit-on en Job (4, 16)]. Que représente la voix d’une brise légère, sinon la connaissance du Saint-Esprit qui, procédant du Père et recevant ce qui appartient au Fils, est délicatement transmise à notre connaissance d’êtres faibles. Quand il est descendu sur les apôtres, c’est au son extérieur d’un violent coup de vent qu’il s’est manifesté […] : « Tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent » (Ac 2, 2). De fait, quand le Saint-Esprit transmet sa connaissance à notre faible nature humaine, il le fait à la fois avec un bruit pareil à un violent coup de vent et à la fois par la voix d’une brise légère ; car quand il vient, il est tout ensemble violent et délicat. Délicat, parce qu’il adapte à nos capacités la connaissance qu’il nous donne de lui-même, de façon à ce que nous puissions d’une certaine manière le connaître ; violent, parce que, bien qu’il l’adapte à ce que nous sommes, sa venue, qui illumine l’aveuglement de notre être faible, n’en cause pas moins un certain trouble. La lumière qu’il nous apporte nous touche en effet avec délicatesse, mais elle ébranle fortement notre pauvreté1.

Notre pauvreté, notre infirmité, ce qui demeure encore du vieil homme, n’aime pas la lumière de l’Esprit du Christ. Elle fait un peu de révolution quand Dieu vient avec sa justice. Mais la fragilité de notre être nouveau, la toute petite graine évangélique semée dans notre cœur, germe et se fortifie au toucher délicat du souffle de Dieu. Nous savons, au fond de notre cœur, reconnaître cet élan qui vient de Dieu, qui gonfle notre âme et qui l’entraîne sur la voie de l’amour. Ce souffle divin nous transforme assurément. Jésus ressuscité a soufflé sur ses disciples pour qu’ils reçoivent l’Esprit-Saint. Ils sont devenus missionnaires de sa miséricorde, aptes à remettre les péchés. Marie a été couverte de l’ombre du Souffle de Dieu, et elle est devenue Mère de Dieu.

Exposons-nous comme eux et comme elle à l’Esprit qui avec le Père et le Fils est un seul Dieu, et laissons-nous transformer par cet Amour pour lui rendre une gloire éternelle.

Amen.

1Saint Grégoire le Grand, Morales sur Job, l. 5, n. 65.