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Solennité des Saints apôtres Pierre et Paul,

Notre Dame de Triors, jeudi 29 juin 2017.

 

 

Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

Le Seigneur pose deux questions aux disciples : la première concerne l’avis de la foule à son sujet, puis ensuite, il les interroge eux-mêmes directement sur sa Personne. S. Ambroise souligne avec finesse la distance infinie entre ce que pense la foule et la vérité sur le Sauveur : Pourquoi les foules voyaient en Jésus un autre Élie, Jérémie, ou Jean-Baptiste, se demande-t-il. Bien sûr, Élie fut enlevé au ciel dans un char de feu, mais quand le Christ Jésus va au ciel, c’est par sa propre vertu ; de plus, il retournait là d’où il était venu. Quant à Jérémie, il fut sanctifié dès le sein de sa mère, tandis que Jésus, lui, dès le sein de sa mère sanctifie son Précurseur. Et ce dernier, Jean ? Oui, dans le sein de sa mère il a senti la présence du Seigneur et il l’adora, et Jésus était celui-là même qu’il adorait ; ensuite, Jean baptise dans l’eau, alors que le Christ baptise, lui, dans l’Esprit ; Jean amène à la pénitence et Jésus pardonne les péchés (Luc VI, n.96).

Durant ce dialogue avec les apôtres concernant les avis des hommes, Pierre se taisait, gardant son secret pour lui. Recueilli, il se préparait à répondre à l’autre question du Seigneur. C’est du moins ainsi que S. Ambroise voit la scène : Pierre semblait pressé d’une seule chose que jusque là il gardait bien cachée. Mais dès qu’il s’est agi de dire la vérité sur le Christ, il s’empresse à parler, alors que jusque là il s’était enfermé dans son silence (id°) : Vous êtes le Christ le Fils du Dieu vivant (Mt. 16,16). Le voilà le beau secret, la voilà sa confession, tellement plus avantageuse que les opinions des hommes qui vont et viennent au gré mouvant de l’actualité, tel le vol fugace des oiseaux, poignées de fatigue à poursuivre le vent, dit l’Ecclésiaste (4,6). L’Imitation de Jésus-Christ fustige les disputes subtiles sur les choses cachées et obscures, qu’au jugement de Dieu on ne vous reprochera point d’avoir ignorées, mais déplorant que, ayant des yeux, nous ne voyons point (I,3,1).

Sur la route de Césarée, Pierre, lui, eut des yeux pour voir, et il s’est écrié : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant (16,16). Proférés à cet instant de la conversation, S. Hilaire voit en ces mots le condensé parfait du Credo (in Mt. 16, n. 4 & 5). C’est bien ici la foi vraie et inviolable : du Dieu éternel est né Dieu le Fils ; ce Fils possède l’éternité du Père de l’éternité, lui qui a daigné vouloir naître sur terre. En naissant, il reçut ce qu’il était déjà, il naissait Verbe de Dieu. Il est donc éternel et il est né, car celui qui est né n’est pas autre que celui qui est éternel ; c’est là la confession de foi parfaite.Toute l’Église en dépend, Paul bien sûr y compris qui sait en Qui il croit (Cf. II Tim. 1,12).

Peu après la scène dont nous venons d’entendre le récit, Pierre sera pourtant traité de Satan (Mt. 16,22s ; Mc. 8,32s) ; plus tard il va renier son Maître par une folle présomption [les Synoptiques et S. Jean insistent sur tous les détails (Mt. 26,69-75] ; mais sa foi est restée en lui. Menacée de devenir foi morte, elle est revenue, approfondie par les larmes de l’humilité après l’aveu honteux : Je ne connais pas cet homme (Mt. 26,74), alors que peu avant, il affirmait du Christ qu’il était le Fils du Dieu vivant (Mt. 16,16). Oui, Paul, lui aussi, sait en qui il a donné sa foi et sa confiance (II Tim. 1,12), mais après avoir été le persécuteur effréné de l’Église de Dieu (Cf. Gal. 1,13). En revanche dans l’après-midi de Pâques les deux pèlerins d’Émmaüs sont en plein désarroi, sous le coup d’une cuisante déception, le ressort de la foi est cassé : nos sperabamus (Luc 24,21). Pierre certes avait renié, de même que Paul avait persécuté, mais la foi de Pierre, éprouvée et criblée, ne défaille pas (Luc 22,31), ravivant providentiellement la flamme autour de lui.

Bossuet voit nos âmes recevoir des saints Apôtres la foi et la vie spirituelle : Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. Ajoutons avec saint Paul : Afin de sauver les pécheurs, desquels je suis le premier. Crois donc, âme chrétienne, adore, espère, aime, poursuit l’orateur devançant la pièrre de Fatima. O Jésus ! ôtez les voiles, et que je vous voie. O Jésus ! parlez dans mon cœur, et faites que je vous écoute. Parlez, parlez, parlez ; il n’y a plus qu’un moment : parlez. Donnez-moi des larmes pour vous répondre ; frappez la pierre, et que les eaux d’un amour plein d’espérance, pénétré de reconnaissance, coulent jusqu’à terre.

L’actualité récente a été et reste éprouvante. Écoutons d’autant mieux ces conseils avisés qui nous renvoient à Pierre, confessant et reconnaissant le Bon Dieu en Jésus. La foi de l’Église est là dans cette humble adhésion à la réalité immense de la Présence divine : depuis l’incarnation du Verbe devenu notre Rédempteur, nous ne sommes pas orphelins, nous savons sur Qui appuyer notre vie. La foi de l’Église en la tendresse qui nous sauve ne défaille pas, disant avec S. Paul : C’est quand je me sens faible, que je suis fort (II Cor. 12,10). L’Imitation poursuit : Je vous comprends, ô grands Apôtres ! Ce sentiment qui vous humilie, appelle la grâce promise aux humbles, et par elle, vous êtes tous deux revêtus de la force de Dieu même (II,10). Marie demeure au Cénacle, contemplative du grand mystère de la foi, Pierre peut dès lors aller hardiment le proclamer dans les rues de Jérusalem pour nous le faire entendre, comme Paul sur les routes du monde, amen.

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