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Mercredi des Cendres
6 mars 2025
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
« Faites-vous des trésors dans le ciel » (Mt 6, 20). Le Seigneur Jésus nous exhorte par ces mots à laisser nos idoles, et la cérémonie de l’imposition des cendres, tout à l’heure, était éloquente dans ce but.
Ces cendres ont été confectionnées à partir de rameaux de buis bénis les années précédentes. Le buis a été vivant, puis il a été coupé, il est mort, il a été consumé, et ce qui reste ne se tient plus, ne pèse plus. Cette poussière est sale, sans forme ni consistance.
Lorsqu’il impose les cendres, le prêtre dit : « Souviens-toi, homme, que, tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. » Cela fait référence à la Genèse. En effet, nous dit la Bible, « le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7) ; un être vivant, exempté de la mort. Mais cette poussière ennoblie du souffle de vie divine qu’est l’homme n’est pas demeurée longtemps dans sa dignité première. Elle a choisi de sortir de l’espace de liberté de l’amour de Dieu. Elle a désobéi et a ainsi perdu son immortalité. Dieu constate la défection de l’homme et lui dit :
Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé le fruit de l’arbre que je t’avais interdit de manger : maudit soit le sol à cause de toi ! C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie. De lui-même, il te donnera épines et chardons, mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs. C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras (Gn 3, 17).
La poussière, la cendre devient dès lors pour l’homme symbole de mort.
[La mort] est conséquence du péché, nous dit le Catéchisme de l’Église catholique. Interprète authentique des affirmations de la Sainte Écriture et de la Tradition, le Magistère de l’Église enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme. Bien que l’homme possédât une nature mortelle, Dieu le destinait à ne pas mourir. La mort fut donc contraire aux desseins de Dieu Créateur, et elle entra dans le monde comme conséquence du péché. « La mort corporelle, à laquelle l’homme aurait été soustrait s’il n’avait pas péché », est ainsi « le dernier ennemi » de l’homme à devoir être vaincu1.
Le peuple hébreu, toujours expressif, avait donc l’usage de se couvrir la tête de cendre et même de s’y rouler lors de ses deuils et d’une manière générale lors de ses malheurs. Par la bouche du prophète Jérémie, Dieu proclame ainsi : « Ô fille de mon peuple, revêts-toi de sac et roule-toi dans la cendre ! Prends le deuil comme pour un fils unique : amertume et complainte » (Jr 6, 26).
La mort et l’épreuve sont conséquences du péché. On associe donc aussi naturellement l’usage de la cendre à toute démarche contre le péché. Elle devient signe de pénitence, d’humilité et même plus largement, de prière instante. La Bible ne nous rapportent pas de péchés personnels que Judith et Esther auraient eu à déplorer, et cependant, elles répandent de la cendre sur leur tête lorsqu’elles veulent obtenir de Dieu une grande grâce par la prière.
Mais le Christ a vaincu la mort et lui a imposé un sens nouveau. Écoutons encore le Catéchisme :
Dans la mort, Dieu appelle l’homme vers Lui. C’est pourquoi le chrétien peut éprouver envers la mort un désir semblable à celui de S. Paul : « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ » (Ph 1, 23) ; et il peut transformer sa propre mort en un acte d’obéissance et d’amour envers le Père, à l’exemple du Christ2.
Saint Ignace d’Antioche a traduit ce désir en des mots bien connus : « Mon désir terrestre a été crucifié ; […] il y a en moi une eau vive qui murmure et qui dit au dedans de moi “Viens vers le Père”3. »
Si la cendre représente la mort, la mort a été quant à elle transfigurée par le Christ. Elle a désormais un sens dans notre vie : celui d’un dépouillement pour accéder aux richesses divines.
Et le Pape François, dans l’Audience générale du 26 février, nous a parlé du vieillard Syméon qui
« voit la mort non pas comme une fin, mais comme un accomplissement, comme une plénitude, il l’attend comme une “sœur” qui n’anéantit pas, mais qui introduit dans la véritable vie, dont il a eu un avant-goût et en laquelle il croit ». « Il est témoin de l’amour de Dieu, qui remplit de joie et de paix le cœur de l’homme4. »
Oui, la mort, le deuil et la pénitence ont un sens nouveau pour le chrétien. Le Christ, nous dit Isaïe, a été « envoyé […] consoler tous ceux qui sont en deuil […] dans Sion, mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre » (Is 61, 1-3).
Que la Vierge Marie nous apprenne la joie d’accueillir la cendre qui libère des idolâtries, elle dont la tête est à jamais ornée du diadème aux douze étoiles.
Amen.
1CEC 1008, citant Gaudium et Spes 18.
2CEC 1011.
3Saint Ignace d’Antioche, Rom. 7, 2.
4Pape François, Audience générale, 26 février.