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Dimanche 21 avril 2019, Solennité de Pâques,

Notre Dame de TRIORS.

Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

Pâques commence par une veillée funèbre, empreinte d’une grande pudeur, mais toute marquée aussi par la ténacité propre aux femmes, face à l’énigme de la pierre roulée. Un peu en retrait, les hommes aussi sont en deuil. S. Marc nous parle en effet ce matin de trois femmes venues embaumer un mort envers et contre tout (16,1ss). Demain S. Luc évoquera deux hommes s’éloignant de la Ville Sainte l’âme lourde, engourdis par le même deuil (24,13s). La mort rodait autour de la première Pâque chrétienne, avant que n’éclate le ferme message de l’ange, puis la Présence du Ressuscité, si peu théâtrale humainement parlant à dire vrai. Pourtant les deux pèlerins d’Émmaüs en sortent le cœur tout brûlant (24,32), et auparavant la rencontre au Jardin avec Madeleine sous la plume de S. Jean devient une merveilleuse icône du Cantique des cantiques (20,11-15). Et en tout premier lieu de façon à la fois plus rationnelle et plus modeste, S. Jean aura décrit la foi pascale de Jean et de Pierre, lors d’une apparition qui honore le privilège apostolique (Jn 20,1-8 & Luc 24,34). La vie s’impose ici doucement et fermement face à la mort.

Sous diverses formes, la mort rode aussi en notre actualité, tandis que la vie pascale cherche à se frayer un chemin chez des saintes femmes et en des disciples toujours un peu trop lents à croire (Luc 24,25). Vraiment, nous vivons toujours cette question de vie ou de mort, mors et vita duello. Notre société imbue d’elle-même a du mal à désirer voir le Ressuscité, ne se remettant pas assez en cause pour s’ouvrir en toute confiance à Lui. Comme sur le chemin d’Émmaüs, elle se traîne lourdement, dans un climat d’irres-ponsabilité qui flatte la faiblesse humaine, s’endettant à n’en plus finir, car le vice coûte très cher, discréditant sans vergogne la vertu et l’innocence. Depuis l’avortement, la contraception, depuis le divorce encouragé, il faut mentir de plus en plus sur l’homme, en diffusant de façon contagieuse le mal comme une radiation radioactive. Les dénis issus des compassions déréglées obligent à toujours plus d’hypocrisie, dans un enchaînement démoniaque qui pousse la victime à la tentation de devenir elle-même prédateur : si mal aimé, si mal accueilli, l’homme devient dangereux. Triste, il attend Jésus sur sa route.

Pourtant des victimes d’abus ont su briser le mur de leur silence ; en libérant leur fardeau trop longtemps comprimé, elles sonnent le tocsin de ces dénis. Dire victimes d’abus fait allusion bien sûr d’abord à l’enfance et à l’innocence profanées. Au delà, elles dénoncent l’ensemble des attitudes mortifères liées au relativisme moral. On attend toujours du personnel de l’Église qu’il fasse ressortir davantage la fécondité du grand mystère de l’Église, en sachant rejoindre leur cri, pour être enfin le phare et la colonne de la lumière révélée qui sauve l’homme ; puisse-t-elle se libérer pleinement et résolument de toute connivence avec un pouvoir temporel parjure.

Des victimes qui, dans leur épreuve, gardent précieusement la foi pascale, souhaitent nous entraîner à fêter la Miséricorde, don du Ressuscité. Leur prière peut rejoindre beaucoup d’entre nous qui portons de rudes fardeaux à offrir :

Nous avons été objets de mépris, abandonnés des hommes ; hommes et femmes de douleur, familiers de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face ; méprisés, on ne faisait (et souvent encore on ne fait) aucun cas de nous (Is 53,3). Meurtris, transpercés à cause des crimes, nous attendons la délivrance, pas seulement en paroles, mais surtout en actes. Nous croyons que Jésus est notre berger qui a porté la croix et qu’il porte encore dans le cœur et le corps des personnes victimes ce lourd fardeau des abus de toute sorte. Puis, élargissant leur épreuve en priant pour la conversion de ceux qui les blessèrent, elles poursuivent avec Isaïe : Le Seigneur porte les péchés des multitudes, s’identifiant aux victimes et intercédant aussi pour les criminels… Que vienne le temps favorable où Dieu nous exaucera, que vienne le jour du salut où il nous secouera parce que le cri de notre prière sera monté au ciel. Que le Christ notre Sauveur vienne nous tirer de l’ombre et des ténèbres de la mort.

Avec l’agrément du Pape François, le Pape émérite Benoît XVI vient de dire son sentiment sur ces désordres enchevêtrés dont le poids l’a sûrement poussé à se démettre de sa charge (article dans Klerusblatt). Benoît XVI voit la cause d’une recrudescence de ces maux dans la perte de repères moraux normatifs dans l’enseignement catholique depuis plusieurs décennies, avant de dénoncer l’abus introduit dans la sphère liturgique qui a vocation de purifier les consciences et les mœurs. Comme tout baptisé, les ministres du culte ne sont pas dispensés de se considérer serviteurs inutiles, comme dit le Seigneur (Luc 17,10). Il attend d’eux pourtant qu’ils mettent la main à la pâte ; mais hélas, les serviteurs sont peu avisés, la parabole dénonce le zèle attiédi, comparé à celui des ouvriers du Prince de ce monde (Luc 16,8). Mais que dire alors si, peu à peu, par évanescence progressive du sens surnaturel, ils œuvrent eux-mêmes plus ou moins consciemment pour ce dernier, devenant alors des serviteurs méchants et cruels dont parle encore l’évangile (Luc 12,45s) ? Avoir la foi, ici, ce n’est pas tant bien en parler, que surtout bien vivre ses exigences pascales, vivre de Dieu et non de l’esprit de la chair.

La cathédrale de Paris est subitement devenue le grand signe des points faibles de notre temps, tout en ouvrant l’heureuse perspective d’un regard pascal vers Jésus, regard de foi, comme celui de Madeleine ou des pèlerins d’Émmaüs. La cathédrale est à genoux, disait l’archevêque (messe chrismale, 17 avril), mais la ruine matérielle n’atteint pas l’âme. La différence entre un tas de pierres et une cathédrale, poursuivait-il, est la même qu’entre un amas de cellules et une personne humaine : tas de pierres et amas de cellules ne sont qu’amoncellement informe. Mais dans une cathédrale, dans une personne humaine, il y a un principe d’organisation, un principe d’unité, une intelligence créatrice, et Dieu est là. De plus la cathédrale est ointe lors de sa dédicace et le reste ; le baptisé-confirmé est oint pour toujours. L’édifice matériel, s’il brûle, fait monter comme un encens sur notre temps la prière des siècles chrétiens qui l’ont construit et entretenu.

La Mère de Dieu à Pâques semble en retrait, la foi seule devine sa place singulière et la vigueur de sa propre foi au matin de Pâques. Le futur Pie XII prêchant à Notre Dame de Paris, justement, peu avant la guerre la voyait toujours sereine en sa calme et pacifiante gravité, semblant répéter sans relâche à tous ceux qui passent : Orate, fratres (13 juillet 1937). Oui, elle nous apprend à prier pour entrer dans la joie pascale victorieuse sur le monde, amen, alleluia.

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