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+ Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, N.D de Triors, le samedi 29 juin 2019.

Mes bien chers Frères, mes très chers Fils,

D’un bout à l’autre de l’évangile S. Pierre témoigne de sa foi, mais de façon plus profonde selon les circonstances. Sa confession sur la route de Césarée, entendue ce matin, est la plus connue ; à entendre la réponse du Seigneur et les privilèges qu’il lui octroie, cet acte de foi est décisif de la mission reçue alors (Mt. 16,16). À la fin du discours déconcertant sur le Pain de vie, à Capharnaüm, l’apôtre avait déjà eu ce mot si tendre et si profond à la fois : À qui irions-nous, vous avez les paroles de la vie éternelle ? (Jn. 6,68s). Peu après la Résurrection en revanche, sa foi avoue avec larmes et gémissements : Vous savez tout, vous savez que je vous aime (Jn. 21,17). La question répétée trois fois, m’aimes-tu ? venait de lui rappeler sa faiblesse chez Caïphe ; sa présomption naturelle en était gravement humiliée, puisqu’il avait renié Jésus, « sa vie ». Sa foi le convainc désormais qu’en dehors de Jésus, il n’y a rien de bon en lui : « sa vie », oui, c’est Jésus, et Jésus seul ; seul ce lien d’amour avec lui le définit, sans lui, il sait bien qu’il ne peut rien faire de bon ; pire, qu’il ne peut que le renier (Cf. Jn. 15,5). Son exemple vaut pour tous, spécialement pour nous autres français, avec notre générosité souvent encombrante et mélangée.

Puis l’Esprit de Pentecôte a confirmé Pierre dans la grâce et dans sa foi. Peu après, lorsque le mendiant de la Belle Porte au Temple sollicite son aide, sa foi fait le miracle, c’est-à-dire le Seigneur qui vit en lui, comme le dira plus tard l’apôtre Paul, vivit in me Christus (Gal. 2,20). Pierre, se tournant vers le mendiant lui dit : Regarde nous. Lui le fixait donc des yeux, s’attendant à recevoir quelque chose. Mais Pierre lui dit : De l’argent ou de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, marche ! Et le prenant par la main droite, il le souleva (Act. 3,4-7).

Peu avant Pierre avait connu lui-même ce statut de mendiant, lors du reniement, Jésus se retourna et le fixa de son regard (Luc 22,61). Ce regard dévoilait la faute et enclencha peu après le pardon de Tibériade. Et le pardon divin le purifia sa belle assurance et son tempérament généreux. Pierre n’eut dès lors d’autre fierté que d’être auprès de nous le prolongement de Jésus notre Sauveur. Sur le lac de Tibériade, il put alors se voir confier son Église, la propre Épouse de Jésus, Sainte et Immaculée, issue de la boue et du sang. Face au péché et à la misère de l’humanité, Pierre contrit et humilié était apte désormais à devenir le canal de la grâce qu’est Jésus, sans plus s’opposer à celle-ci.

Les successeurs de Pierre prolongent au long des siècles dans l’Histoire de l’Église ces scènes merveilleuses de l’Écriture. Par eux, Jésus est toujours là, jusqu’à la fin des temps (Mt. 28,20). Chaque Pape est le doux Christ de la terre, comme disait Ste Catherine de Sienne à une époque où pourtant le charisme pétrinien était si humilié et confus. Et il en va toujours de même. Après Paul VI, le saint pape, fort par son seul silence, S. Jean-Paul II a paru comme une torche ardente. Je me souviens de la parole de ce dernier sur le parvis de Notre-Dame lors du 1er voyage en France, nous prenant en main comme l’estropié de la Belle Porte, avant de se recueillir en notre faveur à Montmartre. Sa méditation com-mençait par ce qui est devenu de nos jours le titre d’un livre bien clairvoyant : Reste avec nous, Seigneur, car le jour est sur son déclin (Lc 24,29) : Les disciples avaient le cœur déjà tout brûlant au-dedans d’eux-mêmes après avoir entendu expliquer sur le chemin, les merveilles du plan de salut révélé dans les Écritures, disait-il alors (31 mai 1980). Maintenant encore, aujourd’hui, le Christ vivant nous aime et nous présente son cœur comme la source de notre rédemption, semper vivens ad interpellandum pro nobis (Heb. 7,25). À chaque instant, nous sommes enveloppés, le monde entier est enveloppé, dans l’amour de ce cœur ‘qui a tant aimé les hommes et qui en est si peu aimé’. Ces derniers mots rappellent les plaintes du Sacré-Cœur à Paray-Le-Monial.

Puis ce fut le Pape Benoît et désormais le Pape François. Le 1er encourageait les belles liturgies et leurs ornements somptueux, le second met en garde contre un attrait trop mondain qui s’introduirait dans la sainte liturgie. Loin de les opposer, nous voulons obéir intelligemment à ces remarques successives, c’est-à-dire avec l’intelligence de la foi. La soutane élimée du Curé d’Ars allait bien avec les ors de sa chasuble. À l’inverse, une liturgie deviendrait pur théâtre sans la foi vive du grand mystère qu’elle célèbre.

Un article paru hier du pape émérite titre : Il n’y a qu’un seul pape, le pape François. L’unité de l’Église a toujours été plus forte que les luttes et les guerres internes, y dit-il (Vatican News 28 juin). La terre est un lieu plein de risques, mais la sécurité nous vient sans cesse du ciel de notre foi, gardée par celle de Pierre. Le Pape François, avec sa finesse jésuite qui déconcerte, a parlé du Pape Benoît dans l’avion le ramenant de Roumanie (2 juin 2019) : Chaque fois que je vais le voir je lui prends la main, je le fais parler. Il parle peu, lentement, mais avec la même profondeur et lucidité que toujours… En l’écoutant parler je sens les racines qui m’aident à aller de l’avant, je sens cette tradition de l’Église.

Le lendemain de la Fête du Sacré-Cœur est consacré au Cœur Immaculé de Marie. Cette année, Notre Dame cède la place aux saints apôtres, mais sa présence discrète et efficace est celle de la Mère de l’Église qui, surtout en ces dernières décennies, se révèle si pleine de sollicitude. Là où est Pierre, là est l’Église ; disaient les Pères (Ambr. In Ps. 40 & Irénée A.H. III,24,1) ; là où est Marie là est l’Église, peut-on dire aussi (D. Jean Roy, Contempler Marie, p. 173). Depuis un quart de siècle elle est l’abbesse de ce lieu-ci ; depuis Pentecôte, elle surveille avec sa prudence consommée les aléas de l’histoire de l’Église, amen.

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