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SOLENNITÉ de la TOUSSAINT,

JEUDI 1er NOVEMBRE 2018, NOTRE DAME de TRIORS.

Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

S. Jean vient de nous faire admirer la foule immense, serrée autour du trône de l’Agneau (Apoc. 7,2-12). L’Agneau, c’est le Seigneur Jésus avec cette turba magna au ciel. Je vais vous préparer une place, a-t-il dit à ses disciples (Jn. 14,2) ; les voilà réunis autour de lui. Il nous attend nous aussi à notre tour si nous devenons ses disciples. Lui être disciple, c’est se mettre à son école, pour apprendre de lui la douceur et l’humilité du cœur (Cf. Mt. 11,29). S. Benoît a justement défini son monastère comme une école du service du Seigneur. Toute l’Église est à l’école de sa douceur et de l’humilité de son cœur (Cf. RB Prol.).

Puis nous avons entendu l’évangile des Béatitudes, épelées une à une (Mt. 5,1-12), chacune indiquant les diverses harmoniques de cette « école ». Bienheureux les pauvres en esprit, la première fait penser spontanément au Poverello. Les doux et les affligés, ce sont les martyrs de toutes sortes avec, désormais, la cohorte actuelle de ceux dont la vie est broyée d’une façon ou d’une autre, et qui n’attendent d’autre consolation que celle de Dieu Lui-même. Cette béatitude fait penser au chant liturgique du Rorate tiré d’Isaïe : Consolamini, consolamini – Consolez, consolez mon peuple (Is. 51,12-16). Le discours après la Cène met en scène la venue du divin Consolateur (Cf. Jn. 13 à 16). La sixième béatitude, la pureté du cœur, forme comme une synthèse de l’ensemble, selon la glose médiévale : La pureté du cœur, on pense au sixième jour où l’homme a été créé à l’image de Dieu, image qui, hélas, fut obscurcie en lui par le péché, avant d’être heureusement réparée par la grâce qui, justement, purifie le cœur.

Vient ensuite la béatitude des artisans de paix. C’est en effet tout un art et un immense labeur, pétri d’humilité, de patience et de modestie. Ils sont nombreux à en revendiquer le titre, mais éviter les contresens est ici bien délicat. Heureux les pacifiques, tel est le titre d’un ouvrage de l’immédiat après guerre, écrit par un marxiste des années 20 devenu ensuite pro-nazi, avant de chercher à sortir de ces humiliantes confusions par une fuite dans la gnose : J’ai vaincu la nausée et atteint l’anesthésie, témoigne-t-il. Je ne suis plus qu’un robot qui fut inspiré, une machine enregistreuse qui se déglingue, un automate aux ressorts fatigués, qui s’avachit (R. Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 358). La béatitude évangélique est bien sûr autre chose que ce sauve-qui-peut. Le pacifique, appelé fils de Dieu, a une attitude simple et sans ambiguïté, humble et énergique à la fois.

L’ouvrage qui vient d’être cité parle d’anesthésie. L’auteur indique par là l’origine de sa méprise. Oui, l’anesthésie pervertit les meilleures intentions ; croyant faire la paix, on s’éloigne de l’école du service du Seigneur. Le cœur illusionné perd sa noblesse, s’égare avec ivresse dans un prétendu progrès, en une fuite en avant dans le vide. C’est là la menace qui grève le présent débat sur la bioéthique. Cultiver par artifice des embryons humains pour flatter des désirs en apparence légitimes, mais bien souvent ambigüs, cela est une négation de la primauté du Créateur. L’embryon n’est pas un objet indifférent, il n’est pas un matériel de recherche, pouvant servir de réserve d’organes, censés devoir servir à d’autres êtres humains. Non, cela n’est pas la paix, cela n’est pas le progrès humain. Le Cal Ratzinger déplorait que ces pratiques horrifient désormais si peu de personnes. Le progrès l’exige, pense-t-on. Si l’homme, dès son origine et au niveau de ses racines, n’est plus qu’un objet pour lui-même, qu’est-ce que l’homme ici-bas peut penser de l’homme ? (Opera Omnia IV, 2014, p. 43). En amont de tout cela, la mentalité contraceptive engendre tristement l’anesthésie morale. L’être créé libre et responsable, est considéré alors comme un simple kleenex, une chose jetable au sens figuré, et hélas trop souvent au sens propre (Cf. Famille chrétienne, 25 novembre 2014).

Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes, écrivait Bossuet en son temps. C’est dire, a contrario, que Dieu encourage les hommes qui savent dépister et éviter les causes nocives : voilà les authentiques artisans de paix. Cet « art » requiert l’effort moral pour échapper à cette anesthésie qui rend insensible à la vérité et à la réalité créée qui nous entoure. La sainteté pacifique cherche Dieu, en se mettant à l’école de Jésus pour y apprendre sa douceur et l’humilité de cœur. Ignorant des intentions des uns et des autres, elle ne cherche pas à les soupçonner, elle dénonce les dérapages objectifs de l’eugénisme. Ceci dit, le combat de l’artisan de paix est d’abord à l’intime et au dedans, pour fleurir ensuite en paix contagieuse.

Soljenitsyne qui aurait eu cent ans à la fin de cette année-ci évoquait souvent la force de la simple vérité, ce mot de vérité capable de renverser le monde menteur. La Providence l’a donné à son immense pays et au monde. De façon douce et intransigeante à la foi, Lech Walesa et Jean-Paul II ont mis en pratique ce remède-là, dénonçant et détruisant par la douceur de la vérité le totalitarisme violent qui a ensanglanté le siècle passé et menace le nôtre. Tous trois ont alerté le reste du monde, notre Occident en particulier, du grand préjudice encouru par la perte l’esprit de transcendance. Le cri récent de jeunes Australiens au synode romain qui vient de s’achever rejoint la prophétie de ces géants : Nous ne voulons pas seulement un accompagnement dans des terres en friche ; Pères Synodaux, plantez-nous dans le jardin mystique.

Nous avons sur terre l’aide puissante de la Reine de la Paix. Confions-lui la pureté de notre conscience et la force de nous arracher aux illusions ambiantes, nos efforts pour être ainsi d’authentiques artisans de paix pour être appelés fils de Dieu en son divin Fils, et l’être en réalité, car nous le sommes, dit S. Jean (I Jn. 3,2), pueri in Puero, per Mariam, amen.

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