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Noël 2020, vendredi 25 décembre,

messe de minuit à Notre Dame de TRIORS.

Le recensement demandé par César Auguste obligea Joseph et Marie à aller de Nazareth à Bethléem (Luc 2,1s). Or Marie en était à son neuvième mois : la venue du Messie attendu intervenait donc au moment le moins opportun, faisant de ce voyage un noviciat de chemin de croix pour Marie sa Mère (2,4s). Une pierre plate sur le chemin est encore présentée aux pèlerins : la future mère s’y serait assise épuisée, à quelques kilomètres de Bethléem.

Pourtant la merveilleuse Naissance nous enchante chaque année, enjolivée par l’aspect bucolique de sa nuit étoilée et le contexte écologique des bergers qui plaît tant à la mentalité citadine ignorante du poids exact de la réalité rurale (2,8). Enfin, avec le Gloria in excelsis Deo, les anges annoncent explicitement la bonne nouvelle à tout le peuple (2,13s), génération après génération. À nous maintenant d’entrer dans le beau mystère de Noël.

Celui-ci est magnifique en son fond plus encore qu’en chacun de ses détails : il s’agit bien sûr de la venue parmi nous de Jésus, décrite ici avec tant de pudicité et de pureté. Selon l’évangile, arrivés à Bethléem, le temps où Marie devait enfanter s’accomplit, et elle mit au monde son fils premier-né, l’emmaillota et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie (2,6s). Noël, c’est d’abord le grand mystère de l’Incarnation de la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, venue prendre notre condition pour nous sauver, car nous avons besoin de salut.

S. Jean Chrysostome remarque que l’on se serait attendu plutôt à un ébranlement des cieux, faisant trembler la terre ou cracher la foudre ; or, admire-t-il, ce fut l’inverse, car le Seigneur venait pour sauver l’homme et fouler aux pieds son orgueil, et, c’est ce qu’il fait dès sa naissance. S. Grégoire de Nysse, lui, s’extasie devant l’insondable mystère de l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, rapetissé en la sainte Vierge qui a porté son enfant sans souffrance : la conception de celui-ci fut immaculée, sa naissance sans souillure, sans déchirement et sans douleurs. Ève qui avait déposé en nous le germe de la mort par sa désobéissance fut condamnée à enfanter dans la douleur ; mais ici la mère de Celui qui est la vie enfante dans la joie : l’Enfant entre dans notre vie mortelle par la pureté incorruptible d’une vierge.

Le concert angélique indiquait cet événement insolite et hors pair. Outre les anges, on aurait aimé que Joseph nous donne sa version de l’évènement : le pape vient de lui confier l’Église dans le proche avenir ; comment ce témoin privilégié parle-t-il de la naissance virginale ? Or ce grand silencieux ne nous en a rien dit, le mystère reste donc secret, comme enfermé dans son écrin de pureté. Néanmoins l’intimité de Joseph avec le mystère de Noël nous a valu cette belle prière médiévale : O felícem virum, beátum Joseph – Oh ! heureux Joseph, à qui il a été donné de voir le Dieu que beaucoup de rois auraient voulu voir sans le voir eux-mêmes ; c’est à vous qu’il a été donné de le voir ; mieux encore, vous l’avez porté, étreint, embrassé, vêtu et vous l’avez gardé (Chancelier Gerson, vers 1400).

À l’autre bout de sa vie terrestre, Jésus a daigné se faire connaître à Thomas l’apôtre incrédule de la Résurrection ; il lui offrit ses plaies à palper avec respect, et devant l’évidence, Thomas dit alors, confondu et éperdu : Mon Seigneur et mon Dieu, (Jn. 20,29). Joseph a du ressentir des sentiments analogues. La naissance virginale comme le silencieux triomphe du tombeau ne relève-t-elle pas de la même toute-puissance divine ? Celle-ci s’écoule en sa création, comme elle le veut, pour y apposer son sceau de pureté et nous purifier de tous les désordres liés au péché d’Adam.

On peut penser aussi à l’Apôtre Jean qui eut le privilège reposer sur la poitrine du Seigneur lors de la dernière Cène (Jn. 13,23). Jean et Joseph sont tous deux un peu à part dans l’ordre de la proximité avec le mystère du Christ. Pour Origène celui qui repose sur le Cœur du Christ, s’insère dans le Verbe divin vivant lui-même in sinu Patris, vivant dans le sein de son Père en sa vie éternelle. Reposer sur la poitrine de Jésus, dit-il en commentant le Cantique des cantiques (in Cant. I, Cf. Col. 2,3 ; Cf. in Jn. I,23 & XXXII,264), c’est reposer sur son Cœur, dans l’intimité de sa pensée, c’est contempler les trésors de la sagesse et de la science cachés dans le Christ. Pour lui, Jésus chasse loin de lui par son amour toute ténèbre (in Jn. XXXII, 314).

Confions à Marie et à Joseph la grâce de ce Noël-ci. Elle vient à point nommé pour apaiser les craintes de ces jours d’incertitude pénible. Mieux, Jésus tout petit a la puissance de conforter la foi de Thomas qui fléchit. Il veut aujourd’hui purifier nos cœurs leurs laideurs, racheter ce monde envoûté par un charme morbide qui multiplie les flétrissures les plus abjectes. Chaque communion renouvelle Noël avec sa pureté divinement conquérante qui vient racheter ceux qui veulent sortir de ces laideurs. Puisse la beauté du Nouveau-Né s’imprimer sur chacun de nous, sur notre pays et le monde entier. Nous allons le chanter à l’offertoire : Le ciel se réjouit, la terre exulte à l’unisson en présence du Seigneur venu à nous par Marie en présence de Joseph, amen.

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