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Solennité de la Nativité du Seigneur
Messe de minuit

Jeudi 26 décembre 2025

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

« In splendoribus sanctorum, ex utero ante luciferum genui te — Le Seigneur a dit à Celui qui est son Fils : Dans les splendeurs des Saints, je vous ai engendré de mon sein avant le lever de l’étoile du matin1. »

Nous sommes au cœur de la nuit. L’étoile du matin annonciatrice de l’aube ne s’est pas encore levée. L’obscurité est profonde. Et dans cette obscurité de la terre, jaillit une grande lumière. Ouvrons les yeux sur ce splendide évènement.

À Bethléem tout-à-l’heure, est arrivé un voyageur fort honorable, saint Joseph. Il appartient à la maison et à la lignée de David. Il est de famille royale. Et cependant, il n’a pas trouvé place, même dans la maison commune. Les responsables de cette rudimentaire hôtellerie n’ont pas daigné faire grand cas de cet homme à l’aspect si humble, accompagné d’une femme sur le point de donner le jour à un enfant : ces voyageurs risquaient de se révéler encombrants. Et pourtant, ce jeune ménage ne devait pas manquer de charme. Ils rayonnaient de vertu. L’humilité de saint Joseph s’accompagnait d’une lumineuse pureté, d’une joyeuse obéissance et d’un endurant esprit de service. Et considérez Notre Dame, pauvre, douce, recueillie, pleine d’une bonté qui ne demandait que de meilleures circonstances pour se prodiguer.

Mais tout cela, les tenanciers de la maison ne l’ont pas vu. La Providence ne voulait pas que la naissance ait lieu dans un recoin de cette salle, certes modeste, mais encore trop ornée des éclairages humains. Dieu voulait que la Lumière du monde apparaisse et se découpe sur la plus profonde des nuits. Sans contre-jour. Il permit donc que les administrateurs du refuge communal estiment qu’il n’y avait pas assez de place pour ces pauvres importuns.

Dieu veut du contraste et du grand air. Il se rend donc, encore caché au sein de Marie, dans la nuit noire d’un abri pour bétail.

Cette même nuit, auprès de leurs propres bêtes, veillent les bergers. Malgré toutes précautions d’une angélique délicatesse, l’apparition du messager céleste leur inspire une forte crainte. Il est pourtant venu seul, d’abord. Mais depuis le péché originel l’homme est craintif. Qui plus est l’homme du peuple hébreu, éduqué par douze siècles de pédagogie divine, profondément saisi quand se manifeste la gloire de Dieu.

L’Ange du Seigneur annonce aux bergers une grande joie, qui sera celle de tout le peuple. Quel honneur ! C’est d’abord aux bergers qu’on annonce cette grande joie. Elle ne sera qu’ensuite portée à tout le peuple. Ils ont dû sentir à quel point l’ordre du monde changeait. On découvre désormais que c’est le petit, le simple, le cœur pur qui accède le premier à la béatitude et qui peut se rendre auprès de Jésus.

Un signe leur est donné : un enfant, enveloppé de langes, dans une crèche. Est-ce vraiment un signe ? Ces bergers n’ont-ils pas vu plus d’un nourrisson dans leur vie ? et les mangeoires ne leur sont-elles pas bien familières ? Mais a-t-on jamais vu un nouveau-né dans une crèche ? Alors s’ils en découvrent un, ce soir, et dans les environs, ce sera bien plus qu’une coïncidence. En le voyant, ils sauront que l’Ange n’était pas un rêve et que son discours était vrai. Ce petit est assurément « le Sauveur, le Christ Seigneur », qui se fait nourriture pour tous. La foi, la charité et tout le message évangélique sont mystérieusement concentrés ici.

Et quelle est cette grande joie ? « Aujourd’hui vous est né, dans la ville de David, un Sauveur ». Le Christ Seigneur est présenté comme Sauveur. Saint Paul, dans la lettre à son disciple Tite, a développé tout à l’heure ce salut qui est arrivé en une synthèse saisissante, que nous sommes invités à relire doucement.

C’est donc au cœur d’une des nuits les plus longues de l’année, à l’écart de la lumière sociale, que vient au monde l’Enfant Jésus. Nous sommes hors du cours du soleil, hors du temps. Nous vivons lentement l’instant éternel. Loin du chahut. Nous contemplons la naissance d’un petit homme, qui nous renvoie à la contemplation de la génération éternelle du Verbe. « In Splendoribus sanctorum — dans les splendeurs des saints. » De quels saints s’agit-il ? Dans l’étable, nous voyons la Vierge Marie et saint Joseph. Mais si l’antienne chante la génération de l’éternité, nous rencontrons un problème… La génération du Verbe n’advient pas « après » la création des saints ni même des Anges dans la splendeur desquels le Père communiquerait sa nature divine à son Fils. Non. Il faut sortir de la considération temporelle, propre à notre condition terrestre. Depuis l’éternité, le Père engendre son Fils, et leur commun amour est l’Esprit Saint. Ceci précède ontologiquement toute création. Et pourtant, il demeure quelque chose de surprenant et de vrai dans notre antienne. Le Père engendre son Fils Hodie — Ego HODIE genui te — aujourd’hui, dans l’aujourd’hui éternel de Dieu. Alors nous pouvons très réellement adorer cette génération éternelle comme actuelle. Et notre béatitude au Ciel consistera très justement à contempler et à adorer cette génération éternelle du Verbe. Alors oui, c’est dans les splendeurs des saints, devant tous ses élus, que Dieu engendre aujourd’hui son Fils. Et les saints doivent leur existence et leur vie surnaturelle à cette génération elle-même.

Dans l’obscurité de cette nuit, la lumineuse troupe angélique, la splendeur de saint Joseph et celle de l’Immaculée sont un écrin pour l’Enfant-Dieu. Demandons à Notre Dame que nous ayons aussi une âme lumineuse qui prenne part au rayonnement de son Fils. Et entrons dans l’immense joie de l’Église.

Joyeux et saint Noël à tous !

Amen.

1Ps 109, 3, Traduction de Dom Guéranger, Année liturgique.