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Solennité de Notre Bienheureux Père
Saint Benoît

Vendredi 11 juillet 2025

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Pour faire l’éloge de saint Benoît, l’Épître de notre fête accumule les comparaisons avec tout ce qu’il y a de meilleur dans notre belle création : le cours d’eau serein, l’arbre verdoyant et fécond, une cité protectrice et toute la variété firmament. En tout cela rayonne la bonté de Dieu. Notre Bienheureux Père possède un peu de toute cette bonté et il fait bon vivre à son ombre.

Il est une expérience que nous faisons régulièrement. Auprès d’un homme bon, nous ressentons la joie d’être aimés et le désir de devenir meilleurs. C’est ainsi que le Seigneur lui-même fait croître ses disciples. Alors ce matin, et pendant toute la liturgie de notre fête, passons du temps auprès de saint Benoît, en recueillant quelques signes de sa bonté dans sa Règle, dans sa Vie et dans son héritage.

Il a su adopter les mœurs de Dieu qui est lui-même bon et tendre avec nous, qui nous mène au « chemin de la vie1 ».

La bonté de Dieu nous a créés pour nous faire participer à son opulence. Et Dieu ne veut pas que le péché soit un obstacle à son dessein. « Il est bon et nous attend à meilleure vie2. » Non seulement il nous attend, mais il « abandonne sur les montagnes les quatre-vingt-dix-neuf brebis, il se met à la recherche de l’unique égarée3. » En effet, nous dit le troisième abbé de Solesmes, « Dieu, de son fonds, n’est que bonté ; il ne devient sévère que de notre fait, lorsqu’il est provoqué par nos fautes : De suo optimus, de nostro justus, dit Tertullien4. » Mais quand nous dénonçons nos péchés, quand nous les confessons, nous reconnaissons que Dieu « est bon, et que sa miséricorde est à jamais5. » Réponse à l’amour de Dieu, le nôtre jaillit dans la confiance. « N’est-ce pas, en effet, aimer Dieu vraiment qu’être assuré toujours de sa tendresse et quoi qu’il advienne6 ? »

Saint Benoît lui-même, et dès son enfance, reflétait la bonté de son Dieu. Lorsque sa nourrice commit une maladresse, « Benoît, enfant religieux et bon, s’étant aperçu que sa nourrice pleurait, compatit à sa douleur7 » et obtint de Dieu la réparation du dégât.

Devenu Abbé de son monastère, il désire « se faire aimer plus que se faire craindre8 ». « Notre Bienheureux Père, dans sa discrétion parfaite et son amour des âmes, a [même] consenti à paraître un peu relâché9. » Et il aime ses moines qu’il exhorte à « accueillir volontiers les leçons d’un tendre père. »

Mais auprès des âmes dures, la bonté du Père prend le visage de la sévérité, car « saint Benoît ne veut pas que les mauvaises habitudes se nourrissent d’une pareille condescendance. Et sa Vie nous montre plus d’un trait où la tendresse paternelle s’arma d’une sainte rigueur10 ». 

Alors sa bonté ne plaît pas à tout le monde. « Comme aux caractères dépravés la vie des bons est toujours à charge, quelques-uns [de ses moines] entreprirent de machiner sa mort11. »

Cependant, sans cette rigueur même, il a toujours cherché à « faire prévaloir la miséricorde sur la justice12 », car « Si le cœur de Dieu n’est que bonté, l’Abbé, qui tient sa place dans le monastère, doit incliner toujours, lui aussi, du côté de la miséricorde et de la tendresse13. » La Règle lui recommande fréquemment ainsi de savoir adapter les coutumes monastiques aux faiblesses des moines.

Cette bonté de saint Benoît suscite notre désir d’être bons. Et les moines, travaillés par Dieu découvrent une source de bonté jaillir de leur propre pauvre cœur. « Une source de tendresse a jailli des profondeurs de notre désert14 », dit Dom Delatte. Dès lors, les moines, habités d’un « bon zèle » se dépensent en « bonnes œuvres », avec humilité, faisant remonter à Dieu l’origine de cette bonté, « convaincus que cela même qui est bon en eux ne vient pas de leur fonds mais de l’action de Dieu15 ».

Et leur bonté s’offre à Dieu et au prochain. À Dieu dans la prière et l’obéissance puisque « prier dans la pureté de notre cœur, c’est […] montrer au regard et au cœur de Dieu le désir et la tendresse d’une âme libre, dégagée des préoccupations basses, unie à lui par la conformité de volonté16 ». Et « c’est de bon cœur que les disciples doivent rendre obéissance, puisque “Dieu aime celui qui donne avec joie17 ».

Cette bonté imprègne aussi les rapports mutuels. La nourriture, par exemple, ne sera pas donnée chichement, mais « à bon poids18 ». Et dans la conversation quotidienne, ils doivent toujours chercher à donner « une réponse aimable, selon qu’il est écrit : “Une bonne parole vaut mieux que le meilleur des dons19 ».

Mais il n’est pas si facile d’être bon, et très souvent la bonté consiste simplement en un très patient support mutuel20. Mais un bon sourire fait tant de bien.

Celui de Notre Dame en particulier nous éduque et nous apaise. Apprenons d’elle et de Notre Bienheureux Père saint Benoît cette ressemblance avec le Bon Dieu. « C’est chose si bonne que la bonté21 ! »

Amen.

1Saint Benoît, Règle, Prologue.

2Saint Benoît, Règle, c. 7.

3Saint Benoît, Règle, c. 27.

4Dom Delatte, Commentaire, p. 8.

5Saint Benoît, Règle, c. 7.

6Dom Delatte, Commentaire, p. 91.

7Saint Grégoire le Grand, Vie de saint Benoît, c. 1.

8Saint Benoît, Règle, c. 64.

9Dom Delatte, Commentaire, p. 22.

10Dom Delatte, Commentaire, p. 515.

11Saint Grégoire le Grand, Vie de saint Benoît, c. 3.

12Saint Benoît, Règle, c. 64.

13Dom Delatte, Commentaire, p. 251.

14Dom Delatte, Commentaire, p. 26.

15Saint Benoît, Règle, Prologue.

16Dom Delatte, Commentaire, p. 219.

17Saint Benoît, Règle, c. 5.

18Saint Benoît, Règle, c. 39.

19Saint Benoît, Règle, c. 31.

20Cf. Saint Benoît, Règle, c. 72.

21Dom Delatte, Commentaire, p. 272.