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Jeudi Saint 29 mars 2018, Notre Dame de Triors.

 

 

Mes bien chers Frères, mes Très chers Fils,

« Aimer jusqu’au bout » et « le lavement des pieds », tels sont les deux pôles de l’évangile de ce soir (Jn. 13,1-15). Le premier geste de cet amour jusqu’au bout (Jn 13,1), c’est précisément le lavement des pieds, remarquait le Pape François il y a deux ans (20 mars 2016). De son côté, le Pape émérite souligne que ces deux pôles se rattachent au grand sacrement de l’Eucharistie, sacrement de l’amour jusqu’au bout (Ex. Ap. Sacramentum caritatis, n.21), tandis que le saint baptême introduit à la vie dans la foi : voilà les deux trésors de la vie chrétienne, fruit exquis l’un et l’autre des mérites infinis de la Passion de Jésus inaugurée à la Cène. S. Thomas compare ainsi ces deux sacrements majeurs (IIIa Qu. 73, a. 3 ad 3m) : Le Baptême est le sacrement de la mort et de la passion du Christ en tant que l’homme est régénéré dans le Christ en vertu de sa passion. Tandis que l’Eucharistie est le sacrement de la passion du Christ en tant que l’homme est rendu parfait par son union au Christ dans la passion. Par suite, comme le baptême est appelé sacrement de la foi, laquelle est le fondement de la vie spirituelle, l’Eucharistie est appelée sacrement de l’amour, lequel est le lien de la perfection, comme le dit S. Paul aux Colossiens (3,14).

Le lavement des pieds introduit donc avec une solennité singulière à la sainte Cène. Ces trésors de Dieu s’y dévoilent, reconnaissons-les comme tels, aimons-les et respectons-les comme tels avec humilité et pureté. Évoquant le labeur des prêtres pour initier les fidèles à ce trésor inouï, le pape François les invite à se laisser laver eux-mêmes les pieds pour être à la hauteur : Le Seigneur nous lave et nous purifie de tout ce qui s’est accumulé sous nos pieds pour le suivre. Et c’est sacré. Il ne permet pas qu’ils restent sales. Il les embrasse comme des blessures de guerre, de sorte que la saleté du travail, c’est lui qui la nettoie (Jeudi Saint, 2 avril 2015). Mais l’invitation vaut évidemment pour tous : tous débarrassons-nous par la confession pascale de la vanité et de la rancune, de l’impureté ou de la jalousie, nous laissant ainsi laver les pieds par Jésus. Avec bonhomie, le Saint Père transmet ainsi la grande pensée conciliaire concernant le fondement de notre foi : À la dernière Cène, dit le Concile, la nuit où il fut livré, Notre Sauveur institua le Sacrifice Eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne. Mais ce n’était pas tout, poursuit-il, car il confiait à son Église ce sacrement de l’amour, mémorial de sa mort et de sa résurrection (S.C. 47). Recevons avec respect et infinie gratitude le trésor du don divin contenu dans la sainte Eucharistie; laissons la Mère Église nous y disposer avec soin.

Le Pape Benoît XVI explique clairement le lien entre le Sacrement et le lavement des pieds : Jésus «aima jusqu’au bout» (Jn 13,1). Par cette expression, l’Évangéliste introduit le geste d’humilité infinie accompli par Jésus : avant de mourir pour nous sur la croix, se nouant un linge à la ceinture, il lave les pieds de ses disciples. De la même manière, dans le Sacrement de l’Eucharistie, Jésus continue de nous aimer «jusqu’au bout», jusqu’au don de son corps et de son sang… Quelle merveille alors doit susciter aussi dans notre cœur le Mystère eucharistique! (Exh. Ap., Sacr. Caritatis, n.1).

Le lavement des pieds purifie prêtres et fidèles des négligences, des indifférences, des outrages même dont le Très Saint Sacrement est l’objet plus ou moins consciemment, selon ce qu’a appris l’ange de Fatima aux trois enfants. Puis il leur apprit les prières de réparation pour demander la conversion des pécheurs par les mérites infinis du très Saint Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie. Sœur Lucie précisait que ce qui afflige le plus le Cœur Immaculé de Marie et celui de Jésus, c’est la chute des âmes religieuses et sacerdotales. Le démon sait que les religieux et les prêtres, en manquant à leur belle vocation, entraînent de nombreuses âmes en enfer… Le démon emploie toutes les ruses, allant même jusqu’à suggérer de retarder l’entrée dans la vie religieuse (au Père Fuentès, 26 décembre 1957).

S. Pierre refusa d’abord le lavement des pieds, puis avec maladresse, il l’accepta. Notre temps également a du mal à se remettre en cause face aux injonctions du Seigneur et de sa sainte Mère : on croit trop vite que nos intentions sont belles et pures, là où nous nous cherchons âprement nous-mêmes. Puissions-nous recevoir avec gratitude les appels de Notre Dame, sans scrupule, mais avec une humble ferveur. D’ailleurs comme elle, de grands serviteurs de l’Église se font l’écho du grand soin à apporter avant d’approcher les saints Mystères avec humilité et pureté de cœur. Le Cardinal Sarah en fait partie, lui auquel le Pape demande justement de veiller à ce que nos pieds soient bien lavés avant d’aller à l’autel : La sainte Messe n’est pas un divertissement, dit-il. Non, il s’agit du sacrifice vivant du Christ mort sur la croix pour nous libérer du péché et de la mort et en vue de révéler l’amour et la gloire de Dieu, le Père. La sainte liturgie de la messe a pour but la gloire et l’adoration de Dieu, le salut et la sanctification des hommes : «Dieu y est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés», explique le Concile (SC, n. 7). Benoît XVI a souvent souligné, remarquait-il encore, qu’à la racine de la liturgie, se trouve l’adoration, et donc Dieu.

Nos sanctuaires chrétiens sont comme notre petite patrie commune à tous, die Heimat : la formule est heureuse ; l’homme n’est pas un apatride liturgique (Mgr Klaus Gamber, + 1989). Un Cardinal polonais voyait dans le Cénacle le lieu où puiser pour affronter la dureté de ce temps de crises qui menacent, de guerres qui affligent, de terrorisme qui sème tant de victimes innocentes. Mais, affirmait-il, Jésus et Marie sont toujours là pour nous faire comprendre qui nous sommes vraiment en tant que personnes humaines et quel est notre destin ultime (Cal Stanisław Ryłko, homélie 2 février 2017 à Sainte Marie Majeure).

La liturgie pascale affirme que les fidèles n’ont plus qu’un seul cœur dans la piété, et elle prie afin qu’ils gardent dans leur vie ce qu’ils ont saisi par la foi (Postc. Dim. de Pâques et Coll. Octave). C’est de la liturgie, en déduit le Concile (S.C. n. 10), et principalement de l’Eucharistie, comme d’une source, que la grâce découle en nous et qu’on obtient avec le maximum d’efficacité cette sanctification des hommes dans le Christ, et cette glorification de Dieu, que recherchent, comme leur fin, toutes les autres œuvres de l’Église. Laissons-nous laver par Jésus afin que son amour jusqu’au bout nous envahisse nous aussi. Le monde deviendra alors un peu plus liturgie de Dieu, selon le mot de Benoît XVI ; dans sa réalité, il devient alors adoration, atteignant son objectif, alors le monde aura la paix de Dieu, sain et sauf en Dieu et en la Mère de Dieu (Cf. Homélie, 20 juin 2008), amen.

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