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Épiphanie du Seigneur,

lundi 6 janvier 2020, Notre Dame de TRIORS.

Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

L’évangile d’hier et celui de ce matin se partagent le c. IIIème de S. Mathieu. Nous venons d’entendre l’épopée des Mages à la recherche de l’Enfant Jésus. Après leur enquête patiente, ils L’ont découvert avec Marie sa Mère et ont déposé à ses pieds leur vie toute entière, à travers l’offrande de leurs dons symboliques (Mt. 2,1-12). La scène magnifique séduit encore notre temps pourtant si peu ouvert à l’admiration du mystère de Dieu se dévoilant à nous : trop souvent elle préfère ses ténèbres à la lumière venue d’En-Haut. Le Pape François le remarquait à Noël : Oui, il y a des ténèbres dans les cœurs humains, mais plus grande est la lumière du Christ. Oui, il y a des ténèbres dans les relations personnelles, familiales, sociales, mais plus grande est la lumière du Christ. Il y a des ténèbres dans les conflits économiques, géopolitiques et écologiques, mais plus grande est la lumière du Christ (Message urbi & orbi).

Nos conflits manigancés font penser à celui que relate l’Évangile : le drame eut lieu après le départ des Mages, avec l’intrusion d’Hérode, grossière et meurtrière, obligeant la sainte Famille à fuir en Égypte. Hier l’évangile décrivait son retour après la mort du tyran (Mt. 2,19-23), retour de la Lumière là où elle devait briller tout d’abord, car plus grande est la lumière du Christ, comme le souligne le Pape, la Lumière aura le dernier mot. La Lumière vient en ce monde éclairer tout homme (Jn. 1,9), elle se cache parfois un temps, pour reparaître plus claire que jamais, la Lumière ne connaît pas d’échec face aux projets humains qui veulent l’obscurcir. Notre foi est cette Lumière divine offerte à chacun de nous, victorieuse du monde, dit S. Jean (I Jn. 5,4) : elle est victorieuse, à travers l’obéissance au devoir d’état, à travers la docilité et l’humilité, donnant alors à notre prudence de marcher toujours au pas de la Providence.

La mystérieuse étoile du récit de ce matin figure en effet la lumière que la foi répand dans les âmes, explique S. Léon. Nous l’avons vue dans l’Orient (Mt. 2,2), disent les Mages, et ils l’ont prise au sérieux. S. Augustin souligne la ferme résolution de leur démarche morale qui engage toute leur vie : Ils font connaître ce qu’ils ont vu, et en même temps ils interrogent, ils croient et ils cherchent : figure en cela de ceux qui marchent à la lumière de la foi et qui désirent jouir de la claire vue. L’étoile se dérobe un temps, affinant et purifiant leur recherche, puis elle réapparaît à leur plus grande joie (Mt. 2,9s). La glose médiévale décrit avec minutie cet ultime contact avec l’étoile au moment où les Mages atteignent leur but : Elle ralentit sa marche jusqu’à l’instant où elle les mène aux pieds de l’enfant. Elle se met à leur disposition, mais sans leur commander. Elle montre au Sauveur ses adorateurs, éclairant la grotte d’une abondante lumière, inondant le toit de cette étable de ses rayons éclatants, puis elle disparaît, comme le dit l’Évangile : Jusqu’à ce qu’étant arrivée sur le lieu où était l’enfant, elle s’y arrêta (Mt. 2,9).

L’étoile disparaît quand elle a mené à la Lumière née de la Lumière ; Dieu est reconnu en Jésus et les Mages se prosternent et l’adorent (Mt. 2,11) : oui, la médiation de l’étoile n’est plus nécessaire puisqu’est reconnue désormais la Lumière divine, source de toute lumière créée, celle des anges et des étoiles comme celle de la raison humaine agissant avec droiture. Ici, la foi de Marie peut être rapprochée de la foi d’Abraham, disait Benoît XVI lors de sa dernière Épiphanie comme Pape, la décrivant en contraste avec la foi ouverte désormais aux païens dans la personne des Mages, et il poursuivait : C’est le commencement nouveau de la même promesse, du même immuable dessein de Dieu : il trouve aujourd’hui son plein accomplissement en Jésus-Christ. Et la lumière du Christ est si limpide et forte qu’elle rend intelligible le langage du cosmos à l’unisson des Écritures si bien que tous ceux qui, comme les Mages, sont ouverts à la vérité peuvent la reconnaître et arriver à contempler le Sauveur du monde : à partir du noyau, personnifié par Marie, la Fille de Sion, à partir du noyau d’Israël, le peuple qui connaît Dieu, qui a foi en Dieu qui s’est révélé aux patriarches, et sur la route de l’histoire, voici maintenant les Mages venus d’Orient. Et le Pape citait S. Léon : Qu’elle entre, qu’elle entre donc dans la famille des patriarches la grande foule des nations. Que tous les peuples adorent le Créateur de l’univers, et que Dieu soit connu non seulement en Judée, mais par toute la terre (Angelus, 6 janvier 2013).

Pourtant à la famille des patriarches et avant la grande foule des nations, il manque encore Jean Baptiste et les apôtres que la liturgie associe aujourd’hui aux Mages, pour former avec eux un lumineux triptyque. Dès la naissance, la Mère de Jésus montre le Messie aux païens, puis trente ans plus tard, la voix du Père accréditée par la colombe du Saint-Esprit montre à Jean Baptiste l’origine divine du Messie, tandis qu’Il se dévoilait Lui-même à ses apôtres, par son premier miracle à Cana, avec l’eau changée en vin, évoquant l’Heure de l’effusion de son Sang.

De la crèche à la Croix (Ste Édith Stien), le mystère de l’Incarnation est plus immense que nous ne pourrons jamais le comprendre. Marie Noël dont le pseudonyme honore le souvenir d’un frère décédé à Noël écrit bien cela : De fils, ô mon Dieu, je n’en avais pas. Vierge que je suis, vous, Tout-Puissant, me l’avez donnée. De chair, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas, pour rompre avec eux le pain du repas. De mort, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas, pour sauver le monde. Mon petit, c’est moi qui te l’ai donnée.

La proclamation des fêtes mobiles dans un instant nous fera passer de Noël au cycle pascal, c’est-à-dire de l’Incarnation du Verbe à la Rédemption, puisque Jésus est venu pour nous sauver dans son Sang : le bois de la crèche y devient celui de la Croix. Nous voulons aborder avec Notre Dame ce tournant liturgique et sa joie sérieuse, Alma Redemptoris Mater, Stella Maris, peccatorum miserere, amen.

 

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