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Solennité de la Dédicace,

Notre Dame de TRIORS, le samedi 12 octobre 2019.

Le petit Zachée était grand surtout en rapines (Cf. Luc 19,1ss). À l’amorce de la vie publique, le publicain Mathieu avait déjà été appelé par le Seigneur, appartenant lui aussi à la même corporation honnie (Luc 5,27s). Mais avec Zachée, c’est tout autre chose : il est déclaré princeps publicanorum, haut-gradé dans l’administration du fisc à la solde des romains, collaborant sans scrupule avec les envahisseurs. Son petit corps contrastait donc avec ce grand et sordide pouvoir financier. On comprend la réaction d’un Père grec : Deux choses vraiment empêchaient Zachée de voir Jésus : la foule des hommes limitait son regard, mais surtout l’immensité de ses crimes le rendait minuscule et méprisable en taille morale (Tite de B.).
S. Ambroise s’étonne que S. Luc se soit cru obligé de préciser ainsi sa taille : Nulle mention dans l’évangile de la taille de personne, écrit-il, sauf pour lui. Sa malice sans doute le rapetissait et lui ôtait la foi, vraiment c’est un « minus » ! Mais S. Ambroise conclut sur un ton d’autant plus triomphal : Et le voilà pourtant qui a trouvé grâce devant Dieu. Bède renchérit : Monter sur le sycomore, pour lui, équivalait à monter sur l’arbre de la Croix. On peut alors lui appliquer le mot de S. Paul : À Dieu ne plaise que je me glorifie, si ce n’est dans la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Ga. 6,14). Zachée, poursuit-il, c’est le chameau de l’évangile déposant sa lourde bosse pour passer par le trou de l’aiguille (Cf. Luc 18,25).

La formule étonnante et impossible de l’évangile se trouve réalisée presque à la lettre. Pour S. Thomas, une telle conversion morale est impossible a priori ; une telle transformation défie l’ordre de la nature, la justification d’un pécheur dépasse la création de l’univers, dit-il (Ia-IIae, Qu.113, a.9). Néanmoins, l’église est le lieu de ces miracles, le mystère de la Dédicace redit silencieusement et efficacement cette belle et immense vérité devant Dieu et ses anges. L’arbre de la Croix s’y prolonge chaque jour dans le Saint Sacrifice de la messe, miracle des miracles, et les divers sacrements, reçus avec fruit, sanctifient les âmes, renouvelant l’épisode de Zachée sur le sycomore. Domum tuam decet sanctitudo, votre maison n’est faite que pour respirer votre sainteté, nous arrachant à l’impiété (Ps. 109). Votre maison a pour mission d’attirer les Zachée pour en faire des publicains contrits priant humblement leur Kyrie eleison au fond du temple (Cf. Luc 18,10s).

Il me faut descendre chez toi, lui dit le Seigneur : Zachée vient de se hisser sans honte sur l’arbre, et cela tout simplement pour voir Jésus. Mais un tel désir, aussi ténu puisse-t-il paraître, rejoint le désir de Jésus de souper avec lui, comme dit l’Apocalypse. Le Maître se tenait déjà à la porte de son cœur, il frappait en murmurant : Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi (Apoc. 3,20). Au-delà de l’Apocalypse, c’est la formule du Cantique des cantiques (2,16 ; 6,3), appliquée ici au chef des publicains-pécheurs, au même titre qu’à Madeleine sortant de sa vie turbulente.

Oui, il faut le redire, le Maître s’est introduit en Zachée par la grâce invisible qui avait fait naître son désir de le voir. Puis Zachée acquiesce avec joie au désir concomitant de Jésus de souper chez lui avec le gîte de la nuit. Un livre récent voit dans cette page d’évangile le type achevé de la miséricorde divine qui reconstruit tout en grand et en beau. Le fils prodigue accueilli par son père, c’était une parabole ; ici elle se réalise un instant sous les yeux des juifs scandalisés de cette condescendance, au même titre que le frère aîné qui ne comprit pas la miséricorde du père (Luc 15,11ss. Cf. Pierre Coulange, Zachée ou l’accueil du salut, Cerf & ND de Vie, 2016). C’est que la miséricorde divine peut nous rendre miséricordieux comme Dieu est miséricordieux (Luc 6,36), imprimant son image et ressemblance dans le cœur du pécheur repentant en lui donnant de pardonner par sa grâce. Et cela se voit, et cela a des conséquences : ici Zachée déclare au Seigneur céder la moitié de ses biens aux pauvres, prouvant qu’il est à la fois pardonné, mais aussi guéri de sa vénalité. En cela, aux yeux de Jésus, le publicain devient comme un nouvel Abraham, quand il le félicite qu’il en soit montré un digne fils (Cf. Luc 19,10).

Cette réflexion rejoint, me semble-t-il, notre actualité. Des maîtres de la finance nous gouvernent ; ils sont doués et choisis pour cela, pourtant la réalité concrète leur échappe bien souvent et les champions financiers sont souvent des petits qui ne voient pas à cause de la foule, qui ne voient pas et n’entendent pas non plus la foule, éloignés qu’ils sont de ceux qu’ils doivent aider. Le dialogue manque, malgré la multiplication des initiatives faites pour cela, et quand la voix de la rue crie vers eux, ils se montrent petits en taille et en jugement. Puisse en revanche le cri de la foule devenir prière des petits, les chéris du Seigneur, pour qu’Il éclaire leur discernement et les aide à ressembler à Zachée montant humblement sur l’arbre pour voir Jésus perdu dans la foule.

Dès lors, le sycomore fait penser à l’échelle de l’humilité que propose S. Benoît (RG c. VII). Justement il compare celui qui parvient au sommet de cette échelle à Zachée, devenu le publicain bourrelé de remords, qui prie au fond du temple en reconnaissant sa misère (Cf. Luc 18,10s & 19,1s). Mieux encore, le sycomore, c’est la Très Sainte Vierge Marie. Jésus n’a pas où reposer la tête, mais il a daigné et voulu demeurer en son sein, avant de demeurer un soir chez Zachée. Les neuf mois de l’Incarnation du Verbe sont une leçon permanente pour les pécheurs de tous les siècles : nous sommes invités à le recevoir pour bénéficier de l’Emmanuel, Dieu-avec-nous venant souper avec nous. Mieux qu’à Cana, c’est le vaste manteau de la Mater Misericordiae, Mère de la Miséricorde, qui accueillent les corporations douteuses, qui à son contact deviennent en son divin Fils, douces et humbles de cœur (Cf. Mt ), amen.

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