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Solennité de Notre Bienheureux Père
Saint Benoît

Vendredi 11 juillet 2026

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

« Pierre prit la parole et dit à Jésus : Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre. »

Saint Pierre et ses compagnons ont entendu Jésus leur dire : « Suis-moi ». Ils ont tout laissé et répondu à son appel. Saint Benoît aussi a entendu, au fond de son cœur, l’appel du Seigneur. Il s’est retiré du monde pour servir dans l’amour le Dieu tout puissant. Cette expérience, c’est dans le Prologue de sa Règle qu’il nous la livre :

Le Seigneur, qui se cherche un ouvrier dans la foule du peuple et y jette son appel, s’exprime ainsi : « Où est l’homme qui veut la vie et désire connaître des jours heureux ? » […] Quoi de plus doux pour nous, frères bien-aimés, que cette invitation tombée des lèvres du Seigneur ? Voyez comment, dans sa tendresse, le Seigneur nous indique le chemin de la vie. « Ceignons donc nos reins » de la foi et de l’observance des bonnes œuvres, et, sous la conduite de l’Évangile, menons à bien notre course sur les chemins tracés par lui, afin de mériter de voir Celui qui « nous a appelés à son royaume »1.

Ce matin, essayons de goûter à nouveau la beauté de l’appel.

Nous portons tous un prénom grâce auquel nos frères peuvent nous appeler. Au fond du cœur, nous savons aussi que Dieu nous donne un nom propre par lequel il nous appelle.

L’Évangile nous montre l’importance des prénoms. Le texte sacré est même parfois très travaillé pour les mettre en valeur. Pensons aux formules de l’Annonciation : « Et le nom de la Vierge était Marie » ; « Vous lui donnerez le nom de Jésus. » Pensons aussi au Seigneur quand il appelle vigoureusement son ami Lazare pour qu’il sorte de l’ombre de la mort. Ou quand il impose à Simon le nouveau prénom de Pierre. On ignore en revanche le nom de certains personnages évangéliques. C’est peut-être pour que nous puissions plus aisément nous identifier à eux.

En tout cas, Dieu nous appelle tous. Nous sommes tous appelés à la sainteté. Il lance son appel dans la foule du peuple, tel un mendiant. Notre Bienheureux Père envisage concrètement l’appel du pauvre qui frappe à la porte du monastère. Ce pauvre nous évangélise. Il incarne la venue de Dieu à la porte de nos âmes. Saint Benoît indique au portier le bon accueil surnaturel : « Aussitôt qu’on aura frappé ou qu’un pauvre aura fait entendre son appel, il répondra Deo gratias2. » C’est Dieu qui se tient à la porte et qui frappe.

Le plus souvent, l’appel de Dieu nous parvient par le biais des frères qu’il a placés sur notre route. Saint Paul l’a dit aux Corinthiens : « Nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel » (2 Co 5, 20).

Mais attention, nous dit le Seigneur, « beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » (Mt 22, 14). Tous sont appelés à la sainteté, mais il y en a toujours trop qui dédaignent de répondre.

Cet appel universel revêt pour chacun une couleur particulière. Les saints portent chacun un nom différent : le bon Berger connaît chaque brebis par son nom, il l’appelle et elle le suit. Si tous sont appelés fils de Dieu, parce qu’ils sont artisans de paix (cf. Mt 5, 9), chacun a cependant son histoire. Les uns sont appelés à la première heure, et les autres à la dernière. Jésus a choisi individuellement chacun de ses disciples (cf Jn 15, 16).

C’est un appel d’amour. On avait un jour demandé à des enfants leur définition de l’amour. Et l’un d’entre eux avait répondu : « Pour moi, l’amour, c’est quand on prononce mon nom d’une manière unique. » Oui, apprenons à prononcer avec amour le nom de nos frères. Saint Benoît veut que l’on soigne la qualité de l’appel : « Les anciens appelleront “frèresceux qui ont moins d’âge, et ceux-ci appelleront leurs aînés nonni, vocable qui marque la révérence due à un père3. » Dieu aussi nous appelle avec tout son cœur, si bien que ses dons et « son appel sont sans repentance » (Ro 11, 29).

L’appel de Dieu est intérieur et incessant. Il nous appelle aux grands engagements, mais aussi dans le quotidien, aux services communautaires ou à l’office. C’est tout le charme des cloches. Nous sommes appelés intérieurement à louer Dieu sans cesse. Et cet appel n’est pas vain : chacune de nos activités peut devenir louange de Dieu. Écoutons saint Augustin :

Fais bien tout ce que tu fais, et tu loues Dieu. Quand tu chantes un hymne, tu chantes les louanges de Dieu. Mais que peut faire ta langue, si ton cœur reste muet ? Ton hymne fini, tu t’arrêtes, puis tu te retires pour prendre ton repas. Ne t’enivre pas et tu loues Dieu. Tu traites une affaire : ne te rends coupable d’aucune fraude, et tu loues Dieu. Si tu cultive un champ, ne suscite de querelle à personne, et tu loues Dieu. Prépare-toi, par l’innocence de tes actions, à louer Dieu tout le jour4.

Oui, répondons à l’appel qui habite notre cœur. Avec saint Paul demandons au Seigneur « qu’il ouvre à sa lumière les yeux de [n]otre cœur, pour que [n]ous sachi[ons] quelle espérance [n]ous ouvre son appel, la gloire sans prix de l’héritage que [n]ous partage[ons] avec les fidèles » (Ep 1, 18).

Que saint Benoît et la Vierge Marie inclinent l’oreille de nos cœurs5 à l’appel continuel et plein d’amour que nous adresse le Seigneur.

Amen.

1Saint Benoît, Sainte Règle, prologue.

2Saint Benoît, Sainte Règle, c. 66.

3Saint Benoît, Sainte Règle, c. 63.

4Saint Augustin, 2e Enarration sur le Ps 34, n. 16.

5Saint Benoît, Sainte Règle, prologue.