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Solennité de la Toussaint, Notre Dame de Triors,

le mercredi 1er novembre 2017.

 

Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

L’apocalypse est à l’honneur en cette fin d’année liturgique. Au terme de la grandiose vision inaugurale (Ap. 4 & 5), la 1ère lecture nous a montré les douze tribus du peuple élu, bien rangées et au complet devant le mystérieux « trône » de Dieu, puis au-delà, la foule innombrable de la Toussaint (Ap. 7). Le livre se poursuit avec des visions grandioses, en lesquelles cataclysmes et menaces précèdent d’une façon radicalement contrastée les douces noces de l’Agneau. À chaque messe les fidèles y sont invités : Bienheureux les invités au repas du Seigneur, les invités au repas des noces de l’Agneau, dit plus précisément le texte sacré (Ap. 19,9). Car il s’agit de noces, et ici-bas nous en sommes les novices.

Oui, nous voilà invités à entrer dans la famille de Dieu, dit S. Paul de son côté (Éph. 2,19s), nous ne sommes pas des hôtes de passage, des météores venus d’on ne sait où et errant on ne sait vers quoi. S. Paul parle des mêmes réalités que l’Apocalypse : nous sommes invités aux noces de l’Agneau, avec l’immense foule de l’Apocalypse. D’ailleurs, cet appel rehausse notre sens des noces humaines elles-mêmes, si hautes et si simples à la fois : la présence de Jésus à Cana en soulignait déjà la noblesse (Jn. 2,1ss). Pourtant l’histoire et la société ne cessent de malmener le mariage par des contrefaçons, et désormais par d’affreux contresens : on légifère en vain à ce sujet d’une façon qui discrédite le fondement du droit. Au sujet du mariage humain, S. Paul renvoie tout simplement à la Genèse comme le fit d’ailleurs Jésus : Les deux ne seront qu’une seule chair (Gen. 2,24), avant d’orienter vers une union plus intime dans le Seigneur lui-même : Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit (I Cor. 6,16s). Le mariage humain dévoile quelque chose de notre vie en Dieu Lui-même, quelque chose des noces de l’Agneau auxquelles nous nous savons conviés. C’est ce dont nous parlent les Béatitudes, le bonheur promis est un mystère d’union et d’unité.

L’évangile ne nous fait pas courir vers du vide ; les utopies se multiplient sous nos yeux, mais qu’elles ne nous distraient pas vrai but de notre vie : à chaque messe retentit l’invitation concrète au mystère nuptial pour les pauvres de Yahvé, c’est-à-dire pour l’innombrable troupeau des méprisés d’ici-bas. Et Dieu sait combien notre société les multiplie, elle n’est pas le paradis tiède et facile des affiches, elle engendre plutôt par sa stérilité spirituelle d’innombrables nouveaux pauvres, sans lien avec personne, pauvres en désarroi moral, ceux des larmes et du chagrin, écrasés sous les violences externes du fisc ou de l’addiction à l’écran pour s’en tenir à deux emblèmes ; écrasés surtout par ces blessures morales qui paralysent les consciences désemparées.

L’évangile, bonne nouvelle, a vocation de libérer tous ces captifs. Plus que les guérisons corporelles que le Seigneur a multipliées au début de sa vie publique, l’évangile est ici le lieu du miracle qui guérit les plaies morales. En cela, il a l’ambition de rejoindre notre époque blasée et malheureuse. S. Bernard lit ainsi le texte de ce matin. Le Seigneur s’éloigne de la foule, il monte seul sur la montagne et y appelle ses Apôtres. Il veut passer des miracles extérieurs à la guérison intérieure, il veut rendre leur santé aux âmes, leur vocation à la sainteté, en les imprégnant d’enseignements sublimes à partir de ce haut lieu symbolique, supérieur au Sinaï de Moïse et plus radical que lui. Au lieu des éclairs effrayants d’alors, voici la douceur souveraine de l’alliance nouvelle prophétisée par Jérémie, incrustant la loi divine dans notre pensée et l’écrivant dans notre cœur (Jér. 31,31ss).

S. Bernard continue en comparant le Verbe au scribe agile du psaume (Ps. 44,1) : il écrit dans le cœur des disciples les commandements de la Nouvelle Alliance pour qu’ils nous les enseignent. Sans nuées épaisses, sans tonnerre et sans éclairs, il s’entretient paisiblement avec eux, et par eux, avec nous tous et de façon accessible. Et que dit-il ?  À ceux qui désirent voir des jours heureux (Ps. 33), aux chercheurs d’un bonheur qui ne trompe pas, Jésus découvre divers degrés d’ascension, vers LA béatitude qui ne trompe pas. Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux (Mt. 5,3). Voilà la base, voilà la première marche. Oui, heureux les pauvres de cœur : le Seigneur indique ce que requiert le Royaume des cieux, à savoir l’humilité de l’âme avec un certain détachement des soucis matériels.

Les cataclysmes et les menaces de l’Apocalypse sont pourtant, semble-t-il, toujours là, dans l’actualité avec ses terreurs : Magadiscio, et cette nuit New York ! L’horreur nous nargue chaque jour au Journal de 20 h. Le 1er conflit mondial il y a cent ans inaugurait cet enfer larvé. Mais à Fatima, Notre Dame nous a rappelé l’appel des béatitudes et du ciel si proche de notre quotidien. Le grand Pape Pie XII, 25 ans après, lors du second conflit mondial, consacra le monde au Cœur Immaculé de Marie pour répondre à l’appel poignant de notre Mère du Ciel et éviter au monde le désespoir. Il le fit, il y a donc 3/4 de siècle, la veille de la Toussaint, avant d’instaurer peu après une fête en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie pour obtenir par son intercession la paix des nations, la liberté de l’Église, la conversion des pécheurs, l’amour de la pureté et la pratique des vertus. Le programme reste le même. Cette fête fixée au 22 août, jour octave de l’Assomption, est désormais consacrée à Marie Reine : ici-même la vie monastique a commencé sous son égide. Tous ensemble redisons-lui notre piété pour que son Cœur « triomphe » en nous, nous arrachant à la peur et à l’enfer, nous fixant dans l’amour du ciel. Marthe Robin a dicté cette belle pensée (26/10/30) : Dire que Marie est Reine du Ciel et de la terre est très beau, très vrai ; dire qu’elle est Mère de tous les cœurs, Médiatrice de toutes les causes qui pénètrent au Ciel est plus sublime encore, amen.

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