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Solennité de l’Ascension du Seigneur
Jeudi 14 mai 2026
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
Deux fois, aujourd’hui, nous avons entendu le récit de l’Ascension : par saint Marc tout de suite dans l’Évangile et par saint Luc tout à l’heure dans le passage des Actes des Apôtres. Il y a un troisième lieu, dans le Nouveau Testament, où cet évènement est raconté. C’est chez saint Luc, encore, mais dans son Évangile. Il écrit :
Jésus emmena [les apôtres] au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie (Lc 24, 50-52).
Cette grande joie des apôtres nous étonne. Nous ne sommes pas accoutumés à vivre les séparations dans la joie. Comment se fait-il que l’Église naissante se réjouisse si fort lorsque son Seigneur monte et disparaît derrière les nuées ? Les trois vertus théologales nous permettent d’éclairer ce mystère : les apôtres vivent une joie fondée dans l’espérance qui manifeste la maturité de leur foi, et leur amour pour le Christ domine toute tristesse humaine.
Les Anges avaient pour mission de tenir fermé le paradis terrestre après la faute d’Adam. Ils sont maintenant immensément heureux de pouvoir accueillir au ciel les hommes pardonnés et rachetés. Il y a grande joie parmi les Anges de Dieu pour chacun de nous autres, pauvres pécheurs repentis. Et s’ils sont dans la liesse en accueillant le Christ, ils veulent faire part aux hommes de leur bonheur en leur insufflant l’espérance de son retour.
Notre espérance ne se cantonne pas à cette attente. Nous sommes nous-mêmes appelés plus haut. Lorsque Jésus remonte au Ciel, ce n’est pas sa divinité qui est couronnée, mais son humanité. Sa divinité n’a jamais abandonné sa gloire éternelle. Si l’humanité du Seigneur est ainsi élevée, cela prouve à ses disciples qu’ils peuvent aussi être appelés à monter très haut, jusque dans le cœur de Dieu. Nous nous réjouissons donc, dociles à la parole de saint Paul : « Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur, ayez la joie de l’espérance » (Rm 12, 11-12).
Saint Paul a su éclairer le regard de notre foi. Il a montré toute la dimension liturgique de l’Ascension dans ses préfigurations du culte de l’Ancienne alliance. Désormais le Christ, notre grand Prêtre, est entré dans le sanctuaire avec son propre sang, avec ses blessures, pour sceller à jamais l’alliance entre Dieu et les hommes. Regardons le Seigneur avec attention, captivés et nourris par son visage1. Les apôtres ont progressé dans leur foi au moment l’Ascension du Seigneur Jésus. Écoutons saint Léon le Grand, dans un sermon pour l’Ascension :
Les saints Apôtres eux-mêmes, fortifiés par tant de miracles, instruits par tant de discours, avaient cependant été terrifiés par la cruelle passion du Seigneur et n’avaient pas admis sans hésitation la réalité de sa résurrection. Mais son Ascension leur fit accomplir de tels progrès que tout ce qui, auparavant, leur avait inspiré de la crainte, les rendait joyeux. Ils avaient dirigé leur contemplation vers la divinité de celui qui avait pris place à la droite du Père. La vue de son corps ne pouvait plus les entraver ni les empêcher de considérer, par la fine pointe de leur esprit, qu’en descendant vers nous et qu’en montant vers le Père, il ne s’était pas éloigné de ses disciples.
Oui, en s’éloignant des yeux de quelques uns, Jésus se rapproche du cœur de chacun de nous. Nous sommes unis à lui dans l’Amour qu’est l’Esprit Saint, et cet amour est infrangible. En Isaïe, Dieu l’a dit : « Moi, je ne t’oublierai pas, car je t’ai gravé sur les paumes de mes mains » (Is 49, 15-16). Si Jésus est heureux de monter avec sa nature humaine auprès du Père, son bonheur s’augmente de nous emmener avec lui. Et nous, demeurant encore sur terre selon le corps, notre joie est de demeurer spirituellement avec lui.
Mais la joie la plus profonde vient d’un amour tout donné. Une âme attachée au Christ est joyeuse de toutes les joies du Seigneur lui-même. Jésus nous l’avait prédit : « Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi » (Jn 14, 28). Or nous l’aimons ! Quand nous l’entendons nous prédire qu’il va monter vers le Père, sa joie est en nous et notre joie est parfaite (cf. Jn 15, 11).
Que Notre Dame, qui est l’exemple de cette joie de l’Église, en souffle le sentiment dans chacun de nos cœurs.
Amen.
1Cf. Hymne des Laudes et des Vêpres.