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Solennité de Pâques

Dimanche 31 mars 2024

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

« Agnus redemit oves — L’Agneau a racheté les brebis. », avons-nous chanté il y a quelques instants dans la séquence. Oui, les brebis pécheresses ont été réconciliées avec le Père par le Christ innocent comme un agneau — Christus innocens Patri reconciliavit peccatores. Saint Jean Baptiste avait désigné l’Agneau de Dieu (cf. Jn 1, 29), et l’Apocalypse nous présente la victoire du Ressuscité qui trône, agneau debout et comme égorgé (cf. Ap 5, 6). Il est doux et innocent comme un agneau, victime innocente et parfaite pour restaurer la communion des hommes avec Dieu. Il est égorgé, mais il est aussi debout, ressuscité, debout avec force. Par sa force, le Christ est aussi comparé à un lion : « Il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David. », dit encore l’Apocalypse (Ap 5, 5).

Le patriarche Jacob avait en effet prophétisé à son fils Juda :

Juda, à toi, tes frères rendront hommage, ta main fera plier la nuque de tes ennemis […]. Juda est un jeune lion. Tu remontes du carnage, mon fils. Il […] s’est couché comme un lion ; ce fauve, qui le fera lever ? Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement, à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront (Gn 49, 8-10).

Oui, le Seigneur Jésus est un lion comme son aïeul : il s’est porté intrépidement au combat et l’a remporté. C’est ce qu’avait prédit le prophète Isaïe :

Quand rugit vers sa proie le lion, le jeune lion, et que la foule des bergers est appelée contre lui, il n’a pas peur de leurs cris, ne répond pas à leur tapage. Ainsi le Seigneur de l’univers descendra pour combattre sur la montagne de Sion, sur sa colline. Comme les oiseaux qui étendent leurs ailes, ainsi le Seigneur de l’univers protégera Jérusalem : il protégera et libérera, il épargnera et délivrera (Is 31, 4-5).

Le Seigneur est ainsi venu nous arracher à l’esclavage du péché et de la mort. Le prophète Osée quant à lui montre combien c’est un combat qui lui tient à cœur :

Moi, je serai comme un lion pour Éphraïm, comme un lionceau pour la maison de Juda. Oui, moi, je déchire et je m’en vais, j’emporte, et personne qui délivre. Je m’en irai, je retournerai en ma demeure, jusqu’à ce qu’ils s’avouent coupables et recherchent ma face, et que dans leur détresse ils me cherchent (Os 5, 14-15).

Mais Jésus est un lion qui est rempli de miséricorde, et le même prophète Osée dit un peu plus loin :

Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. Ils marcheront à la suite du Seigneur ; comme un lion il rugira, oui, il rugira, lui, et, tout tremblants, ses fils viendront (Os 11, 9-10).

Dès lors, nous appartenons au Christ, lion fort et miséricordieux et véritable agneau, ressuscité. Nous devons vivre en ressuscités. La lettre aux Corinthiens que nous venons d’entendre nous engage à vivre désormais « avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité. » (5, 8). La vieillerie n’a plus de place chez nous. Le Seigneur lui-même a oublié nos infidélités. Il les a effacées dans son sang. De même que dans un rite de la première Alliance, on effaçait dans l’eau amère les imprécations inscrites sur une feuille (cf. Nb 5, 23), de même, dit saint Paul, Jésus « a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix » (Col 2, 14).

Il a racheté toutes nos fautes, et bien plus, il nous a amassé un trésor immense. Si nous nous affligions encore, dans un esprit de défiance, si nous étions encore inquiets de notre salut, nous ferions affront à la souffrance qu’il a endurée. Ayons une vie de ressuscités, un visage de ressuscités, car le Seigneur ressuscité est en nous.

Il est aussi dans nos frères et nous le rencontrons partout, ressuscité. De même qu’après Pâques, il aime se présenter sous des traits d’emprunt, ceux d’un jardinier ou d’un simple voyageur sur la route d’Emmaüs, de même, nous sommes assurés de le rencontrer dans toutes les rencontres de notre vie. Il est dans nos frères, petits et grands, il est dans nos supérieurs, il est dans la Règle.

Et la vie nouvelle qui vient de commencer est marquée par l’éternité. La chronologie humaine est transcendée. Le jour de Pâque dure huit jours, tant que nous chantons « Haec dies — Ce jour que fit le Seigneur » ; il dure cinquante jours, tant que nous disons l’Alléluia, sans interruption, comme l’indique saint Benoît.

Et cet Alléluia, nous le recevons de la liturgie céleste, liturgie éternelle à laquelle celle de la terre participe. Car jamais n’apparaît dans l’Évangile cette acclamation pourtant chère au Psalmiste. Elle surgit sur la fin de l’Apocalypse, où elle revient sans cesse, éternellement, sur les lèvres de la foule des sauvés : « Alors j’entendis comme la voix d’une foule immense, comme la voix des grandes eaux, ou celle de violents coups de tonnerre. Elle proclamait : “Alléluia ! Il règne, le Seigneur notre Dieu, le Souverain de l’univers”. » (Ap 19, 6).

« Alléluia ! », cela signifie : « Louons Dieu ! » Louons l’Agneau, le Lion qui nous a sauvé, à la gloire du Père. Et veillons à chanter juste, joyeusement dans le ton que nous donne Notre Dame !

Amen. Alléluia !