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Solennité du trépas de
Notre Bienheureux Père saint Benoît

Vendredi 21 mars 2025

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Mes bien chers frères et sœurs,

Mes très chers fils,

Notre Bienheureux Père est aujourd’hui entré, sans détour, dans sa lumineuse béatitude. Réjouissons-nous et aspirons à le suivre. Rappelons-nous les circonstances de son décès :

Il se fit porter dans l’oratoire par ses disciples ; là, il puisa des forces pour son départ d’ici-bas dans la réception du Corps et du Sang du Seigneur ; après quoi, appuyant ses membres affaiblis sur les bras de ses disciples, il se tint debout, les mains levées au ciel et, au milieu de sa prière, il exhala son dernier souffle. Ce même jour, deux des Frères […] virent un chemin couvert de draperies et resplendissant d’innombrables flambeaux se dérouler en droite ligne dans la direction de l’Orient, de sa cellule jusqu’au ciel. […] « C’est le chemin par où Benoît, le bien-aimé du Seigneur, est monté au ciel. »1.

Muni des sacrements de l’Église, enveloppé de la prière conventuelle et aspiré par l’amour du Seigneur, « Benoît, le bien-aimé du Seigneur » entre, par un chemin bordé de flambeaux dans la pleine lumière de l’éternité.

La béatitude, à la quelle nous nous préparons par les sacrements, la prière et la charité fraternelle, c’est de connaître le Père et son Fils Jésus-Christ. Le Saint-Esprit aussi, bien-sûr, qui est entendu dans la conjonction « et » qui unit le Père et le Fils.

Il ne nous est pas impossible de parler un peu de la béatitude. Saint Thomas d’Aquin le fait, et un tel exercice aiguise et creuse notre désir d’y parvenir.

La béatitude, c’est ne contempler rien moins que Dieu lui-même. En effet, les bienheureux ont atteint la perfection et, nous dit saint Thomas, « une chose est parfaite pour autant qu’elle atteint son principe2 ». Or nous savons que Dieu est au principe immédiat de nos âmes. Notre union à lui sera donc notre perfection. Notre béatitude ne se contentera pas de la contemplation d’une nature inférieure à Dieu. C’est lui que nous désirons voir, que nous verrons et auquel nous serons unis.

Nous le verrons sans l’intermédiaire de pensées, de souvenirs ni de verbes produits par notre intelligence. Au xive siècle, le pape Benoît xii l’a enseigné solennellement :

[Les âmes des bienheureux] ont vu et voient l’essence divine d’une vision intuitive et même face-à-face — sans la médiation d’aucune créature qui serait un objet de vision ; au contraire, l’essence divine se manifeste à eux immédiatement à nu, clairement et à découvert3.

Nous verrons totalement l’essence divine, parce qu’elle est absolument simple, sans aucune partie. D’un seul regard, saint Benoît, avec les bienheureux, contemple toutes les perfections du Dieu Un et Trine. Quelle merveille ! Quelle espérance ! Mais les saints ne voient pas tous au même degré l’essence de Dieu : il y a plusieurs demeures dans la maison du Père. La sagesse divine a attribué à chacun une capacité différente. Notre bonheur consistera à voir notre petite capacité bien remplie, débordante. Notre labeur d’ici-bas consiste à seconder la grâce de Dieu pour nous élargir jusqu’à la stature que Dieu nous destine. La mesure de notre bonheur là-haut correspondra au degré de charité où la mort nous trouvera. Œuvrons donc avec générosité. Plus nous désirons aujourd’hui, et plus nous serons comblés demain. Et nos attentes seront largement dépassées.

L’esprit humain, fait pour saisir tout ce qui est intelligible, sera comblé par Dieu, qui est absolument intelligible. Mais par nos seules petites capacités naturelles nous ne pouvons pas ouvrir nos yeux de chouettes à la lumière du Soleil. Dieu nous aidera, par la lumière de gloire, à l’accueillir, Lui, le Dieu resplendissant. Il sera reçu dans l’œil de notre intellect, dans l’aspiration de notre cœur. Il viendra, et nous le recevrons, et nous serons unis à lui. Tous les bienheureux jouissent de cette union à Dieu. Le Verbe investira notre intellect, et l’Esprit-Saint notre faculté d’aimer. Mais nous sommes un seul être : nos facultés de connaître et d’aimer ne sont pas étrangères l’une à l’autre. Notre âme est une, et l’union avec la sainte Trinité se fera dans un seul mouvement, pour l’éternité.

Voici l’enthousiasme et la paisible espérance de notre vie. Notre vie bénédictine est un chemin tout droit, tracé par le Christ, avec le soc de sa Croix. Ce chemin va de notre cellule au Ciel, sans que nous soyons attirés, ni d’un côté ni de l’autre, par les mensonges du monde. Ce chemin est entretenu par la pureté de la Vierge Marie. Notre vie est ornée de draperies : les vertus ou la présence de nos frères. Elle est illuminée par des flambeaux, tous ces docteurs que Dieu met sur notre route, comme autant de pédagogues qui exercent notre entendement à la contemplation.

Oui, comme saint Benoît, nous allons ensemble sur « un chemin couvert de draperies et resplendissant d’innombrables flambeaux qui se déroule en droite ligne dans la direction de l’Orient, de notre cellule jusqu’au ciel. »

Que l’Étoile du matin, la Vierge Marie, dirige nos pas vers la rencontre lumineuse avec le Soleil levant, le Christ, qui resplendira un jour dans nos cœurs.

Amen.

1Saint Grégoire le Grand, Vie de saint Benoît, c. 37.

2Saint Thomas d’Aquin, Somme de théologie, Ia, q. 12, a. 1.

3Benoît xii, Constitution Benedictus Deus, 1336, Dz 1000, cité par le Père Bonino, De Deo ut uno, p. 464, note 84.