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Solennité de Pâques
Dimanche 5 avril 2026
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Mes bien chers frères et sœurs,
Mes très chers fils,
Avant l’Évangile, nous avons chanté la joyeuse séquence de Pâques. Parmi ses acclamations, nous avons prononcé : « Agnus redemit oves — l’Agneau a racheté les brebis ! » Voici, en trois mots, un étonnant raccourci ! « L’Agneau a racheté les brebis ! » Creusons cela. Que représente vraiment l’Agneau ? Qui est-il par rapport à nous, les brebis ?
Dans l’Ancien testament, une place majeure est réservée à l’icône de l’agneau. Elle annonce le Sauveur d’Israël, doux, silencieux, confiant et humble, même entre les mains de ceux qui le mènent aux tondeurs ou à l’abattoir.
Alors que les Hébreux étaient esclaves en Égypte, c’est aussi un agneau sans tare que Dieu leur a prescrit d’immoler la nuit de leur délivrance. Le sang de cet agneau, répandu sur le linteau de leurs portes, protégeait leurs demeures de l’ultime plaie d’Égypte, la mort des premiers nés. En souvenir de ce jour et en prophétie de la réelle pâque, celle du Christ, Dieu prescrivit ensuite à son peuple une immolation quotidienne d’agneaux. Ces offrandes obtenaient le pardon des péchés quotidiens.
Vient le Seigneur Jésus, et saint Jean Baptiste le désigne comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Le Christ donne en effet sa vie au moment où, selon les prescriptions de la loi ancienne, on immole au temple les agneaux de la Pâque. Il prend le relais : il nous délivre de l’esclavage du péché et nous protège du fléau de la mort éternelle. Après sa mort et sa résurrection, Philippe expliquera à l’eunuque de la reine d’Éthiopie, qui lisait une prophétie d’Isaïe, que Jésus est le serviteur souffrant mené comme un agneau aux tondeurs.
Mais l’Église nous a fait chanter « Agnus redemit oves — l’Agneau a racheté les brebis ! ». Les brebis, c’est le troupeau de Dieu, le peuple qui suit le Seigneur. Mais si la séquence rapproche ainsi l’Agneau et les brebis, c’est sans aucun doute pour que nous prenions conscience que le Seigneur et nous, nous sommes de la même race, de la même famille. Nous venons d’entendre que les femmes se portent au tombeau pour prendre soin du corps de Jésus. C’est un soin presque maternel. Regardons-les, ces sœurs qui sont presque des mères pour Jésus. Elles sont femmes : elles devinent l’invisible, elles décident l’impossible et elles sont certaines qu’au moment opportun quelqu’un les aidera à rouler la pierre. Elles avancent et elles font bien : après un tremblement de terre, un ange apparaît et dégage l’accès au tombeau. Les femmes, ces bonnes brebis du Seigneur, en conçoivent de la frayeur. C’est compréhensible ! Mais l’ange, qui cherche à les apaiser, leur annonce en fait quelque chose de plus incroyable encore : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. » (Mc 16, 6).
Si le Christ est l’Agneau et si nous sommes des brebis, ce n’est pas que le Fils éternel du Père soit plus jeune, mais plus innocent que nous. Il est sans aucun péché, et partant, il est apte à obtenir pour nous la bienveillance de son Père.
La brebis est la mère de l’agneau. Et Jésus assume cette filiation humaine. Il est fils de Marie, qui est sans tache, mais il est aussi le fils de chaque homme de bonne volonté. Il l’a dit lui-même :
« Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? » Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » (Mc 3, 33-35).
Vraiment, l’enfant des hommes a racheté ses frères et sœurs dont il a reçu l’humanité. Nous connaissons tous l’histoire de Hans Brinker, cet enfant des Pays-Bas qui a sauvé son peuple. Il a vu une petite fuite dans une digue et il a évité que le trou ne se transforme en brèche en y pressant longtemps son doigt. Cette histoire est restée dans le cœur de l’humanité parce que nous sommes toujours émerveillés de voir un enfant sauver un peuple. « Agnus redemit oves — l’Agneau a racheté les brebis ! »
Mais notre Agneau est aussi notre berger. Telle est la richesse de Dieu qu’une image ne suffit pas. En présence de cet Agneau centre et guide du troupeau, il n’y a plus de frayeur. Avec le Psaume 22, nous pouvons désormais chanter :
[L’agneau de Dieu] est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure. »
Oui, l’Agneau est notre guide. « Dux vitae mortuus regnat vivus — Le guide de la vie, qui est mort, règne vivant. » Ce guide nous précède, il nous précède en Galilée, il nous précède partout où nous vivons. Le livre de l’Apocalypse surtout nous montre l’Agneau vainqueur et guide du troupeau des brebis qu’il éclaire et qu’il nourrit :
[Les sauvés] ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. […] Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie (Ap 7, 15-17).
Au fil du Carême, nous l’avons contemplé dans son combat contre le prince de ce monde. Il a combattu par la douceur. Et dans ses noces célestes avec l’Église, cet Agneau manifestera éternellement cette douceur (cf. Ap 21, 09).
Demandons à la Vierge Marie d’être, pendant ce temps pascal, de bonnes brebis, rachetées par l’Agneau, et comme lui joyeuses et douces.
Amen, alléluia.