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Épiphanie du Seigneur, Notre Dame de TRIORS,

Samedi 6 janvier 2018.

 

 

 

Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

À une encablure de Noël, voici l’Épiphanie. Depuis plus de dix jours, le nouveau-né commence à grandir, stimulant la croissance de notre foi elle-même. La fête des lumières, comme on l’a nommée, indique en effet le développement d’une vie pure et lucide en Dieu. Un évêque du Vème s., S. Maxime de Turin, présente ainsi la fête de ce jour : Le Seigneur grandit en âge pour lui, et en sainteté pour nous. Car sa sainteté à lui est éternellement parfaite, mais on dit qu’elle croît lorsqu’elle produit en nous un accroissement de foi. Quant à lui, après sa naissance dans le temps, même s’il n’est qu’un enfant dans son corps, il n’en reste pas moins Dieu par sa Majesté permanente (Hom. 21). Par leur intervention respective, les anges, les bergers, puis maintenant les Mages venus d’Orient adorent Dieu venu dans la chair pour nous, Emmanuel, Dieu-avec-nous, Dieu venu pour nous sauver, Jésus. Pax hominibus, paix aux hommes de bonne volonté, chantent les anges, paix donnée non pour être gaspillée, remarque encore S. Maxime, elle est proposée comme un don à choisir, à recevoir pour sa juste valeur. Seule une ferme volonté peut posséder le Sauveur qu’a engendré une virginité immaculée : Marie l’a conçu sans rien perdre de son intégrité, maintenant seul le cœur pur peut le garder.

On admire chez les bergers l’obéissance à l’ange de Noël : elle est tout à la fois immédiate et naïve :sans aucune tergiversation, ils ont le désir de voir l’Enfant pour re-devenir enfants à sa vue, c’est là l’innocence morale que confère la foi. Puis c’est l’étoile des Mages : elle fait entrer ceux-ci dans le même climat de joie admirative et de saine simplicité. Ils entreprennent leur long voyage à la suite de l’astre, osant aborder à la fin les grands de Jérusalem avec ces mêmes dispositions de docilité naïve et intègre. Pour S. Ambroise, l’étoile, c’est le chemin ; or le chemin c’est le Christ, car par le mystère de son Incarnation, il est comme une étoile, étoile brillante, étoile du matin. Certes on ne peut la voir dans les lieux où règne Hérode avec ses calculs fourbes, mais elle reparaît de nouveau là où habite le Christ pour nous ouvrir le chemin qui rend innocent (in Lucam). De plus les Mages ne viennent pas les mains vides, ils déposent leurs présents symboliques que recense l’évangile, l’or l’encens et la myrrhe, soit le signe de la puissance, du culte liturgique et de l’incor-ruptibilité (Mt. 2,11).

Ils viennent de l’Orient, nous apprend encore S. Mathieu (Mt. 2,1) : Magi ab Oriente, la tradition a amplifié le sens de ces trois mots. Elle voit en eux des rois venus des trois continents qui jouxtent la Terre Sainte, celle-ci étant ainsi au carrefour des civilisations les plus anciennes, antérieures même à la culture gréco-latine. Cette tradition qui paraît passablement naïve, relève pourtant d’une intuition très juste : nous pouvons voir en effet dans l’adoration des Mages toutes les cultures et religions se soumettre à Jésus. Par eux, l’humanité entière se courbe ici avec déférence selon ce que prévoyait le psalmiste : le Seigneur règne, les peuples tremblent, le Seigneur règne, toute la terre exulte (Ps. 98 & 96).

Nous tenons là la source saine du dialogue interreligieux. Il ne s’agit pas là d’une attitude facile, d’un tiède dialogue de salon entre opinions qui ne compromet personne, mais au contraire, selon la formule ambitieuse du Bx Paul VI, il s’agit du dialogue du salut, c’est-à-dire le dialogue qui mène à l’unique Sauveur et nous compromet en lui ; voilà l’enjeu que se fixait à ce sujet le Concile, lumen gentium. Il faut préciser cela. Les sagesses venues d’Afrique, d’Asie et du monde indo-européen résument la recherche de toute l’humanité, cahin-caha bien souvent, mais aussi avec des splendeurs de désirs et de grande attente. Toutes, elles ont ici ou là leur noblesse à respecter et même à admirer, surtout en notre temps marqué par un vide culturel redoutable qui donne à ses propres conquêtes techniques une terrible ambiguïté. Mais derrière les Mages, nous voulons voir l’ardent désir de toute l’humanité de voir Dieu, se reposer en Lui, y trouver son appui, jouir ainsi de la paix promise par les anges, enfin adorer Dieu en Jésus avec joie.

Magi ab Oriente, voici donc nos Mages venus de l’Orient, des notables sans doute, puisqu’ils en imposent assez pour mettre en émoi Hérode et tout Jérusalem (Mt. 2,3). Les « trois rois » ne sont donc pas si légendaires que cela. Magi, le mot évoque aussi une recherche un peu ésotérique derrière laquelle se cache souvent l’illusion démoniaque. Mais l’étoile les a purgés de ces troublantes recherches pour les mener à l’Enfant innocent. Avec eux, notre temps n’a pas de plus grande urgence que de reconnaître enfin la douce vérité qui met à genoux. La conviction qu’elle engendre ôte du cœur toute illusion, tout calcul compliqué et complice, toute violence et brutalité. Le Roi de la paix, Rex pacificus, vrai Salomon, règne sur nous comme l’Enfant sur les Mages, sans effort et avec plénitude : Il a dépouillé ses ennemis, écrit S. Paul à ce sujet, il les a données en spectacle à la face du monde dans son cortège triomphal (Col. 2,15).

Ils revinrent chez eux par un autre chemin (Mt. 2,12), un songe dissuadant les Mages de revenir vers Hérode et ses calculs hypocrites. S. Maxime en déduit ceci : les Mages, grâce à leurs recherches, avaient trouvé qu’à partir de la nativité du Christ, ils n’avaient plus rien à chercher ; aussi l’art de leur magie cessait, puisqu’ils avaient appris n’en avoir plus besoin dorénavant.

Le mystère de Noël, c’est une naissance, Natus est. Celui de l’Épiphanie, c’est un rayonnement, une lumière victorieuse des ténèbres, Apparuit, en grec Épiphanie. L’Église issue de la tendresse du Christ est le lieu où Jésus rayonne ainsi et subjugue dans la joie, unifiant tous les hommes dans le cortège triomphal de sa paix. Une glose médiévale associe au Magnificat de Notre Dame cette joie des Mages devenue nôtre, car avec l’Enfant Marie règne aussi sur nous dans sa douceur invincible : On est transporté de joie quand on se réjouit pour Dieu, qui est la joie véritable. Aussi l’évangéliste parle-t-il ici « d’une très grande joie », parce que l’objet de notre joie est considérable, car Dieu est avec nous, Dieu apparaît chez nous, amen.

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