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Jeudi Saint 18 avril 2019, Messe de la Cène ,

Notre Dame de TRIORS.

Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

Le Bon Dieu a prévu ce rendez-vous au Cénacle dès les origines. La scène évangélique de ce soir est pour Lui un point d’arrivée patiemment attendu. Depuis la création d’Adam qui fut une conversation avortée, Dieu l’attendait, tel le père patient d’un prodigue faisant sa crise d’indépendance, claquant la porte et parti au loin (Cf. Luc 15,12s). Dieu alors appela Abraham, encore nomade, puis la vie du peuple hébreu fut une longue errance, mais cette fois guidée par Dieu Lui-même. Et Il fait maintenant quelque chose de nouveau sous le soleil de l’histoire (Cf. Eccle, 1,9). Les 40 ans de l’Exode avaient été mal tolérés, l’exil provoqué par notre nuque raide ne fut pas mieux compris. Mais l’heure est venue, et Dieu nous invite au banquet, dans sa demeure stable du Cénacle.

Dès lors, l’homme, las d’être prodigue, n’est plus loin de Lui. Devant Jésus, il perd son statut d’étranger. Devant Dieu il n’est plus l’hôte fugace qui Le frôle comme une ombre. Enracinée sur le fondement des apôtres, l’humanité trouve son salut et la paisible cohérence de son destin dans l’appui assuré sur son Sauveur, pierre d’angle de la demeure de Dieu parmi les hommes (Apoc. 21,2). Nous nous savons tous maintenant invités dans la Cité de Dieu, appelés à l’intimité avec le Seigneur (Cf. Eph. 2,19s). Le mystère du Cénacle commence à révéler les magnalia Dei, les grandes Œuvres de Dieu (Cf. Act. 2,11).

Pour commencer à apprivoiser l’homme prodigue et rebelle, Jésus avait commencé sa vie publique sur le registre de la vie nomade, tout comme Abraham. Il n’avait pas de pierre pour reposer sa tête (Cf. Mt. 8,20), pas plus que Jacob errant sur ses routes d’angoisse (Gen. 28,11). Étant avec Jésus, les apôtres ne s’en plaignaient pas, encore si peu au fait de ce qu’Il attendait d’eux : sa présence leur suffisait. Pour Pierre en particulier, cela suffisait ; au Thabor il eut volontiers prolongé, l’essentiel pour lui étant d’être avec le Maître (Cf. Mt. 17,4). Mais ses pieds n’étaient pas lavés alors.

Et maintenant voici les Douze face au grand Mystère du salut qui est aussi celui de la grande rencontre de l’humanité avec Dieu. La plume inspirée de S. Jean nous y introduit avec une sobre solennité qui pique l’intérêt. Il y voit l’Unique Nécessaire se dévoiler peu à peu, derrière les gestes contingents de ce repas sacré. Même, intrigué par ce qu’il jugeait être une mise en scène inappropriée, Pierre eut du mal à entrer dans cette solennité, il s’opposa aux paroles et aux gestes du Seigneur comme on vient de l’entendre (Jn. 13,6-10).

Ayant aimé les siens qui étaient dans ce monde, le Seigneur les aima jusqu’à la fin (Jn. 13,1s), jusqu’à l’extrême, jusqu’au bout, d’une façon inouïe que l’évangéliste laisse entrevoir à ceux qui sont capables d’admirer. À la différence des trois synoptiques et de S. Paul, le IVème évangile ne donne pas le récit de l’institution de la Sainte Eucharistie, le supposant connu. En revanche, il nous fait pénétrer très avant dans ce que ce mystère a d’insondable. Le culte eucharistique adore et glorifie le Corps et le Sang de Jésus présents sous le voile des espèces sacramentelles : il est là pour nous accueillir, pour rester toujours avec nous, Emmanuel. La sainte Eucharistie a pour objet la Personne même du Sauveur en son état sacramentel. Puissions-nous l’accueillir candidement comme cet enfant qui dit à un parent : On va à la messe, et tu sais, Jésus, il va descendre de sa croix pour venir dans mon cœur, et je vais le serrer très fort.

L’esprit rationaliste que nous impose l’air du temps, voudrait lui aussi étreindre le mystère, non pas pour aimer et vénérer, mais en esprit propriétaire et réducteur. À Fatima les trois enfants reçurent de l’ange la façon d’adorer l’ineffable comme il faut. Comme l’ange, la vraie théologie introduit au mystère en nous maintenant dans le respect et la joie intime, loin de toute inquiétude. Si Dieu s’approche de nous ainsi, s’Il est avec nous ainsi, que pouvons-nous craindre (Ps. 26,1) ? In finem dilexit nos (Jn. 13,1). Le chrétien ne sait plus assez regarder cet amour de Dieu qui se donne jusqu’au bout ; pire il l’oublie trop souvent. Aussi, la divine Providence a-t-elle éclairé certaines âmes pour relancer sans cesse notre dévotion à cette plénitude d’amour venu jusqu’à nous, le Cœur Eucharistique. Il le fit à Paray-Le-Monial comme à Vilnius avec Marguerite et Faustine, il le fit avec Dina Bellanger au Canada dans le début du siècle passé (1897-1929), comme avec Sophie Prouvier au siècle précédent (1817-1891), et pas loin d’ici.

Le Père Garrigou-Lagrange rapproche du mystère du Cénacle celui du Jourdain où le Baptiste se plaint qu’au milieu de nous, il y a quelqu’un que nous ne connaissons pas (Jn. 1,26). Le grand théologien nous fait connaître les plaintes du Cœur Eucharistique, Cœur délaissé, oublié, méprisé, outragé, méconnu des hommes. En retour il épelle aussi avec soin la belle litanie des qualités de ce Cœur, aimant nos cœurs, patient à nous attendre, pressé en revanche de nous exaucer, Cœur désirant qu’on le prie, foyer de nouvelles grâces, Cœur silencieux voulant parler aux âmes, doux refuge de la vie cachée et maître des secrets de l’union divine.

L’enfant pense naïvement faire descendre Jésus de sa Croix pour le presser sur son cœur. Il ne peut savoir encore que Jésus nous apprend aussi à monter sur sa Croix avec lui, confiant à sa sainte Mère pour nous y initier cette science désirable et redoutable. En effet, la nouvelle Ève vient sans cesse au secours des fils d’Adam pour les confier à Jésus. À Cana, ce n’était pas l’Heure encore, la voici enfin : le disciple bien-aimé pose la tête sur le Cœur de Jésus, quoniam parata sunt omnia, et la Mère de Jésus est debout juxta Crucem (Cf. Luc 14,17 & Jn. 19,25), amen.

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