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Solennité de saint Pierre et saint Paul

Lundi 29 juin 2026

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

Pour bâtir son Église, le Seigneur a voulu se servir d’hommes. Il en a choisi plusieurs qu’il a constitués apôtres, à la tête desquels il a établi Pierre. Aujourd’hui, ce collège apostolique est encore là, sur terre, dans ses successeurs, pour guider le peuple de Dieu.

Ce matin, méditons sur le rôle des apôtres. Le terme « apôtre » apparaît quand, selon saint Luc,

Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres (Lc 6, 12-13).

Un apôtre, c’est un envoyé, c’est un ambassadeur. Le premier envoyé, c’est le Seigneur lui-même, et ceux qu’il envoie après lui s’élancent dans sa propre mission.

Jésus est l’Envoyé du Père, dit le Catéchisme de l’Église catholique. Dès le début de son ministère, il « appela à lui ceux qu’il voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher » (Mc 3, 13-14). Dès lors, ils seront ses « envoyés » (ce que signifie le mot grec apostoloi). En eux continue sa propre mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission : « Qui vous accueille, M’accueille », dit-il aux Douze (Mt 10, 40)1.

Et le corps épiscopal, uni au Saint Père, porte l’héritage intact de l’apostolat des Douze.

[Certes,] dans la charge des apôtres, il y a un aspect intransmissible : être les témoins choisis de la Résurrection du Seigneur et les fondements de l’Église. Mais il y a aussi un aspect permanent de leur charge. Le Christ leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin des temps. « La mission divine confiée par Jésus aux apôtres est destinée à durer jusqu’à la fin des siècles, étant donné que l’Évangile qu’ils doivent transmettre est pour l’Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C’est pourquoi les apôtres prirent soin d’instituer […] des successeurs »2.

Cela ravive notre regard de foi vers ces successeurs des apôtres, le Pape et les Évêques, en qui se poursuit la mission du Fils de Dieu sur terre. Ne pas demeurer unis au siège de Pierre, c’est se séparer du Christ. On ne peut pas imaginer comment un évêque consacré sans l’accord du Saint Siège pourrait mener à bien sa mission apostolique. Prions ardemment pour que se dissipe l’aveuglement de ceux qui se préparent à commettre un tel sacrilège.

Dieu veille sur les apôtres et leur successeurs. La délivrance miraculeuse de saint Pierre, que nous avons entendue dans l’Épître, témoigne de cette vigilance rapprochée.

Quel est le rôle de l’apôtre ? Celui de témoigner au loin. Dom Paul Delatte, commentant l’Évangile, explique que :

Dès la première heure, [Jésus] a des disciples ; quelques-uns ont été l’objet d’un appel particulier, l’accompagnent plus assidûment, sont les témoins plus intimes de sa vie, poursuivent à ses côtés leur noviciat. Jusque-là, ils ne sont encore que des disciples privilégiés. Encore une fois, dans le fait de leur vocation première et de leur groupement autour du Seigneur, il n’y a rien qui les distingue absolument [des disciples des autres maîtres spirituels de l’époque]. Mais là où le Seigneur sort de l’ordinaire, c’est lorsqu’il fait de ces disciples des apôtres, lorsqu’il les envoie prêcher en son nom l’évangile du Royaume, lorsqu’il leur donne l’investiture de son pouvoir miraculeux. Ceci était bien une innovation. Les philosophes n’avaient jamais eu la prétention de porter la vérité au monde ; la Synagogue elle-même était peu expansive3.

Le mouvement vers les âmes est dans la nature même de l’Église. L’apôtre est un disciple témoin de la vie du Seigneur, et en particulier de sa mort et de sa résurrection. Il est aussi doué d’une assistance particulière pour témoigner avec vérité et force. Les apôtres sont présentés comme modèles à tous les disciples du Christ. Ils sont des hommes totalement donnés. Leur seule richesse est le Seigneur. « De l’argent et de l’or, je n’en ai point, mais ce que j’ai je te le donne. » Saint Pierre et saint Paul n’ont que Jésus et ils le répandent, ils le rayonnent. Comme eux, nous devons être tout donnés à l’œuvre du Seigneur.

Saint Paul, que nous fêtons aujourd’hui avec saint Pierre, nous montre en particulier l’ardeur du disciple de Jésus : ardeur à adhérer au Christ et à vivre de sa vie, ardeur à diffuser l’Amour de Dieu. Pour nous autres, moines cloîtrés, l’esprit apostolique se concrétise dans la prière, et le soin de charité fraternelle. Le Catéchisme nous dit même que ce soin est l’essentiel de l’apostolat :

Selon les vocations, les appels du temps, les dons variés du Saint-Esprit, l’apostolat prend les formes les plus diverses. Mais c’est toujours la charité, puisée surtout dans l’Eucharistie, qui est comme l’âme de tout apostolat4.

Dom Delatte relève d’ailleurs à quel point la vocation des Apôtres s’enracine dans la prière, dans celle du Seigneur Jésus :

Un soir, Jésus se retira « sur la montagne », là où infirmes et malades ne le suivraient pas. Et il passa toute la nuit dans la prière et l’entretien avec Dieu, songeant à nous tous et à son Église. Tout est sorti de cette prière. C’est d’elle que sont nés les apôtres, les martyrs, les pontifes, les confesseurs, les vierges, tous les saints : elle est le point de départ de l’effusion, à travers le monde, de la vie surnaturelle5.

Continuons donc à prier pour la diffusion de la vie surnaturelle, l’unité de la sainte Église et la protection de la vie jusqu’à son terme naturel, en nous confiant à Notre Dame, Reine des apôtres.

Amen.

1Catéchisme de l’Église catholique, n. 858.

2Catéchisme de l’Église catholique, n. 860, citant LG 20.

3Dom Paul Delatte, Commentaire de l’Évangile, p. 270.

4Catéchisme de l’Église catholique, n. 864.

5Dom Paul Delatte, Commentaire de l’Évangile, p. 270.