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Transitus de N. Bx Père Saint Benoît,

mercredi 21 mars 2018.

 

 

Mes très chers Fils,

S. Benoît n’a pas enseigné autrement qu’il n’a vécu(Vita, c. 36). Cette affirmation de S. Grégoire souligne l’harmonie totale chez S. Benoît entre la parole et la vie. Le plus souvent en effet il y a chez nous, plus ou moins inconsciemment, une marge entre ce que nous disons et ce que nous faisons, c’est presque inéluctable. Dieu seul a la Parole décisive et infaillible, quia ipse dixit et facta sunt(Ps. 148,5). Chez nous, malgré notre horreur du mensonge, la vérité entière entre difficilement dans la vie.

Mais nous ne sommes pas voués irrémédiablement à ce décalage qui grève notre légitime désir d’unité et de vérité. Depuis l’Incarnation, l’humilité se montre comme le moyen assuré de notre salut, elle nous rend vrais peu à peu et réduit cette disparité intime. Puis lorsqu’elle est parfaite, en son 12ème degré, l’harmonie devient souveraine, rayonnant de toutes parts sans effort, sans même qu’on s’en rende compte. Toute cachée comme elle est, l’humilité affronte sereinement la vérité de Dieu, mieux, elle adhère et rejoint son Cœur. Puis quand elle est parfaite, l’adéquation est totale, la volonté de Dieu se réalise sur la terre comme au ciel.

Aussi l’humilité si parfaite de N. Bx Père lui a-t-elle donné la grâce de cette conformité de volonté, faisant mentir chez lui l’adage du psalmiste : Tout homme est menteur (Ps. 115,11). Grâce à quoi, vraiment, il ne pouvait enseigner autrement qu’il ne vivait, devenant l’exemple vivant de ce qu’il enseignait. De ce don de Dieu si rarement vécu à un tel degré, découle l’équilibre paisible de sa Règle. Puisse l’habitude de vivre chez lui ne jamais estomper à nos yeux ce génie rare que le Bon Dieu lui a donné.

Son génie, c’est d’abord celui d’un Romain dont la sagesse s’est épanouie dans la clarté de la foi, sous la lumière de la grâce. L’histoire l’a fait fils d’une Rome humiliée par l’invasion récente des Barbares, sans qu’il ait pourtant cédé au désespoir qui guettait ses contemporains. Il voyait dans cette humiliation sociale une permission divine, invitant à cultiver l’humilité plus profondément qu’auparavant.

Son génie, c’est donc celui d’un Saint dont la vie d’une pureté extra-ordinaire est unifiée d’un bout à l’autre de l’existence. La sainteté ici comme toujours, c’est essentiellement la mainmise divine, la volonté de Dieu passant dans la vie quotidienne, sans heurt, sans peine même, semble-t-il, puisque les ordres divins ne sont que douceur pour qui les perçoit comme venant de Dieu.

Son génie, c’est dès lors celui d’un grand contemplatif pour qui vivre, c’est le Christ (Phil. 1,21). Oui, le Christ a pu alors en faire un artisan remarquable de son œuvre qu’est la Sainte Église, Opus Dei. Elle lui doit tant : depuis 15 siècles son patronage protège directement ou indirectement les avancées du Royaume de Dieu. Ainsi, dans la pénombre de sa vie cachée dans l’humilité, il rejoint les saints qui ont le plus marqué l’Histoire de l’Église, à côté des Augustin, des Grégoire le Grand qui nous a si bien parlé de lui, ou plus près de nous de S. Thomas d’Aquin, cet autre saint d’Italie qui a marqué la pensée théologique universelle de façon décisive.

Nous pouvons être fiers de Notre Bx Père, fiers aussi de ceux qui nous rattachent à lui : Dom Guéranger, fils authentique de S. Benoît au dire du Bx Pie IX, Dom Delatte, ce grand docteur de la Congrégation, Mère Cécile Bruyère auquel ce dernier doit tant, après qu’elle ait tout reçu du premier. À eux trois, ils ont rendu ses lettres de noblesse à la devotio antiqua. Par delà cinq siècles de malaise endémique et, de façon chronique, de révoltes violentes entre foi et raison, ils renouaient avec l’équilibre bénédictin des siècles précédents entre piété sociale et personnelle, piété basée sur la prière de l’Église, société de la louange divine : on sort de l’Office choral pour poursuivre la liturgie d’âme dans le va-et-vient de nos occupations. Le Père abbé Édouard nous a légué la pensée de N. Bx Père ravivée par eux, et, en cela, il participe à sa façon à leur rôle refondateur.

L’esprit de S. Benoît qui a fleuri chez tous les justes doit se retrouver chez les meilleurs de sa race. Carissimi propter Patres(Rom. 11,28) : à nos fondateurs immédiats, on peut bien sûr ajouter tant d’autres saints de notre Ordre. Mais soyons bien sur nos gardes : appartenir à cette race très forte de cénobites, fils de S. Benoît, cela nous compromet à chercher Dieu en vérité et sans jamais nous lasser : noblesse oblige. Alors, ne soyons pas des fils dégénérés. À la suite de N. Bx Père et de nos Pères abbés du ciel, soumis à la douce grâce du terrible quotidien, nous voulons ne rien préférer à l’amour du Christ, nous voulons garder la Règle qui, de son côté nous gardera, et nous voulons transmettre l’héritage, reçu il y a 24 ans désormais, en le confiant, dans ce but et pour sa joie, à l’Immaculée Mère de Dieu, à son Fiat qui a protégé le Suscipe de S. Benoît, avant de protéger maintenant le notre : Suscipe me Domine, Suscipe me Domina, amen.

 

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