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Solennité de la Fête Dieu

Jeudi 19 juin 2025

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

L’Eucharistie, sacrement de l’amour, s’enveloppe habituellement d’un étrange mystère de silence. Aujourd’hui pourtant, l’Église déploie une liturgie dont les chants ne semblent pas vouloir admettre de cadence finale :

Lauda Sion — Sion, acclame ton Sauveur ; acclame ton Guide et ton Pasteur, en des hymnes et des cantiques ! Exalte-le tant que tu le peux ! Car il dépasse toute louange, et tu ne saurais le louer suffisamment !

Oui, quel contraste entre le silence du Seigneur dans l’Eucharistie, silence qui se répand dans les âmes des fidèles après la communion, et cette louange démonstrative et presque exubérante de notre solennité !

Pourquoi tant de chant ? Pourquoi tant de paroles ? Il y a certes un souci de pédagogie et toute une doctrine à rappeler. Mais il y a surtout une louange à exprimer avec notre langage humain. Un grand théologien contemporain l’exprime ainsi :

Le christianisme, au nom même de l’Incarnation du Verbe, ne peut en rester à l’apophatisme radical du judaïsme. De même que l’interdiction des images est non pas niée mais transcendée dans le culte des saintes icônes, qui rendent présentes l’Image éternelle faite chair en Jésus-Christ, de même le silence est non pas nié mais transcendé par la louange liturgique de l’Église, participation à la louange éternelle qui monte de la Parole vers le Père. Pour saint Thomas [d’Aquin], il ne faut donc pas se taire trop tôt, car la parole aussi est louange : « Autant que tu peux, ose, car il est plus grand que toute louange et tu ne suffis pas à le louer »1 !

À la fin de la procession cependant, nous plongerons dans une adoration personnelle et ecclésiale.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui » (Jn 6, 56). Jésus, par ces mots, nous invite au recueillement, auprès de lui qui est présent. Ne le laissons pas seul. N’allons pas de droite et de gauche à la suite d’une distraction. « Je tiens mon âme égale et silencieuse », dit le Psalmiste (Ps 131, 2), « le silence est louange pour vous, Ô Dieu » (Ps 65, 1-2).

Apprenons à goûter, dans le silence de l’action de grâce, les antiennes de communion. Aujourd’hui, l’antienne proclame une vérité qu’il est si bon de rappeler de temps en temps. Elle est tirée de l’Épître :

Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Et celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du Corps et du Sang du Seigneur. (1 Co, 26-27).

Oui, de même que le culte eucharistique doit trouver un équilibre entre recueillement et célébration extérieure, de même, il doit être entouré d’autant de révérence que de confiance. Nous ne nous approcherions pas de la sainte table si notre âme était marquée d’un péché grave, si elle n’était pas en communion avec Dieu. Nous demanderions d’abord humblement le pardon de Dieu dans le sacrement de la pénitence. Si nous avons conscience de fautes seulement vénielles que nous regrettons vivement, en revanche, alors approchons-nous avec une ardente confiance. Nous avons toujours besoin de la présence du divin Médecin. Il purifie, il éclaire, il unit au Père. Mêlons la révérence à la confiance, le respect à l’intimité avec le Christ Jésus Notre Sauveur.

En effet, nous avons entendu Jésus dans l’Évangile nous dire à quel point notre vie devient participation intime à sa propre vie : « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » Quel Mystère ! Jésus vit de la vie du Père et nous vivons de la vie de Jésus, et donc en lui de la vie du Père lui-même. Ce n’est pas une simple lointaine analogie, mais vraiment une participation à la vie de Dieu. La communion renforce notre vie surnaturelle d’enfants de Dieu. « Celui qui mange ce pain vivra éternellement. » La vie de la terre prend une toute nouvelle dimension.

Nous nous sentons dès lors poussés à louer et à remercier Dieu, à diffuser un tel trésor autour de nous. « Une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision : “Sois sans crainte : parle, ne garde pas le silence.” » (Ac, 18, 9). Pressés par la charité du Christ, nous ne pouvons taire la bonne nouvelle de l’Évangile. Et nous l’annonçons d’abord par notre vie, par notre joie, par notre paix, par notre courtoisie.

Silence et proclamation nous attirent tour à tour. Laissons l’Esprit-Saint nous pousser dans cette similitude à la vie du Verbe, qui est tout entier tourné vers le Père et tout entier dévoué à notre salut.

Dans le silence comme dans le chant, recourons à Notre Dame, qui sait se faire l’hôtesse de son Fils dans notre cœur et le bienheureux chantre de ses bienfaits à travers les âges.

Amen.

1Père Serge-Thomas Bonino, De Deo ut uno, p. 485, citant la Séquence Lauda Sion.