+

SOLENNITÉ de L’IMMACULÉE CONCEPTION,

Mardi 8 Décembre 2020, Notre Dame de TRIORS.

Avec l’Avent, l’antienne mariale Alma a réapparu. S. Louis-Marie Grignion de Montfort se fait l’écho des anciens en traduisant le mot Alma par Mère cachée et secrète ; pour lui, elle se cachait à elle-même son propre mystère (VD 2). Mais voici l’ange Gabriel près d’elle ; brièvement, mais avec intensité, en la saluant comme pleine de grâces, gratia plena (Luc 1,28), il dévoile son mystère caché avant tous les siècles dans le Christ en Dieu (Cf. Éph. 3,9 & Col. 3,3). Et l’on sait qu’elle en fut bouleversée, turbata est Maria (Luc 1,29).

À la suite de l’ange, l’Église a scruté l’ineffable mystère avec un émerveillement progressif. Avant les siècles, il ne fut connu que de Dieu seul, lui-même si bien caché dans son mystère indicible au dire d’Isaïe : Vraiment vous êtes un Dieu caché (Is. 45,15). Mais la salutation de Gabriel annonce le Sauveur venu du mystère caché de Dieu, confié au sein virginal et au Cœur très Pur de Marie qui acquiesce avec fermeté et humilité : Ecce, Fiat – Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon votre parole (Luc 1,38).

Aujourd’hui, c’est notre tour de contempler avec allégresse la splendeur de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie. Gratia plena, ces deux petits mots de Gabriel la lui ont révélé, avec ses immenses perspectives. Par vagues successives la réflexion des saints a chanté ce privilège unique, dans le sillage parfaitement homogène du salut angélique que nous venons d’entendre encore une fois avec joie. S. Ambroise, fêté hier, tout comme S. Jérôme s’unissent à la célébrer, S. Germain de Constantinople s’est fait son chantre infatigable à l’office de ce matin. Le Moyen Âge n’y a pas manqué : il suffit de penser à S. Bernard de Clairvaux. Au siècle passé, si éprouvé, la vraie piété s’est encouragée à scruter son mystère, comme S. Maximilien-Marie a su le faire, ou plus proche de nous encore, Don Stefano Gobbi. 

Laissons-nous attirer par sa lumière immaculée, suivons l’onde suave de son parfum céleste, en adaptant les mots même que ce dernier Lui attribue (N° 483, 8 décembre 1992). Parce qu’elle était sans péché, le Père a posé sur Elle son regard de prédilection, le Verbe l’a choisie pour devenir sa Mère et l’Esprit-Saint s’est uni à Elle avec un lien d’amour sponsal. Elle est entrée ainsi au cœur même de la Très Sainte Trinité.

Le texte poursuit : Oui, parce que sans péché, la divine Trinité l’a choisie comme Généralissime et Victorieuse, dans la terrible lutte contre Satan et tous les Esprits du mal. Oui, parce que sans péché, Jésus l’a intimement associée, comme Mère, à son dessein de salut et l’a faite la première collaboratrice de son œuvre de la Rédemption, socia Christi, en lui confiant comme fille, toute l’humanité rachetée et sauvée par Lui. Elle est donc Mère de l’humanité.

Par voie de conséquence il faut conclure qu’il appartient à son dessein de nouvelle Ève et à sa mission de Mère de réordonner l’humanité toute entière à la pleine communion de vie avec Dieu, en l’aidant à naître et à croître dans la grâce et la sainteté. C’est pourquoi sa tâche toute particulière consiste à éloigner de l’Église et de l’humanité l’ombre ténébreuse du péché et du mal, pour nous conduire tous à la Cité Sainte de la pureté et de l’amour.

Le mystère de l’Immaculée Conception de Marie, caché avec le Christ en Dieu avant tous les siècles, révélé par l’ange et par lui à l’Église, fut explicité de mieux en mieux pour aider les temps de plus en plus hostiles au rayonnement de la foi. Quand le Bx Pie IX déclara que ce mystère a toujours fait partie du noyau révélé, au cœur de notre foi chrétienne (Bulle Ineffabilis, 8 déc. 1854), il permit à la nouvelle évangélisation de prendre un premier essor, avant même que S. Jean-Paul II usât de l’expression : notre Congrégation de Solesmes doit tant à ce magistère du Bx Pie IX ! Et ce mystère resplendissant joue désormais un rôle de phare pour éclairer notre époque désarçonnée et inquiète : celle-ci ressemble à un navire sans voile ni rame ni boussole, mais le phare indique du moins la direction opportune à prendre. En cela, la sainte Vierge montre à ceux qui savent voir avec les yeux de la foi qu’elle est là pour éclairer la route, mais nous savons qu’elle est de plus le pilote pour redresser la situation désespérée en apparence.

Outre des désastres d’ordre climatologique lourds à porter (mais qui obligent aussi à voir au-delà de la vie terrestre), notre temps souffre bien plus profondément de l’impasse où le conduit la logique d’enfer qu’il s’impose en cherchant à mettre de l’ordre dans l’univers du vice. Tout comme l’évangile, notre Règle bénédictine nous apprend à haïr le mal, en aimant et respectant les personnes qui en sont victimes (Cf. RB 64) ; sous prétexte de leur venir en aide, nos parlements multiplient les mesures qui multiplient au contraire et suscitent les maladies morales. La loi civile n’a pas autorité pour avaliser comme bien le mauvais comportement d’un grand nombre, prétendant alors à se faire reconnaître comme fait social respectable ; la loi civile a au contraire vocation d’éduquer et d’empêcher la contagion du mal. Faisant le contraire, elle tombe dans une souricière : d’ailleurs, telle une parabole pour tous, la Covid révèle ce débat impuissant contre la contagion du mal.

Puisse l’Immaculée montrer son pouvoir sur tous, bons et méchants, gouvernants et citoyens. Puisse-t-Elle délier la vigueur de son bras pour soulager ceux qui souffrent de tant de confusion, puisse-t-Elle éclairer ceux qui, au lieu de gérer publiquement le vice devraient aider la société à s’y opposer en faisant l’office du Bon Samaritain auprès de ceux qui gisent sur le bord du chemin de la vie, selon le leitmotiv du Pape François.

S. Ambroise a rédigé cette belle prière : Si tu veux guérir d’une blessure, Jésus est le médecin. Si la fièvre te brûle, Il est la source. Si tu es opprimé par l’iniquité, Il est la justice. Si tu as besoin d’aide, Il est la force. Si tu crains la mort, Il est la vie. Si tu désires le Ciel, Il est le chemin. Si tu es dans les ténèbres, Il est la lumière. Si tu es dans l’incertitude, Il est la vérité. Si tu cherches une nourriture qui te rassasie, Il est le pain qui nourrit pour l’éternité. L’Église nous confie sans cesse à la Mère Immaculée de Jésus, Alma Redemptoris Mater, Sainte Mère cachée, secourrez le peuple qui chancelle, relevez celui qui tombe dans l’anxiété, porte du ciel toujours ouverte, amen.

mi, tristique massa justo ut consequat.